Gerbes de fleurs, « tifo » tricolore et Marseillaise chantée à tue-tête : quatre jours après les événements tragiques survenus à Paris, les Britanniques ont transformé le match amical Angleterre-France en un instant solennel de recueillement et de souvenir. Adrian Dennis/AFP
Une Marseillaise chantée à tue-tête et un stade de Wembley paré de bleu-blanc-rouge : l'Angleterre a rendu, mardi dans la nuit, un vibrant hommage aux victimes des attentats sanglants de Paris lors de la réception de l'équipe de France (match remporté par les Anglais 2-0). Quatre jours après les événements tragiques survenus dans la capitale française, la pire attaque terroriste de l'histoire de l'Hexagone (au moins 129 morts), les Anglais ont transformé cette rencontre en un instant solennel de recueillement et de souvenir.
Au-delà du résultat et de la victoire de la formation aux Trois Lions (buts de Dele Alli et Wayne Rooney), totalement anecdotique en ces circonstances, l'émotion a surtout été à son comble au moment des hymnes. Encouragés depuis samedi par les médias d'outre-Manche, y compris les bastions du patriotisme pur et dur comme The Sun et The Daily Mirror, les spectateurs ont chanté à l'unisson la Marseillaise pour afficher ainsi leur solidarité avec leurs voisins meurtris. Le protocole d'avant-match avait été modifié pour l'occasion et l'hymne du pays hôte, God Save The Queen, a pour une fois été joué en premier, avant de laisser le temple du football anglais reprendre le célèbre chant révolutionnaire de Rouget de Lisle, dont les paroles sont apparues sur les deux écrans géants de Wembley alors qu'un « tifo » tricolore géant était déployé.
Les deux équipes se sont ensuite mélangées sous des applaudissements nourris pour observer une minute de silence. Auparavant, les deux sélectionneurs français, Didier Deschamps, et anglais, Roy Hodgson, notamment accompagnés par le Premier ministre britannique David Cameron et le prince William, président d'honneur de la Fédération anglaise, avaient déposé des gerbes de fleurs sur le terrain.
D'autres hommages aux victimes des attentats de Paris ont également eu lieu mardi dans la nuit, notamment en Italie, où la Marseillaise a été jouée au stade Renato Dell'Ara de Bologne avant le match amical entre l'Italie et la Roumanie.
Une défaite prévisible
Au stade de Wembley, comme un symbole, le milieu de terrain Lassana Diarra, personnellement endeuillé par les attentats de vendredi, est entré en jeu contre l'Angleterre, lors d'une rencontre que le gardien des Bleus, Hugo Lloris, a vécu comme un capitaine au milieu de la tempête. Semblant sur le fil du rasoir, le portier des Bleus et de Tottenham, qui évolue à quelques milles de Wembley le reste de l'année, a en effet connu une 72e sélection délicate. Vu le contexte lourd, c'était malheureusement prévisible et, envoyé au front lundi devant la presse pour la première sortie après les attaques sanglantes, il avait laissé entendre entre les lignes qu'on ne leur avait pas laissé le choix de disputer ce match si spécial. Le Spur de 28 ans est donc apparu tendu et fébrile avant même d'entrer sur la pelouse. Le regard dans le vide, il avait été salué par son coéquipier Kyle Walker dans le tunnel.
Sa mauvaise relance dès la 9e minute n'a pas lancé son match sur de très bonnes bases et, même s'il s'est repris ensuite avec deux sorties dans les pieds (13e et 17e minutes), il a également manqué un dribble audacieux devant Kane avant de finalement prendre le dessus dans un 2e temps (28e minute). Comble de malchance, c'est même Dele Alli, son coéquipier à Londres où il vit depuis 2012, qui a permis aux Anglais d'ouvrir le score sur une frappe en lucarne après une très légère déviation de Koscielny, le Londonien d'Arsenal cette fois (39e minute). À la reprise, le néocapitaine des Spurs s'est fait fusiller de près, par Rooney cette fois, alors que la responsabilité de Koscielny est, là encore, engagée (48e minute).
L'entrée de Lassana Diarra à la 57e minute a, elle aussi, valeur de symbole. D'abord parce que l'une des cousines du récupérateur de Marseille fait partie des 129 personnes décédées dans la nuit de vendredi et qu'il faut montrer que, malgré tout, la vie continue. Ensuite parce que le joueur de 30 ans, qui fête sa 31e sélection dans des conditions bien bizarres après avoir connu un trou de cinq ans, était allé s'échauffer avant la mi-temps avec Antoine Griezmann, dont la sœur a, elle, survécu à l'attaque dans la salle du Bataclan. Enfin parce que, malgré toute sa bonne volonté, le récupérateur, qui avait tenu à rester avec l'équipe malgré sa douleur, n'a pu retourner une situation déjà bien compromise.
Pour exorciser ce moment sombre, les deux hommes (Lass et Lloris), ainsi que le reste de leurs coéquipiers, ont tenu à quitter les derniers la pelouse, après avoir salué leurs supporteurs et reçu l'accolade généreuse de leurs adversaires.
(Source : AFP)
Turquie-Grèce : des supporteurs turcs crient « Allah Akbar »
Des supporteurs turcs ont crié « Allah Akbar » (Dieu est grand) et ont sifflé pendant la minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Paris, mardi soir, avant le coup d'envoi du match amical Turquie-Grèce. Les supporteurs ont en outre entonné des chants en faveur du président turc Recep Tayyip Erdogan, au stade Basaksehir d'Istanbul, sous le regard du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu et de son homologue grec Alexis Tsipras. Les supporteurs turcs entonnent régulièrement des slogans nationalistes pendant les rencontres de football. On ne sait pas si les huées étaient davantage dirigées à l'encontre du rival historique grec qu'à l'hommage en l'honneur des victimes des attentats. La rencontre s'est terminée sur un nul (0-0).
Allemagne vs Pays-Bas : Merkel défend l'annulation du match
La chancelière allemande Angela Merkel a défendu hier la décision d'annuler le match Allemagne vs Pays-Bas, mardi dans la nuit. « Comme des millions de fans, j'étais triste que cette annulation ait dû être décidée. Les autorités ont pris une décision difficile, peut-être la décision la plus difficile (...). Mais (...) il y avait des risques pour la sécurité », a ainsi expliqué Mme Merkel. La Mannschaft, déjà traumatisée par le match de vendredi face à la France, marqué par les attaques à Paris, devait affronter les Pays-Bas à Hanovre. La rencontre, présentée comme le « match de la liberté » et un hommage aux victimes, a dû être annulée en raison d'une menace d'attentat, sans que la police n'ait découvert d'explosifs ni arrêté de suspects.


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