« En ce moment, toutes mes pensées vont à tous les gens qui ne sont jamais arrivés à Lampedusa (…) », a déclaré le réalisateur Gianfranco Rosi, son Ours d’or en main. Tobias Schwarz/AFP
La Berlinale, festival du cinéma de Berlin, a décerné samedi soir son Ours d'or à un documentaire sur les réfugiés à Lampedusa, Fuocoammare, envoyant un message politique au moment où l'Europe cherche coûte que coûte à réduire l'afflux des migrants. Ce documentaire italien (Feu en mer, en français) relate le sort des réfugiés qui débarquent en provenance des côtes d'Afrique du Nord sur l'île italienne de Lampedusa, ou meurent avant d'y parvenir. Brut, sans voix off ni commentaires, Fuocoammare décrit en parallèle le quotidien des habitants – en particulier celui d'un jeune garçon, Samuele – et celui de ces milliers de migrants.
« En ce moment, toutes mes pensées vont à tous les gens qui ne sont jamais arrivés à Lampedusa pendant ce voyage de l'espoir » qu'ils avaient entamé, a déclaré le réalisateur, Gianfranco Rosi, après avoir reçu son prix. Il l'a aussi dédié aux « gens de Lampedusa », tous à ses yeux « très ouverts » et promis de venir montrer son film sur l'île, où il loue toujours un appartement, lors d'une projection en plein air car il n'y a pas de cinéma sur place. Le cinéaste s'en est surtout pris aux politiques suivies par de nombreux gouvernements européens visant à réduire l'entrée des migrants. « Les murs et les clôtures ne marchent jamais, ils ne résistent jamais », a-t-il mis en garde. « J'espère apporter une prise de conscience, il n'est pas normal que des gens meurent en traversant la mer pour échapper à des tragédies », a estimé Gianfranco Rosi, qui a passé près d'un an à Lampedusa. Cinéaste bourlingueur né en Érythrée et formé aux États-Unis, Gianfranco Rosi a expliqué s'être « immergé » dans la vie de l'île.
La présidente du jury de la Berlinale cette année, l'actrice américaine Meryl Streep, a souligné que les jurés avaient été « bouleversés » par un documentaire qui « allie la critique à l'art et la nuance ». Ce film « va au cœur de ce qu'est la Berlinale », a-t-elle poursuivi.
La Berlinale est un festival de cinéma traditionnellement très engagé dans l'actualité politique et la défense des droits de l'homme. L'an dernier, l'Ours d'or était revenu à Taxi Téhéran, du cinéaste dissident iranien Jafar Panahi, tourné clandestinement en Iran. Cette année, les organisateurs avaient fait de la question des réfugiés un thème central, avec diverses initiatives en marge du festival en faveur des migrants. L'acteur George Clooney, venu en ouverture, a aussi pris fermement position en faveur de l'aide aux migrants et rencontré à ce sujet la chancelière Angela Merkel.
Mia Hansen-Love, Ours d'argent du meilleur réalisateur
Par ailleurs, l'Ours d'argent du meilleur réalisateur a été décerné à la cinéaste française Mia Hansen-Love, âgée de 35 ans, pour L'Avenir, son cinquième long-métrage, qui narre l'histoire d'une enseignante de philosophie (interprétée par l'actrice française Isabelle Huppert) confrontée à une liberté nouvelle lorsque son mari la quitte.
L'Ours saluant le meilleur interprète masculin est allé au jeune Tunisien Majd Mastoura pour son interprétation dans Hédi, de Mohammad Ben Attia, première production arabe en compétition à la Berlinale en 20 ans, une histoire d'amour et d'émancipation au lendemain de la révolution de 2010-2011. Majd Mastoura a rendu hommage aux « martyrs de la révolution » en Tunisie et offert son prix « aux jeunes qui luttent toujours pour un meilleur avenir » dans ce pays. L'Ours d'argent récompensant la meilleure actrice est allé à la Danoise Trine Dyrholm, âgée de 43 ans, pour son rôle dans Kollektivet (The Commune) de Thomas Vinterberg, sur l'histoire d'une communauté dans les années 70 du siècle dernier.
Le jury a également mis à l'honneur le cinéma asiatique. Ainsi, le prix Alfred-Bauer, récompensant chaque année « un film qui ouvre de nouvelles perspectives dans l'art cinématographique », est revenu à Hele Sa Hiwagang Hapis (Une berceuse au mystère douloureux) du cinéaste philippin Lav Diaz.
(Source : AFP)

