Vue aérienne de la citadelle d’Arras. Photo AFP
Autrefois «cités interdites», occupées par les militaires, les citadelles du nord de la France s'offrent une cure de jouvence avec des programmes ambitieux, devenant des quartiers de ville où l'on pourra étudier, dormir ou se divertir, à Amiens, Arras et Lille.
Maillon du pré carré dessiné par Vauban (1633-1707) afin de défendre la frontière nord du royaume de France contre la menace venue des Pays-Bas espagnols, la citadelle (de l'italien cittadella, petite ville) d'Arras était conçue pour abriter une garnison de 1500 soldats et répondre à leurs besoins: dormir, manger, prier et bien sûr défendre les lieux. Quand, en 2009, les derniers militaires quittent La Belle inutile, la communauté urbaine hérite d'un cadeau empoisonné. Que faire de ces 47000 m2 de bâtis sur quinze hectares, un joyau de l'architecture militaire ? Après quelques projets farfelus, dont un parc d'attraction consacré à Louis XIV, la communauté urbaine opte pour la mixité de fonction.
Cinq ans après, la citadelle, labellisée patrimoine mondial de l'Unesco, offre un étonnant catalogue d'usages: des logements, une pépinière d'entreprises, une fromagerie dans une ancienne poudrière, un data center au pied d'un bastion, un parcours d'accrobranches, une miellerie, le festival de musique du Main Square festival ou encore une école formant aux métiers de bouche... La mutation du lieu n'est pas encore achevée, il reste à transformer le beau bâtiment en brique et pierre de l'arsenal et la porte royale. Mais la communauté urbaine laisse planer le mystère sur leur usage.
Un peu plus au sud, ce sont les pelleteuses et les marteaux piqueurs qui résonnent au milieu de la citadelle d'Amiens. Un programme ambitieux doit permettre d'implanter au milieu de la citadelle, construite par le père spirituel de Vauban, Jean Errard (1554-1610), les départements de langue, histoire et philosophie de l'université de cette ville comptant 26000 étudiants. Autour d'une large place d'armes, quelque 4000 étudiants auront à disposition, en septembre 2016, cinq amphithéâtres, une bibliothèque, mais aussi une cafétéria et des commerces, dans un mélange prometteur d'architecture militaire et contemporaine.
À Lille, la Reine des citadelles, qui lança la carrière du jeune Vauban auprès de Louis XIV, est l'une des rares à avoir conservé sa vocation militaire, avec la présence à l'intérieur des vieux murs du quartier général du corps de réaction rapide de l'armée. Mais tout autour de ses bastions, la citadelle, surnommée le Central Park lillois (90 hectares), est devenue au fil du temps un lieu de villégiature prisé (zoo gratuit, parcours de footing, jeux pour enfants). En outre, des ouvrages militaires disparus, le glacis et le chemin couvert, ainsi qu'une promenade d'un kilomètre le long de la Deûle vont être restaurés ou reconstitués.
(Source : AFP)

