Jamais, depuis sa disparition il y a une quarantaine de jours, Denis Pietton n'a été aussi présent ni aussi proche du cœur des Libanais. Ils se sont ainsi tous retrouvés, hier, dans leur diversité et leurs divergences, pour lui rendre un dernier hommage en l'église Saint-Louis des Capucins, aux côtés de ses parents Raymond et Marie-Jo, de son épouse Najwa, et de l'ambassadeur de France Emmanuel Bonne. Des ministres (Ramzi Jreige, Nabil de Freige, Rony Araiji) des leaders (Walid Joumblatt), des représentants de partis (Ammar Moussaoui, Sélim Sayegh, etc.), des députés (Marwan Hamadé, Alain Aoun, Simon Abiramia), des notables, des figures mondaines et d'autres anonymes... Tout ce monde avait tenu à prier pour cet homme qui avait souvent dépassé la stricte mission d'ambassadeur de France pour entrer directement dans le cœur des Libanais.
Le nonce apostolique Gabriele Caccia a célébré la messe, racontant comment il avait précédé Denis Pietton au Liban de quelques semaines avant de le retrouver presque deux mois plus tard, devenu brusquement veuf et terrassé par la douleur. Ce jour-là, Denis Pietton a choisi de rester au Liban en dépit de l'épreuve qui lui était infligée au début de sa nouvelle mission et sa décision a ému les Libanais, provoquant en eux un élan de sympathie à son égard qui ne s'est jamais démenti. Il avait ainsi initié une nouvelle diplomatie, celle des cœurs, et les Libanais, même les parties politiques qui émettaient des réserves sur la politique de la France au Liban et dans la région, trouvaient en lui une oreille attentive, sa démarche ayant été de toujours privilégier le respect de l'autre, quel qu'il soit, et la tolérance, comme profession de foi.
Denis Pietton était aussi un homme de positions et de principes, qui ne se privait pas de critiquer ou de donner son opinion, mais toujours dans un souci d'être positif et en insistant sur la volonté de ne jamais être blessant. Dans le livret qui lui est consacré et qui a été distribué aux présents, les témoignages sont nombreux et émouvants. C'est comme si chaque Libanais avait son histoire avec lui, un ambassadeur qui ne s'est pas contenté d'être en mission au Liban, allant jusqu'à vivre le Liban et souffrir avec lui. Il y avait un peu de nous en lui et beaucoup de lui en nous. Il restera dans la mémoire des Libanais un ambassadeur qui a creusé un chemin dans nos cœurs et qui a humanisé sa mission, dans un monde où les intérêts occupent désormais la première place.


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