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Agenda - 1er mai

« Travailleuses, pas esclaves ! »

Pour la septième année consécutive, les employées de maison ont défilé dans les rues de Beyrouth.

Quelque 250 personnes, en majorité des femmes, ont participé dimanche dernier à Beyrouth à la manifestation organisée à l'appel des employées de maison étrangères, une marche devenue traditionnelle depuis sept ans à l'occasion du 1er Mai.
Au sein de ce groupe hétéroclite, principalement des travailleuses de maison, portant à bout de bras les drapeaux de leurs pays et des pancartes revendicatrices. Dans les airs, les étendards d'Éthiopie, du Madagascar, des Philippines, du Sri Lanka et du Népal virevoltent au milieu de bien d'autres, rassemblant les employées de maison par groupes d'origine.
Certaines portent des mégaphones, scandant les slogans inscrits également sur des pancartes. « Nous voulons des chambres privées, moins d'heures de travail ; des heures de sommeil et des congés payés » ; « Les travailleurs domestiques ont le droit à être protégés par la loi » ; « Travailleuses, pas esclaves. »
À la tête du groupe, une grande affiche blanche haute de deux mètres portée par quatre femmes cache jusqu'au visage les marcheuses en tête. En grand et noir, y est inscrit « Ratifiez et appliquez la convention internationale n°189 ». Une demande adressée aux autorités libanaises qui se retrouve également inscrite sur un autocollant rond, arboré par toutes les personnes présentes ce jour-là.
Cette convention lie les États membres de l'Organisation internationale du travail. Elle promet une protection spécifique aux travailleurs domestiques en fixant les droits et principes fondamentaux, et impose aux États signataires de prendre une série de mesures visant à rendre décent le travail des employées domestiques.
« En général, on a un thème particulier à chaque marche. L'année dernière, c'était la reconnaissance des syndicats, par exemple. Mais si cette convention est adoptée, elle englobera la totalité de nos demandes », explique Nora, membre de l'organisation Caritas.

Des droits bafoués
« J'ai travaillé pendant six ans pour une famille qui me payait une misère et qui ne m'a presque jamais donné de jour libre. Aujourd'hui, j'ai changé d'employeur et je suis beaucoup plus heureuse, mais je pense à toutes mes amies qui vivent encore cette réalité », explique Regina, venue au Liban il y a onze ans des Philippines. Lunettes de soleil sur les yeux, elle arbore un panneau sur lequel est inscrit « Les droits des immigrés sont des droits humains. »
Arrivées sur le territoire avec des promesses de travail décent et un salaire prometteur, nombre de travailleuses domestiques se retrouvent victimes du système de la kafala : pour être autorisées à entrer au Liban, elles sont parrainées par leurs futurs employeurs qui deviennent de ce fait leurs garants légaux. Un système qui favorise les abus. Il est fréquent que les employeurs les privent dès leur arrivée de leurs papiers et par ce fait de leurs droits. « Il faut qu'on se batte pour notre propre identité », s'offusque Rita, une travailleuse malienne.
Ces femmes sont ensuite payées un salaire de misère et nombre d'entre elles travaillent sans arrêt. Les abus physiques, voire sexuels, sont une réalité vécue par beaucoup d'entre elles. Mais pour d'autres, la routine est tout aussi misérable : Binta, une Malienne arrivée il y a six ans, raconte : « On m'avait promis un salaire décent, que je devrais juste garder les enfants durant les heures de bureau des parents. En réalité, je gagne 200 dollars par mois et je travaille tous les jours, je dois faire toutes les tâches ménagères. » « Ma patronne me crie tout le temps dessus. On m'a menti au Mali, les bureaux collaborent entre eux. Et je n'ai pas assez d'argent pour repartir », ajoute la jeune femme de 29 ans.
Certaines d'entre elles vivent une situation dramatique lorsqu'un enfant entre en jeu. En effet, s'il naît hors mariage, il ne peut alors bénéficier directement d'un statut légal. « Je veux rentrer dans mon pays pour lui, mais je n'ai pas assez d'argent », se désole Makdès, originaire d'Éthiopie, son bébé couvert d'une couverture blanche dans les bras.
Unies, toutes ces femmes représentant les 250 000 employées de maison ont démarré de l'église Saint-Joseph, à Monnot. La foule, enthousiaste et qui multipliait les chansons, encadrée de part et d'autres d'agents de police, s'est dirigée vers le centre-ville puis vers Hamra, jusqu'à l'église Saint-François, en croisant sur son itinéraire de nombreuses marches de partis faisant campagne à l'approche des élections municipales.
« L'itinéraire n'est pas choisi par hasard. On veut de la visibilité », explique Zeina Mehanna, membre de l'association organisatrice Amel, qui offre aux travailleuses des soins de santé lorsque leurs patrons refusent de prendre ceux-ci en charge. « Souvent on entend des commentaires racistes le long de la marche, de personnes qui considèrent qu'il y a des problèmes beaucoup plus importants au Liban. Il y a un vrai travail à faire sur les mentalités », ajoute-t-elle.
À l'arrivée, une scène était installée dans l'école Saint-François jouxtant l'église, accueillant, avec percussions et musique, marcheurs et passants curieux. Des odeurs d'encens et de mets exotiques offraient aux visiteurs une immersion dans le monde de ces femmes. Il s'est ensuivi une représentation de danses traditionnelles ainsi que des paroles d'espoir des travailleuses et associations.


Quelque 250 personnes, en majorité des femmes, ont participé dimanche dernier à Beyrouth à la manifestation organisée à l'appel des employées de maison étrangères, une marche devenue traditionnelle depuis sept ans à l'occasion du 1er Mai.Au sein de ce groupe hétéroclite, principalement des travailleuses de maison, portant à bout de bras les drapeaux de leurs pays et des pancartes...