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Culture

Il était un jardin qu’on appelait la terre...

Installation

Charbel Samuel Aoun est un militant, un militant pour la nature et pour la vie car sans nature, c'est-à-dire sans air, sans feu, sans terre et sans eau, il n'y a pas de vie. Et il le démontre si bien dans « L'Exode du fragile » *.

24/09/2015

C'est à la galerie Tanit qu'il a installé ses différentes mécaniques. La rencontre s'est faite en pleine installation quelques heures avant le vernissage. La galeriste Nayla Kettaneh Kunigk est anxieuse. Elle sait que cette exposition est ambitieuse, pleine de promesses, mais elle sait aussi que son élaboration n'a pas été des plus faciles. « C'est un travail ardu, mais Charbel arrivera à bout. Je lui fais confiance. » Puis elle conclura en rigolant : « Même les mécaniques du grand Léonard de Vinci ne fonctionnaient pas tout le temps. L'essentiel c'est d'avoir imaginé toute cette démarche. »

« Je ne vous ai pas apporté des bonbons »
L'artiste, les cheveux en bataille, les mains noircies par les boulons, le charbon et les branchages, a l'air inquiet. Il voudrait parfaire son travail pour contrebalancer les imperfections du quotidien. Lui, si longtemps meurtri par la guerre, voudrait guérir les meurtrissures, panser les plaies, les traumatismes de cette nature triturée, fragilisée, dépossédée de toute son âme.
L'heure n'est plus au vernis, aux belles couleurs sur la toile, à leur assaisonnement avec des dessins. Il ne s'agit pas pour lui de garnir le laid, l'enjoliver ou de le camoufler. Mais bien de montrer la vérité toute nue. Même si souvent elle n'est pas belle à voir. Samuel Charbel Aoun n'est vraiment pas là pour vous apporter « des bonbons » car les siens sont bien amers. L'heure est trop grave et l'on devine cela dans son œil sombre, mais aussi dans ses installations aux matériaux bruts. Dénudés. L'heure est au constat, au manifeste. Aux actes. L'acte de composer, de créer et d'imaginer à nouveau un autre équilibre.
Quiconque entre dans la galerie est vite happé par l'artiste qui lui explique le circuit, le processus. Que le visiteur ne s'attende donc pas à venir choisir quelle toile accrocher au-dessus de son canapé. Mais à recevoir une belle gifle. Ou, pour être plus juste, à être « souffleté ». Car si Charbel Samuel Aoun l'homme commence à manquer d'oxygène dans cette nature brisée, Charbel Samuel Aoun l'artiste ne manque pas d'air. En quelques branchages brûlés (tirés de la forêt de Baabda), il arrive à reproduire un cœur qui bat encore. Avec une simple bonbonne de gaz, il démontre combien le danger nous guette au quotidien. Plus loin, deux grosses branches d'arbre simulent la nature dénaturée et enfin, avec ce squelette de pierres tel un dinosaure à son dernier râle, l'artiste dénonce les carrières. Pour cette installation, Charbel Samuel Aoun a invité Hélios (dieu de l'air), Héphaïstos (dieu du feu), Gaïa (déesse de la terre) et Poséidon (dieu de la mer) à un même banquet : celui de l'espoir.

* Galerie Tanit (Mar Mikhaël), jusqu'au 31 octobre. Du lundi au vendredi. Tél. : 01/562812.


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Charbel Samuel Aoun et les quatre éléments


Êtes-vous air, terre, feu ou eau ?

Je suis plus terre. D'ailleurs j'ai créé il y a quelques années une association appelée « Free-tree » par laquelle je plante une grande variété d'arbres que je distribue à celui qui aimerait bien en adopter. C'est ainsi qu'on réussira à reboiser le Liban.

Quel est l'élément le plus en danger au Liban ?
Le danger va au-delà des éléments. Cela touche la sensibilité de l'homme. Lorsque celui-ci perd cette sensibilité envers sa terre et qu'il ne sourcille pas en voyant les grues rasant sans vergogne la montagne, alors c'est lui qui est le plus en danger.

Plus impliqué dans les travaux de la nature qu'à vos débuts ?
Je l'ai toujours été, mais le message est à présent plus évident. Il s'impose de lui-même. Ce travail est une sorte de révolution par rapport à ma propre conscience. A présent que je suis père, je me sens plus responsable envers mes enfants... et les enfants de la terre.

 

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