Jeudi 17 Avril 2014

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Les combats s’intensifient à Tripoli et des obus s’abattent au cœur de la ville

L’armée s’est retirée de plusieurs postes de la ville, notamment sur la ligne de démarcation entre Baal Mohsen et Bab el-Tebbané avec l’intensification des combats.  Joseph Eid/AFP

Sécurité Sept personnes au moins ont été tuées, hier, dans de nouveaux affrontements dans la grande ville du Liban-Nord.
OLJ
22/05/2013

Hier matin, un calme précaire régnait à Tripoli après plus de 48 heures de combats. Les habitants de Baal Mohsen et de Bab el-Tebbané sont sortis de chez eux, évaluant les dégâts, comme à l’accoutumé après chaque bataille dans ces quartiers les plus pauvres de la capitale du Liban-Nord.


L’armée s’était déployée dans la ville, dressant des barrages et faisant circuler des patrouilles.


Tout a malheureusement basculé en début d’après-midi. Certains témoins affirment que la tension est montée d’un cran quand la troupe a essayé d’enlever des chicanes à la rue de Syrie, ligne de démarcation entre Baal Mohsen, le quartier alaouite de Tripoli et Bab el-Tebbané, majoritairement sunnite.


Grenades à main, RPG, Katioucha, B7, Energa et d’autres roquettes de moyen calibre ont été échangés entre les deux quartiers, et avec la tombée de la nuit, des obus ont éclaté au cœur de la capitale du Liban-Nord, notamment sur la route d’el-Mina, à la rue des Banques et à Qobbé.


Des ambulances ont été la cible de tirs et des dizaines de blessés n’ont pas pu être secourus. L’armée, dont l’une des positions a été touchée et deux de ses soldats blessés, s’est retirée des rues avec l’intensification des combats.
Les habitants, eux, ont tenté de fuir les zones de combats passant leur nuit chez des proches en ville. Alors que d’autres se sont terrés dans les abris.

 

(Lire aussi : Altercation au siège de Dar el-Fatwa à Saïda)

 

Les tirs ont tué un dignitaire religieux de Bab el-Tebbané, Abou Radwan el-Asmar, alors que le parti arabe démocratique (alaouite) a menacé de bombarder tous les quartiers de Tripoli. Son président, Rifaat Eid, a déclaré que Baal Mohsen se vengera et appliquera la loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent ».


Dans les rues désertes, les miliciens semblaient se préparer à une importante bataille, renforçant notamment leurs positions.


Sur la route internationale, reliant Tripoli à Akkar, les tirs des snipers se sont poursuivis, faisant trois blessés et un tué au moins.


Pour nombre d’observateurs, ces violences à Tripoli résultent de l’offensive lancée le week-end dernier par l’armée syrienne et le Hezbollah contre Qousseir, en Syrie.


L’armée libanaise a publié un communiqué appelant les Libanais au Liban-Nord à ne pas croire certaines rumeurs diffusées à travers des messages sur le téléphone portable et visant à semer la discorde confessionnelle entre les Libanais.


La troupe a enterré hier les soldats Ali Chéhadé, originaire de Chmestar, et Omar Hajj Omar, originaire du Hermel, tombés lundi à Tripoli lorsqu’un obus a ciblé leur poste.


Dans ce cadre, le secrétaire général de l’Organisation populaire nassérienne, Oussama Saad, a dénoncé le fait que « l’on s’en prenne à l’armée », souhaitant que « Tripoli retrouve son calme ».


Par ailleurs, dans un appel lancé à partir de Dubaï, le mufti de Tripoli et du Liban-Nord, Malek Chaar, a invité « les miliciens de la ville à penser avec sagesse afin que la paix prenne le dessus sur le langage des armes ». « Tripoli a toujours été multiconfessionelle et unie. Ayez pitié du Liban et de son peuple, préservez-le des dissensions communautaires », a-t-il dit.
« Ce qui se passe à Tripoli ne sert pas les intérêts de la cause que vous défendez. Soyez vigilants et ne vous laissez pas entraîner dans la discorde sectaire, coopérez avec l’armée libanaise qui doit préserver le pays de tous les dangers. Nous faisons encore confiance à la troupe. Il faut qu’elle empêche les Libanais de prendre part aux guerres des autres et doit de ce fait protéger la frontière contre ceux qui veulent plonger le pays dans des guerres de religion », a noté le mufti Chaar.

 

(Lire aussi : La (sérieuse) mise en garde de Sleiman)


Pour sa part, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Fayçal Karamé, s’est demandé « comment le Liban s’emploie à penser aux élections alors que Tripoli est au bord du gouffre et qu’il lui est impossible, par exemple, à cause de la situation sécuritaire, d’organiser un simple match de foot ».


D’autre part, une délégation du 14 Mars, qui a rendu visite au député Kazem el-Kheir, a appelé « au désarmement de tous les miliciens en ville ».


Dans la nuit d’hier, une réunion s’est tenue au domicile du député Mohammad Kabbara, qui a appelé « les autorités à arrêter immédiatement Rifaat Eid, président du parti de Bachar el-Assad au Liban. Il menace Tripoli en y perpétrant des carnages. Eid doit être jugé et écoper de la peine capitale », a affirmé M. Kabbara lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion. « Toute la ville est bombardée à partir de Baal Mohsen et l’État doit agir », a-t-il poursuivi, se demandant « si le Premier ministre, Nagib Mikati, est capable de demander au parquet d’intervenir contre la caserne de Bachar el-Assad (Baal Mohsen) qui agresse Tripoli ».


Une autre réunion s’est tenue au domicile du président de la municipalité de la ville, Nader Ghazal. Les personnalités présentes ont convenu d’observer aujourd’hui une journée de grève et de deuil pour protester contre les violences dans la capitale du Liban-Nord.


Des membres de la société civile se sont en outre rassemblés à Mina, de 18h à 23h, pour montrer qu’ils refusent la violence et pour appeler à ce que la ville soit épargnée, invitant l’armée à agir.


Signalons enfin que dans la nuit d’hier, les bombardements se sont intensifiés dans la ville.


Aujourd’hui, les écoles et les fonds de commerce fermeront leurs portes.

 

 

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