Nicole Berjon Bouldoukian a eu le coup de foudre pour la sculpture à l’âge de 45 ans.
Avec les initiales NBB, Nicole Berjon Bouldoukian est une sculptrice autodidacte qui est loin d'avoir trouvé, dans sa multiple inspiration, le cœur de sa personnalité d'artiste. De thème en thème, son univers multiforme touche aussi bien au bronze qu'à la résine (saupoudrée d'argent ou d'or fin) en passant par les statuettes en terre et grès.
Rencontre pour une discussion à bâtons rompus à la galerie Hamaskaine Lucy Tutunjian*, où elle expose 49 œuvres, « fruit des aventures créatrices de ces quatre dernières années entre Uzès et Beyrouth », dit-elle en jetant un coup d'œil circulaire pour retrouver ses créatures pétrifiées juchées sur les socles.
Une septuagénaire souriante, aux cheveux blancs lisses coupés court, au regard bleu porcelaine, à la silhouette filiforme, à l'allure dynamique et BCBG. Pas du tout l'allure d'une dame sortant d'une messe, mais baskets aux pieds sur un ensemble tailleur-pantalon noir avec de petites boucles d'oreille couleur anthracite.
Française d'origine (née en Lozère), libano-arménienne par alliance, Nicole Berjon Bouldoukian a eu le coup de foudre pour la sculpture à l'âge de 45 ans, mais elle a toujours peint. Et tout cela depuis la classe de cinquième, où une prof à la pédagogie particulièrement efficace lui a insufflé la passion de l'art. Dont ces ménines (les filles d'honneur) de Velasquez, qui trônent aujourd'hui dans cet espace dans leurs robes bouffantes à vertugadin. « Super élégants sont certes ces vêtements, mais comment bougeait-on avec ces crinolines si rigides ? » interroge la sculptrice. Quand on sait que ces demoiselles étaient loin d'être des parangons de sagesse...
« Difficile de donner un titre à cette expo, pour toute cette longue période de travail. La seule unité pour cette série à multiples visages est moi... et mes doigts ! » explique-t-elle. Des doigts fins, délicats, si menus qu'on s'étonnerait qu'ils soient la source de tant d'étoiles clignotantes, de tant de formes lisses, luisantes, sensuelles, sinueuses. Des formes alliant souplesse et rigidité, tempérament et tendresse, vigueur et fluidité.
« Créer, ça maintient jeune... »
Influencée par quel sculpteur ? « Je n'en sais rien, s'écrie-t-elle en ouvrant tout grand ses yeux clairs. Mais j'aime Moore, Brancusi, Rodin, Claudel et Picasso pour ses assemblages... » Définition de la sculpture, « ce moment qui procure de la joie, maintenant qu'elle a du temps pour elle » ? Léger moment d'hésitation, puis la réponse fuse : « Ma vision d'un sujet choisi avec mes doigts... »
Tout en n'avouant guère être une fin lettrée (ses statues parlent pourtant de Dorian Gray, Peau d'âne, Cyrano de Bergerac, le Petit Prince, Katch Nazar, les femmes de Gebran), elle confesse avoir une culture minimaliste !
Qu'est-ce qui l'étonne ? « Je suis surprise par ce que j'ai réalisé, surtout par le calendrier... Je ne peux plus refaire aujourd'hui la même chose, par exemple comme ces callipyges d'autrefois ! Mais surtout je me dis que créer, ça maintient jeune. »
Un conseil pour les sculpteurs en herbe ? Une fois de plus c'est l'étonnement. « Je n'en sais rien. Je n'ai pas de théorie. Je suis incapable d'enseigner. Ça vient tout seul. Mon allié pour la sculpture, c'est ma main. La main, c'est l'objet, l'élément essentiel... » Elle qui est une boulimique de l'inspiration (« J'aimerais tout faire », avait-elle lâché), quelle est son ambition ?
quel est le plus beau compliment reçu ? Une étincelle brille dans ses yeux et dans un sourire mi-amusé mi-badin, elle dit : « Pouvoir toujours créer... Qu'on m'achète et que j'aie des commandes ! » Mais sa fierté et son laissez-passer de certitude restent sans doute cette phrase de Zaven, maître du burin et du maillet, qui lui a dit un jour : « T'es douée, continue... »
*Jusqu'au 18 juin, à la galerie Hamaskaine Lucy Tutunjian.


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