Devant un public toutrecueillement, les doigts du pianiste font surgir des mélodies suaves et fluides.
Pour son premier séjour au pays du Cèdre, le maestro Adalberto Riva a des impressions débordantes d'enthousiasme et de bonheur. Bonheur de la beauté de la ville, de la richesse de la gastronomie et de l'accueil chaleureux des gens. Une fois de plus, le Liban ne déroge pas à sa réputation de terre d'hospitalité. Et de multiplicité culturelle.
Quarante ans, le front généreusement dégarni, costume sombre avec nœud-papillon sur chemise au col cassé, Italien ayant fait ses études musicales à Lausanne, Adalberto Riva, dans le cadre de la « Settimana della lingua italiana nel mondo 2015 », pour son premier séjour au Liban, a bouclé dans ses valises des partitions bien particulières.
Avec le titre « Le piano romantique en Suisse » il offre, sous l'égide du concert inaugural de la saison du CNSM et le concours de l'ambassade de Suisse, aux mélomanes fidélisés à la salle Abou Khater, un florilège d'œuvres à parfum hautement romantique. Et véritable boîte à trésors pour un public qui est loin de se douter des beautés sonores que ces œuvres recèlent. Des compositeurs (à part Liszt, tous aux œuvres peu familières à l'auditoire) qui reflètent toutes les nuances du pays du lac Léman avec ses paysages mythiques et verdoyants, nimbés de paix et de rêves. Mais aussi de quelques orages et averses...
Au menu donc sept compositeurs qui parlent de Dame Nature de l'État fédéral dans ses états de consolation, d'harmonie, de communication, de passion, d'évasion. Compositeurs bien dans le courant romantique tout court mais au cadre ici exclusivement suisse. Devant un public tout recueillement, les doigts du pianiste effleurent les touches d'ivoire ou s'y enfoncent en profondeur. Surgissent alors des terres gardées par des forêts profondes, des rivières aux cascades douces comme un rire perlé de jeune fille, des prairies où il fait bon rêvasser, des coteaux tendres comme une épaule amie, des toits souriants dans l'éclat du jour ou la brume matinale... Tout cela en des mélodies suaves et fluides, avec toutefois quelques touches parfois écrasées, que le piano raconte en grappes de notes impétueuses, luisantes, légères, graves, intarissables.
Quelques questions avant d'écouter arpèges, chromatismes, triolets, trilles, mélodies et autres technicités d'un répertoire brillant et à l'exécution souvent bien périlleuse. Et où l'artiste a laissé quelques plumes...
Tout d'abord, quelle est la spécificité de ce piano romantique en Suisse ?
C'est tout compositeur et œuvres liés au territoire suisse. Où il n'y a pas une seule école, car avec la notion de canton, chaque région a son inspiration et ses couleurs. Mais bien entendu cela relève des critères romantiques avec tout ce que cela comporte d'exaltation et de lyrisme. De même que l'attachement à la nature. Et ici, ce sont des paysages suisses que l'on célèbre et magnifie.
Comment a germé cette idée de rassembler ces textes musicaux ?
C'est en fouillant, pour des recherches, dans une bibliothèque romande que j'ai découvert ces partitions. Et on a commencé à les interpréter sur un piano d'époque (qui a été sous les doigts de Liszt) au château de Gruyères. Oui, celui du célèbre fromage... (petit rire) !
Combien de compositeurs donnez-vous à écouter ?
Plusieurs dont Lizst (Les Cloches de Genève, Fleur des Alpes, Vallée d'Obermann), mais aussi Hans Huber, Fanny Unerwadel, Samuel Bovy-Lysberg, Paul Hahnemann, Vincent Adler, Joaquim Raff...
Comment cernez-vous ces œuvres que vous interprétez ?
Un émouvant et sonore rapport avec la nature... suisse. Et puis, outre les influences de Chopin , Liszt, Schumann et Mendelssohn, elles restent agréables, lyriques, faciles, mais aussi parfois dramatiques.

