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Culture - Exposition

Le parfum des souvenirs et la paix des résonances

Les sculptures d'Axel Cassel et les dessins en encre de Malgorzata Paszko : la vie, la passion et l'éloquence en partage.

« Figure feuille », d’Axel Cassel,2014, bois de sipo, h. 100 cm.

Mari et femme ont aimé le pays du Cèdre. Lui est décédé, elle continue de peindre. Aujourd'hui, les œuvres d'Axel Cassel et de Malgorzata Paszko sont côte à côte, comme les amants de la poésie de Fouad Gabriel Naffah. Non sur la page d'un livre, mais sur une terre doublement chemin du cœur, dans l'enceinte de la galerie Alice Mogabgab. De la sculpture dans les troncs des arbres aux troncs des arbres en encre de Chine, les racines ont vie, passion et éloquence communes.
Comme un lieu empreint de ferveur, l'espace respire une présence double, des complicités déclarées, des bruissements audibles, des silences libérateurs et des tendresses murmurantes. À l'ombre des mots et de la fluide musicalité du poème inédit de Michel Butor (expressément écrit pour l'artiste et qui donne un titre à cet article*) se dressent, comme des vigies surgies des fonds des forêts, les neuf sculptures d'Axel Cassel. Six en bois d'Iroko Sipo (miraculeux arbre d'Afrique anti-CO2, au tronc énorme, de teint clair et rougeâtre) et trois en bronze.
Longilignes, d'une souplesse de gymnaste, totémiques avec un éventail en rosace surmonté d'une minuscule tête en boulette d'épingle, ces sculptures, nées de motifs végétaux, fusionnent avec leur socle qui n'est qu'une partie du cœur patiemment et minutieusement vidé de l'arbre, taillé, lissé, ciselé. Afin de dégager de ces strates déposées par le temps des figures aux mouvements et volumes harmonieusement agencés. Pour une incroyable et volubile immobilité.
Rien de violent dans ces formes étirées, recroquevillées, enlacées, ondulées, arrondies avec douceur comme une turgescence délicate, comme une tige de fleur qu'on prend garde de casser. Style Art déco nourri de volutes, de tubulures, de protubérance, de quelque chose de céleste et d'éthéré. Pour une narration alliant grâce, élégance, chaleur et un brin de mystère. Même les espaces soigneusement creusés ont une élocution particulière, des plages de rêverie, des zones de caresses à la fois furtives et prolongées, profondes et épidermiques, pudiques et sensuelles.

 

Antichambre d'une douleur vive
Dans le sillage de cette inspiration entre art primitif raffiné et glose d'une modernité déroutante, le bronze en noir est asservi au même langage de séduction et d'approche qui n'amasse pas de vide et encore moins de fioritures clinquantes. Sobriété et élégance pour un travail proche d'une orfèvrerie pure et scintillante.
Comme une voix intérieure qui reprend le fil d'une histoire contée en images tangibles et perceptibles, Malgorzata Paszko répond à l'appel des bois et des forêts, parcourus sans doute en compagnie de son défunt époux. Telle une lumineuse voilette de deuil, elle fait flamboyer, en dix toiles, la splendeur de l'encre de Chine sur papier Japon. Ombres noires de grands arbres solitaires, massifs, feuillus, figés, frissonnants. Tels de livides fantômes à l'énergie indomptable sur le blanc du papier.
Lourds ou légers branchages qui, par-delà la musique ou l'absence du vent, jettent leurs ombres et silhouettes dentelées, fantasques et fantaisistes, fuyantes et tétanisées, entre tristesse et joie, vigueur et vulnérabilité, vie et mort.
Comme dans une zone de limbes intemporels, enserrées dans l'étroit écrin de la petite salle de la Boîte noire, ces œuvres témoignent d'une inspiration de grandes randonnées, de souvenirs heureux ou mélancoliques, de moments de rédemption, de sursis, d'espoir ou de désespoir. Ou tout simplement le plaisir de redonner à la nature son pouvoir de purification, d'élan, de consolation. Mais toujours dans la maîtrise d'un art qui jette aux orties tout ce qui détruit ou saccage la notion de créativité.
Venue de la gravure, l'artiste a des touches à la fois vigoureuses et effacées. Son univers qui a la transparence et la force d'une estampe de l'Extrême-Orient est comme l'antichambre d'une douleur vive.
Deux mondes, échappés aux mêmes sources, se retrouvent. Un chant mélodieux où, spontanément, sculptures et dessins ont des correspondances familières, comme un compagnonnage de longue, très longue date.

 

Vers inédits

Extrait du poème Bosquet de cèdres de Michel Butor.
« ... Braises brûlant très calmement
pour se réchauffer en hiver
cendres fertilisant la terre
dans les cimetières immenses
résultats des malentendus
volutes de l'encens qui monte
pour parfumer le souvenir
dans la paix de la résonance
et le silence des adieux... »

 

*L'exposition des sculptures d'Axel Cassel intitulée « Bosquet de cèdres » ainsi que les dessins en encre de Malgorzata Paszko (à la Boîte noire) se prolongent à la galerie Alice Mogabgab (rue Achrafieh) jusqu'au 20 novembre prochain.

Mari et femme ont aimé le pays du Cèdre. Lui est décédé, elle continue de peindre. Aujourd'hui, les œuvres d'Axel Cassel et de Malgorzata Paszko sont côte à côte, comme les amants de la poésie de Fouad Gabriel Naffah. Non sur la page d'un livre, mais sur une terre doublement chemin du cœur, dans l'enceinte de la galerie Alice Mogabgab. De la sculpture dans les troncs des arbres aux troncs des arbres en encre de Chine, les racines ont vie, passion et éloquence communes.Comme un lieu empreint de ferveur, l'espace respire une présence double, des complicités déclarées, des bruissements audibles, des silences libérateurs et des tendresses murmurantes. À l'ombre des mots et de la fluide musicalité du poème inédit de Michel Butor (expressément écrit pour l'artiste et qui donne un titre à cet article*) se dressent, comme...
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