Zeinab Charafeddine a signé son premier roman Salat qabl el-fajr (Prière avant l'aube), Dar el-Saqi, 110 pages, à l'expo du livre arabe, Biel (jusqu'au 10 décembre). Premier paragraphe : un coup de fil nocturne annonce à Nourhane la mort du père tant aimé. La vie parisienne bien réglée de la jeune femme bascule tout d'un coup.
Sous l'effet du choc, elle est submergée par des sensations et des émotions vraisemblablement ressurgies d'un passé qu'elle avait tenté d'oublier ou auquel elle croyait avoir échappé. Elle semble réaliser soudain que le moment est venu d'affronter toutes les choses occultées.
Elle doit rentrer après 12 ans d'absence.
Les bons souvenirs remontent également.
Charafeddine dessine alors un beau portrait de cet homme que tout le monde aime.
Comme elle manifeste beaucoup de tendresse envers la mémoire du petit frère, trop tôt disparu.
Ou pour le fils du gardien, ami d'enfance retrouvé vingt ans plus tard.
D'ailleurs, cette affection que la narratrice porte à tous ses personnages, même les moins sympathiques, est pour le moins étonnante.
Elle les regarde avec bienveillance, sans jugement, même lorsqu'on a le sentiment qu'ils ont beaucoup de choses à se faire reprocher.
Durant les quelques jours de condoléances, Nourhane, replongée dans l'ambiance familiale, semble suivre, instinctivement, une piste.
Elle n'en est pas vraiment consciente, mais elle n'a pas le comportement habituel d'une fille éplorée.
De petits indices amènent doucement le lecteur à se poser des questions et à se demander si c'est bien ce qu'il redoute... Charafeddine écrit sans fioritures, va droit à l'essentiel, même si elle essaie parfois d'arrondir les angles.
On comprend qu'elle n'est pas faite pour cela.
C'en est presque sec, mais son regard sur ce monde, auquel elle avait essayé d'échapper, est fait de nuances imperceptibles et d'observations subtiles, qui rendent les choses moins simples qu'elles n'en ont l'air.
La fin, nous pourrions la deviner en lisant attentivement.
Elle est encore plus compacte.
Comme si Zeinab Charafeddine – tout en laissant un espace, celui de la mer, pour respirer – a voulu vite s'en débarrasser pour ne pas risquer de s'y brûler.
Il est clair que cette auteure aura encore beaucoup de choses à dire...
Nadim TARAZI
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