François-René de Chateaubriand.
Le tribunal correctionnel de Paris se prononcera aujourd'hui sur le sort de la seule copie complète du manuscrit des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand, et sur celui d'un notaire parisien, poursuivi pour avoir voulu le vendre aux enchères.
Après des revers de fortune, François-René de Chateaubriand est aux abois. En 1836, il cède à ses éditeurs, Delloye et Sala, les droits pour la publication posthume de ses Mémoires contre 156 000 francs et une rente viagère mensuelle de 12 000 francs. Chateaubriand garde auprès de lui une copie du manuscrit, destiné à être remanié jusqu'à sa mort, qui surviendra en 1848. Un exemplaire est remis à l'éditeur, l'autre au notaire de celui-ci. En 1847, Chateaubriand envoie une nouvelle version, qui vient remplacer la précédente dans la caisse fermée à trois clés chez le notaire, Me Cahouet.
Le manuscrit, écrit par des secrétaires de l'écrivain et homme politique, et signé de sa main, est resté ensuite à l'étude de Jean Dufour, successeur de Me Cahouet. Jusqu'à ce qu'en 2012, Pascal Dufour, descendant de Jean Dufour, craignant que le manuscrit se dégrade ou soit volé, songe à le vendre aux enchères. Il se considère propriétaire du manuscrit par une tradition familiale vieille de 160 ans. La vente est programmée pour le 26 novembre 2013 à l'hôtel Drouot. Le manuscrit est estimé à 400 000 ou 500 000 euros. Mais, au dernier moment, la société organisatrice annonce une cession de gré à gré auprès de la Bibliothèque nationale de France (BNF). La ministre de la Culture de l'époque, Aurélie Filipetti, salue une « acquisition exceptionnelle » de l'État « à la suite d'un accord amiable avec le propriétaire ». Mais la transaction, pour un montant envisagé de 550 000 euros, n'a finalement pas eu lieu. Le manuscrit est aujourd'hui sous scellé à la BNF.
Le parquet de Paris avait ouvert une enquête, à l'issue de laquelle il a considéré que le notaire n'était que dépositaire du manuscrit, pas son propriétaire, et qu'il n'avait en aucun cas le droit de le vendre. À l'audience, la procureure a requis une amende de 25 000 euros à l'encontre du notaire. La magistrate a en outre demandé aux juges de ne pas se prononcer sur la restitution du manuscrit, afin que l'État puisse, comme le prévoit la loi, en devenir propriétaire, sous réserve des droits des tiers.
S'il en est reconnu propriétaire, le notaire souhaite « en faire donation à la BNF, si elle l'accepte ». L'avocat du notaire, Me Patrick Maisonneuve, a quant à lui plaidé que le manuscrit a été « abandonné » en 1850 par l'éditeur et a mis en avant la « bonne foi » de son client.
(Source : AFP)

