L’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910 » associe peinture, sculpture et documents d’époque. Bertrand Guay/AFP
Installée au cœur de la «Belle Époque», la prostitution a fasciné nombre d'artistes à la recherche de nouvelles formes de représentation : une exposition exceptionnelle au musée d'Orsay explore les relations ambiguës entre ces deux univers. Associant peinture, sculpture et documents d'époque, notamment photos et films, Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910 (jusqu'au 14 janvier) s'attache à montrer l'ampleur du phénomène et son importance dans l'évolution esthétique de plusieurs grands artistes comme Degas, Manet, Van Gogh et, plus tard, Munch ou Picasso.
Pourquoi le monde de la prostitution a « généré un aussi grand nombre de représentations à travers des courants aussi variés que l'impressionnisme, le naturalisme, le fauvisme ou l'expressionnisme?» interroge Guy Cogeval, président du musée d'Orsay, dans le catalogue de l'exposition, la première dédiée à ce thème dans le monde. Plus ou moins encadrée, la prostitution est alors très répandue: l'amour tarifé prend des formes très diverses, des multiples maisons closes à la lingère se prostituant à l'occasion, en passant par les demi-mondaines richissimes et aussi suivies que certaines stars de la téléréalité aujourd'hui.
Le minutieux Jean Béraud est le meilleur représentant de cette veine, qui joue sur le pittoresque, avec des compositions soignées telles Les coulisses de l'Opéra de Paris ou le très cinématographique Le boulevard Montmartre la nuit. La femme dans une calèche de Louis Anquetin a un grain de beauté avec trois poils sur la joue gauche, signe de sensualité comme l'était plus généralement la pilosité. Avachies devant un verre d'alcool, tenant une cigarette, les jeunes femmes de La prune de
Manet et de L'absinthe de Degas pourraient être sœurs.
Les débuts de la pornographie
Avec Au Moulin Rouge, Toulouse-Lautrec signe un chef-d'œuvre de modernité: lumière verte, cadrage oblique, visages coupés par le bord du tableau. Peut-être pour l'avoir beaucoup fréquenté, il sera aussi le meilleur chroniqueur du bordel, cet espace clos qui va inspirer les grands artistes de l'époque. Toulouse-Lautrec montre les pensionnaires telles qu'elles sont, attendant le client, le regard vide, sur les canapés de velours rouge. Félicien Rops les imagine en séductrices maléfiques et Degas explore avec elles toute l'expressivité du corps dans une série de gravures retrouvées après sa mort.
Au début du XXe siècle, l'imaginaire des maisons closes sera chez Frantisek Kupka, André Derain ou Picasso le support de recherches radicales sur la couleur ou les formes corporelles.
Le monde de la prostitution est aussi celui de la pornographie, qui naît avec la photo «parce que les femmes qui posent sont en grande majorité des prostituées», explique Marie Robert, responsable de la section photo du musée d'Orsay. La photo va séduire par sa précision, sur la pilosité ou la texture de la peau. La photo est aussi utilisée par les demi-mondaines pour vanter leur charme.
Au total, 400 pièces sont réunies: registres de police décrivant les prostituées, cartes de visite illustrées suggérant leur spécialité, cires anatomiques recréant les lésions de la syphilis... Après Paris, cette exposition sera présentée au Van Gogh Museum d'Amsterdam, du 19 février au 19 juin 2016.
(Source : AFP)

