Partant d'un nouvel ouvrage de l'avocat Paul Morcos, qui juge nécessaire de déterminer les prérogatives des tribunaux militaires, le ministre démissionnaire de la Justice, Achraf Rifi, a sans ambages appelé à l'abolition de ces tribunaux, après avoir exposé leur finalité.
M. Rifi est intervenu à ce sujet lors d'une table ronde qui a été organisée hier à la Maison de l'avocat par la fondation Justicia pour les droits de l'homme, en association avec la Fondation Konrad Adenauer, à l'occasion du lancement du livre de Me Morcos : Le tribunal militaire et les jugements équitables : déterminer les prérogatives.
Le débat s'est tenu en présence des ministres de l'Information, Ramzi Jreige, et du Tourisme, Michel Pharaon, du président du Conseil supérieur de la magistrature, Jean Fahd, des anciens ministres Mona Afeiche, Marwan Charbel et Ziyad Baroud, du bâtonnier Antonio el-Hachem et de plusieurs autres personnalités. Si l'auteur a plaidé pour une révision des prérogatives du tribunal militaire, en fonction des critères juridiques internationaux, M. Rifi s'est quant à lui déchaîné contre cette juridiction d'exception, « aux pratiques anormales », réaffirmant son opposition à « ses prérogatives élargies qu'elle exerce sans contrôle, au point de devenir une véritable épée de Damoclès menaçant les libertés, et d'émettre des jugements au nom du pouvoir du fait accompli et non du peuple qui en a assez des politiques de deux poids, deux mesures ».
Après avoir accusé le tribunal militaire d'outrepasser « en quelques secondes et sans état d'âme toutes les garanties d'un jugement équitable », le ministre s'est dit choqué du fait que ce tribunal émet ses verdicts sans en expliquer les motifs. Il a déploré que les appels de la société civile et des associations de défense des droits de l'homme pour que les compétences du tribunal se limitent au jugement des militaires soient tous restés lettre morte. Le général Rifi a estimé en outre que si les propositions de loi allant dans le même sens n'ont pas réussi à faire leur chemin au Parlement, « c'est parce que certains ne souhaitent pas perdre ce service vital pour eux ».
« Plus personne ne croit aux tentatives désespérées de convaincre l'opinion publique que le maintien de ce tribunal et de ses compétences exceptionnelles et élargies appliquées aux civils permet de protéger l'armée. Cette ruse que les agents du régime syrien avaient essayé de promouvoir pendant des années avait pour seul objectif de réprimer les libertés et de couvrir les agissements des gens du pouvoir », a poursuivi M. Rifi.
Selon lui, le tribunal militaire ne devrait pas exister. Le ministre a en revanche plaidé en faveur de la mise en place de tribunaux spécialisés, « comme c'est le cas dans les pays développés ».
Liban - Droits De L’Homme
Rifi : Le tribunal militaire est maintenu pour réprimer les libertés
Le ministre démissionnaire de la Justice a de nouveau plaidé pour l'abolition des juridictions d'exception.
OLJ / le 21 juin 2016 à 00h00


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