Aujourd'hui nous avons moins de tyrans devant lesquels nous sommes à genoux. C'est surtout un discours qui radicalise les jeunes, adolescents de préférence, plus qu'un discours porté par un leader tyrannique qui l'utilise afin de radicaliser ? Pour preuve, c'est par Internet, entre autres, que le lavage de cerveau se fait, que le dragage se fait comme avec Daech, ou État islamique ? Ce discours a la particularité d'être sans failles, un discours de type paranoïaque qui tourne sur lui-même dans une logique parfaite, mais sans aucune prise sur le réel. De ce fait, les horreurs commises contre les humains ne sont pas des horreurs puisque les humains torturés ne sont pas des humains. Ce sont des objets.
Nous allons voir que ce qui pourra nous libérer de cet islamisme radical et de ce discours cadenassé n'est rien d'autre que le discours féminin, un discours qui a le privilège d'ouvrir sur un « au-delà du concept ».
Dans les années 60, une génération née après la guerre aspirait à une vie paisible, créatrice, dont le slogan était le fameux « Faites l'amour, pas la guerre ». L'espoir d'une vie paisible était à la portée de la jeunesse mondiale. Cet espoir d'une vie meilleure était porté par des intellectuels, des musiciens, des philosophes, des cinéastes, des artistes, des romanciers qui pensaient l'avenir autrement. Les jeunes, les avant-gardes intellectuelles mondiales étaient soutenus par cette pensée féconde qui les poussait à réfléchir à une société sans classe, aboutissement idéologique d'un marxisme qui portait en lui, avec la fin de la lutte des classes, l'espoir d'une justice sans fin. « Si on tue l'espoir d'un peuple, il part vers l'extrême droite », nous dit Élisabeth Roudinesco dans une interview du Nouvel Observateur du 28 avril dernier.
Or aujourd'hui, les maîtres qui nous fécondaient et nous permettaient de rêver à un monde meilleur ne sont plus là. Foucault, Althusser, Derrida, Barthes, Lacan, etc. Pasolini, Visconti, Antonioni, Fellini, Kubrick, etc. Et tant d'autres impossibles à citer ici. Ils nous ont quittés au milieu des années 80. En France, ceux qui aspirent à prendre leurs places sont des « néoréactionnaires », des « essayistes », des nouveaux riches de la pensée comme je me plais à les appeler. En fait, les Onfray, Finkielkraut ou Zemmour font le lit de l'extrême droite comme on l'a vu dans un débat récent en France. Ce ne sont pas eux l'espoir d'un peuple.
La paralysie intellectuelle en France est liée, d'une part, à l'absence des grands maîtres qui ont marqué le vrai débat intellectuel jusqu'aux années 80, de l'autre, à un virage à droite dû aux années Reagan et au néolibéralisme monstrueux et mondial qu'il a imposé. Une « contre-révolution de droite » voit le jour, nourrie par les néoconservateurs américains, qui finira par porter à la présidence en 2001 George W. Bush.
Cette contre-révolution de droite, dont le but était, reste toujours l'effacement des acquis de mai 68, s'appuiera sur trois chevaux de bataille idéologiques : lutte contre l'avortement, lutte contre l'homosexualité et lutte contre l'infidélité conjugale. La lutte contre l'avortement amènera un État comme le Dakota du Sud à projeter, en 2011, le vote d'une loi, baptisée « House Bill 1171 », dite d'« Homicide justifié ». Cette loi permettrait que « le meurtre d'un médecin ayant pratiqué l'avortement devienne légal ». Cette dérive montre que la lutte contre le féminin est, toujours, l'enjeu principal de cette guerre idéologique.
Dans l'histoire récente de l'humanité, cette lutte contre le féminin s'est manifestée, entre autres, dans le refus du vote pour les femmes. Ce n'est qu'au début du XXe que, progressivement, ce vote fut accordé dans la plupart des pays dits civilisés.
Pour l'avortement par exemple, il a fallu Simone Veil et la loi sur l'interruption de grossesse du 26 novembre 1974, pour libérer des milliers de femmes en France.
Au Moyen Âge, la « Chasse aux sorcières » était déclenchée sous le prétexte d'empoisonnement des puits ou d'avortement des vaches. Mais en réalité, c'était la vengeance des inquisiteurs contre « celles qui connaissaient, lors des sabbats, des jouissances secrètes à elles seules réservées ». Entre 40 000 et 100 000 dites sorcières habitées par le diable sont brûlées vives.
Dernière guerre récente contre les femmes, menée à son comble, celle de l'islamisme radical incarné par l'État islamique, mais aussi en Arabie saoudite et en Iran.
De quoi ont peur tous ces régimes, tous ces mouvements radicaux, l'ordre médical et patriarcal ? Pourquoi les hystériques sont toujours pourchassées comme l'indique leur exclusion du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fourth Edition) au milieu justement des années 80 ?
Revenons et concluons avec cette fameuse description que fait François Perrier (1922-1990) de l'hystérie : C'est parce que l'hystérie « mobilise les défenses inconscientes contre le mystère toujours redoutable de la sexualité féminine que la ligue se reforme pour dénoncer, d'époque en époque, l'hystérie comme impudique imago de la mauvaise mère et tout autant ambigu désordre d'une chair androgyne ». Ces ligues aujourd'hui sont le radicalisme islamique et certains pays qui le supportent, au moins idéologiquement comme l'Arabie saoudite, l'Iran et certains pays d'Afrique qui continuent à pratiquer l'excision. Mais aussi certains États américains comme le Dakota du Sud. Mais aussi partout dans le monde, un ordre médical qui ne veut pas reconnaître l'hystérie, et derrière elle le féminin.
Notre espoir pour un monde meilleur passe par la reconnaissance et la libération du féminin, et de l'hystérie qui en est la caricature.
Chawki AZOURI


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18 h 25, le 05 mai 2016