Un soldat loyaliste faisant la garde devant l’aéroport d’Aden, après le retrait des rebelles houthis. Photo AFP
L'activisme croissant d'el-Qaëda à Aden, deuxième ville du Yémen, constitue un défi pour l'Arabie saoudite qui s'est focalisée sur la guerre contre les rebelles chiites pro-iraniens en fermant les yeux jusqu'ici sur les jihadistes, selon des experts. « Je ne pense pas que la priorité principale de l'Arabie saoudite au Yémen soit el-Qaëda, affirme ainsi l'analyste Ibrahim Fraihat, du Brookings Doha Center. C'est pour cette raison notamment qu'el-Qaëda a prospéré. »
Ce n'était un secret pour personne que des cellules d'el-Qaëda opéraient à Aden, la grande cité portuaire du Sud au cœur du conflit depuis plusieurs mois. Conquise par les rebelles chiites houthis en mars, elle a été reprise en juillet par une coalition hétéroclite de forces sunnites comprenant des combattants progouvernementaux, des séparatistes sudistes et des membres de tribus, auxquels se sont mêlés des jihadistes. Cette coalition antihouthis est activement soutenue depuis mars par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui, après avoir mené une campagne de raids aériens intensifs, sont passés à la vitesse supérieure en apportant cet été un appui direct au sol aux combattants antirebelles à Aden et dans le Sud.
C'est dans ce contexte que les membres d'el-Qaëda sont devenus plus visibles. Ils ont ainsi fait sauter samedi le quartier général de la police politique à Aden après avoir détruit ou emporté des dossiers début août. Ils occupent désormais cinq bâtiments-clés dans le quartier de Tawahi, à l'ouest de la ville, dont ceux de la marine de guerre, des services de renseignements ou d'un hôpital militaire, et y ont établi quatre barrages, selon des sources de sécurité.
Ces développements, survenus alors que le président du Yémen est toujours réfugié en Arabie saoudite, sont qualifiés de « très inquiétants » mais « pas surprenants » par des spécialistes.
« Cela montre l'état de déliquescence du Yémen qui est devenu un État failli », note Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe et professeur d'islamologie à l'université de Toulouse (France). « La coalition est elle-même dépassée par les événements » et « n'a les moyens ni de lutter contre el-Qaëda ni de protéger les installations ». Pour M. Fraihat, « il était prévisible » qu'el-Qaëda, active « depuis longtemps » dans le Sud, « tire avantage de cette période transitoire » en raison du retrait des houthis et de l'absence totale de sécurité à Aden. Mais l'expert doute que cette situation perdure, d'une part parce qu'el-Qaëda « n'a pas le plein soutien de la population », d'autre part parce qu'elle n'a « pas prouvé sa capacité à gouverner sur la durée ».
« Stratégie en deux temps »
Depuis l'intervention saoudienne, el-Qaëda et le groupe État islamique (EI/Daech), qui a signé ses premiers attentats meurtriers en mars au Yémen, ont profité du chaos politique et militaire. Bien qu'ils soient rivaux, ces groupes extrémistes sunnites ont en commun leur aversion des chiites qu'ils considèrent comme des hérétiques.
L'EI s'est montré actif à Sanaa et dans le Nord, contrôlés par les houthis, tandis qu'el-Qaëda a confirmé sa prééminence historique dans le Sud en s'emparant en avril de Moukalla, capitale de la province du Hadramout, et en faisant son apparition au grand jour à Aden ce mois-ci.
Ces derniers mois, des experts ont évoqué une alliance de fait entre el-Qaëda et la coalition anti-houthis, alors que la cruauté de l'EI, qui a visé des civils à plusieurs reprises dans des mosquées chiites, a positionné son rival comme un groupe « quasi fréquentable » parmi d'autres du camp sunnite.
M. Guidère est persuadé qu'après une éventuelle victoire contre les houthis, l'étape suivante pour la coalition sera « d'affronter el-Qaëda et les groupes jihadistes, comme Daech, qui menacent l'unité du pays et la stabilité du gouvernement ». Cet expert se montre toutefois prudent quant à l'issue : « Il n'est pas certain que les Saoudiens puissent réussir dans cette stratégie en deux temps. »
M. Fraihat estime aussi que l'Arabie saoudite, qui a défait el-Qaëda sur son territoire dans les années 2000, « se battra contre el-Qaëda à Aden ». « Elle pourrait en venir à bout » dans cette ville, mais « cela ne veut pas dire que (les jihadistes) perdront la bataille dans le reste du Sud ».
À noter qu'el-Qaëda dans la péninsule Arabique (Aqpa) est née de la fusion en 2009 des branches yéménite et saoudienne du réseau de feu Oussama Ben Laden. Ce groupe, qui a revendiqué en janvier l'attaque ayant décimé la rédaction du journal satirique français Charlie Hebdo, est considéré comme la branche la plus dangereuse d'el-Qaëda, selon Washington qui mène régulièrement des frappes de drones contre ses dirigeants.


L'Arabie saoudite dit avoir intercepté trois drones en provenance d'Irak
Casse tête ??? bras armé oui !
11 h 52, le 25 août 2015