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Culture - Festival Du Conte

Et vous, quelle histoire vous fait voyager ?

Pour la dix-septième année consécutive, la crypte de l'église Saint-Joseph accueille le Festival international du conte et du monodrame. Au programme de cette édition, qui se tient jusqu'au dimanche 20 mars, cinq conteurs et conteuses officient, tous les soirs, en duos interchangeables sur le thème à évocations multiples de « L'invitation au voyage ».

À la crypte de l’église Saint-Joseph, cinq raconteurs d’histoires à dormir debout ou à rêver éveillé…

Ils/elles savent manier les mots. Ils/elles savent les collecter, les broder, les tisser, les colorer, les faire jongler... Les transformer en images, en mirages, en voyages tout simplement !
Ces conteurs et conteuses d'histoires à dormir debout ou à faire rêver les yeux ouverts savent, même aujourd'hui dans un monde ultraconnecté, entraîner leurs auditoires hors les murs étroits du quotidien, dans des pérégrinations imaginaires, parfois plus marquantes que les voyages réels. On a tous le souvenir d'une histoire qui nous a (trans)portée. Qu'en est-il alors pour ces colporteurs de contes, qui en ont plein dans leurs besaces ? À l'occasion du passage de cinq d'entre eux à Beyrouth, dans le cadre du 17e Festival du conte et du monodrame, placé sous le thème de « L'invitation au voyage »*, L'Orient-Le Jour leur a adressé la question suivante : « Et vous, quelle est l'histoire qui vous a fait le plus voyager ? »

Étonnamment, ces virtuoses de l'oralité y ont répondu en... cherchant leurs mots. Ce que Pierre Delye justifie de la manière suivante : « Nous, les conteurs, avons une capacité au bavardage qui peut être importante, mais la plupart d'entre nous ont aussi une belle capacité au silence. Car, avant de savoir parler, il faut savoir se taire. » Pour ce Français du Nord, c'est un conte allemand, L'homme à la peau d'ours des frères Grimm qui l'a fait le plus voyager. Pourquoi ?
« Parce que je l'ai le plus raconté, tout en le changeant, le modifiant, le mélangeant, le tourneboulant inlassablement pour en faire la clé de voûte de mon répertoire », soutient-il. « Mais je pourrais aussi dire que c'est le conte que j'ai créé pour mon fils, qui, tout petit avant de s'endormir, me réclamait des récits de lutins. Tous les soirs, pendant quatre mois à peu près, à raison d'une demi-heure en moyenne, je lui inventais des histoires qui, par la suite, sont devenues un spectacle. Hautement voyageur, et dont un épisode est devenu mon premier livre. Lequel m'a aussi beaucoup emmené en voyage... »

Pour la comédienne, conteuse et chanteuse Aïni Iften, ce sont « les contes de ma mère qui m'ont fait le plus voyager. Ceux de mon enfance qu'elle me narrait dans sa langue, berbère, avec son phrasé, sa musique, sa poésie et sa culture... À travers ses petites histoires, elle m'a transmis, à moi qui suis née dans une banlieue en France, sa culture et m'a fait beaucoup voyager dans ce pays, l'Algérie, que je ne connaissais pas, et dans cet univers auquel d'une certaine manière j'appartiens puisqu'il est celui de ma mère. Des récits qui ont pavé la voie à mon goût des voyages... ».

« On ne se fera jamais électrocuter par une luciole »
Même retour aux racines chez Nadine Walsh. Cette conteuse, marionnettiste et comédienne québécoise, a découvert en fouillant dans ses racines paternelles les origines de la grosse vague d'émigration irlandaise au Canada. « En 1847, le mildiou, qui est la maladie de la patate pourrie, a provoqué une grande famine en Irlande. Ce qui a poussé les Irlandais à quitter leur pays. Beaucoup ont embarqué sur des bateaux en direction du Nouveau Monde. Cette histoire m'a marquée. Elle m'a fait beaucoup voyager par l'imagination, en Irlande mais aussi dans le monde merveilleux des elfes, des lutins, issus de la culture irlandaise. Car j'ai aussitôt imaginé que ces personnages féériques avaient eux aussi émigré au Canada en montant en clandestins sur les bateaux irlandais. »

C'est d'Afrique de l'Ouest que provient le conte qui a vraiment fait voyager intérieurement Marc Buléon. Cet ex-ébéniste et ex-professeur de musique, reconverti depuis une vingtaine d'années en conteur, a découvert, à l'approche de la quarantaine, « cette petite fable autour d'un soleil qui un jour ne se lève pas sur un village parce que quelque chose pèse sur lui. Elle a été pour moi salvatrice. Elle m'a permis de résoudre des choses compliquées dans ma vie. J'ai mis longtemps à déchiffrer pourquoi j'avais envie de la raconter. Et le jour où j'ai enfin compris, j'ai cessé de la raconter. Et puis, il y a une autre histoire, ou plutôt un bouquet d'histoires qui m'a fait beaucoup voyager au double sens du terme, poursuit le conteur français. Ce sont les récits de vie – dont celui très étrange d'une femme qui raconte sa naissance – que m'ont confié les personnes autistes avec lesquelles je mène un compagnonnage depuis plus de dix ans. Ils m'ont beaucoup enrichi intérieurement et beaucoup emmené en spectacle à l'étranger ».

Enfin, pour Marcel Zaragoza, méridional, aux origines ibériques, ce ne sont pas les « Sindibad » qui le font le plus voyager, mais « plusieurs contes courts, philosophiques, qui laissent en suspens l'idée, qui n'ont pas de réponses et qui donnent dans la tête une petite chanson... Comme les histoires de Brassens qui m'ont beaucoup influencées. Et puis quelques mots, quelques phrases suffisent à me transporter et à me garder longtemps dans les nuages », affirme celui qui (dé)clame : « Laissons-nous rêver ; on ne se fera jamais électrocuter par une luciole. » Et proclame : « Quand la lune est trop vieille, ne la jetez pas, gardez-en pour en faire des étoiles... »
Cinq raconteurs à découvrir plus amplement sur la scène de la crypte de l'église Saint-Joseph, jusqu'à dimanche soir.

* Tous les soirs à 19h30. Billets en vente à l'entrée de la crypte, rue de l'Université Saint-Joseph, Achrafieh.

Ils/elles savent manier les mots. Ils/elles savent les collecter, les broder, les tisser, les colorer, les faire jongler... Les transformer en images, en mirages, en voyages tout simplement !Ces conteurs et conteuses d'histoires à dormir debout ou à faire rêver les yeux ouverts savent, même aujourd'hui dans un monde ultraconnecté, entraîner leurs auditoires hors les murs étroits du quotidien, dans des pérégrinations imaginaires, parfois plus marquantes que les voyages réels. On a tous le souvenir d'une histoire qui nous a (trans)portée. Qu'en est-il alors pour ces colporteurs de contes, qui en ont plein dans leurs besaces ? À l'occasion du passage de cinq d'entre eux à Beyrouth, dans le cadre du 17e Festival du conte et du monodrame, placé sous le thème de « L'invitation au voyage »*, L'Orient-Le Jour leur a adressé...
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