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Culture - Sculpture

Boulos Richa, ex-ferronnier désormais maestro

Passionné par son métier au point de l'avoir hissé au rang d'art, Boulos Richa, ex-ferronnier devenu artiste autodidacte, célèbre cette année ses 50 ans de sculpture. À cette occasion, le musée Macam lui consacre une rétrospective, accompagnée de la publication d'un ouvrage monographique.

Les femmes de Boulos Richa réunies au musée d’Alita.

On lui a donné du fer, il en a fait de l'art. C'est ainsi que l'on pourrait résumer le parcours, voire la destinée, de Boulos Richa, cet artisan, artiste dans l'âme, qui a su traduire, avec sensibilité, dans le métal ses rêves, ses émotions, jusqu'à ses révoltes et ses opinions. Et qui proclame : « Le fer est pour moi ce qu'est l'eau à la plante. »
Né en 1936 à Ijdabra, petit village au-dessus de Batroun, dans une famille modeste, Boulos Richa a été obligé, tout jeune, d'interrompre sa scolarité pour contribuer aux rentrées du foyer. Il s'échinera au travail dans les champs de culture du tabac de la région, puis dans les chantiers de construction, avant d'intégrer, en apprenti, l'atelier d'un ferronnier à Jbeil. Il y passe quelques mois, le temps d'apprendre les procédés de fabrication des outillages d'artisans, puis retourne au village ouvrir son propre atelier. Il commence donc par façonner des outils, avant de se lancer dans l'élaboration de garde-corps et autres balustrades en fer forgé.

Le fou du fer
Sa « passion ferreuse » était enclenchée ! Elle se développera au fil des années et des rencontres avec des artistes, comme les frères Michel et Alfred Basbous ou encore Aref el-Rayess, qui avaient parfois recours à lui pour l'exécution de leurs œuvres en fer. Ce sont eux qui discerneront, sous le savoir-faire artisanal, le talent artistique brut de celui que les villageois ont déjà surnommé « le fou du fer ». Eux qui vont l'encourager à exposer en 1967 ses premières sculptures – des silhouettes longitudinales créées à partir de simples tiges de fer – dans un petit espace mitoyen à son atelier. Mais c'est le peintre Samir Tabet, à l'époque doyen de l'AUB, qui va véritablement le lancer en 1972. Ayant découvert son travail par hasard, il lui organisera sa première exposition individuelle à la Jafet Library de l'Université américaine de Beyrouth.

Élaborées par assemblage et soudure de tiges de fer brut (recourbées, torsadées, aplaties...) et de divers éléments de récupération (bouts de moteur, roues dentées, tuyaux d'échappement, chaînes de vélo, plaquettes de freins, vieux outillages, quelques galets, parfois même un morceau de bois), les œuvres de Boulos Richa, ramassis d'éléments à la base si peu esthétiques, ont des proportions harmonieuses et une élégance non dénuée d'humour. Elles attireront l'attention de Brigitte Schéhadé, l'épouse du poète Georges Schéhadé, qui prend le pari de lui organiser une exposition individuelle dans sa galerie parisienne.
Au fil des décennies, l'ex-ferronnier décline de manière figurative, abstraite ou surréaliste, des figures animalières, des silhouettes humaines et parfois même des compositions mixtes. Une soixantaine de pièces réunies au musée Macam égrènent son bestiaire de prédilection : oiseaux, mulet, chien clopinant, chameau, coq... Ses personnages féminins, tout en courbes gracieuses et élancées, font partie des thèmes récurrents et cependant non répétitifs de cet amoureux de la femme. Ainsi que des figures bizarroïdes préfigurant, d'une certaine manière, les personnages de Nadim Karam.
Mais cet homme «libre et vrai» imprime aussi dans le fer ses idées, ses opinions politiques et sociales et son désir de paix. En détournant des morceaux d'armes ou des objets agressifs (dents de scie ou fil barbelé) pour en faire des compositions exsudant la douleur de La condition humaine ou la foi des Hommes à genoux, mains levées, implorant le ciel.

Au fil des années, Boulos Richa délaisse, de plus en plus, le marteau et l'enclume pour se consacrer à la création libre. Il intègre le circuit des expositions collectives (Salon du printemps de l'Unesco) et individuelles (à la galerie Alice Mogabgab notamment). Et même si l'accès au Salon d'automne du musée Sursock lui est encore et toujours refusé, Aref el-Rayess lui a prédit qu'«il entrera dans l'histoire de l'art libanais comme tant d'autres artistes spontanés dans le monde et qui doivent à leur intuition le don de la mesure exacte». Cette rétrospective qui se tient jusqu'à fin septembre au musée d'art moderne et contemporain Macam ainsi que la monographie (réalisée avec les moyens du bord) que lui consacrent César Nammour et Gabriela Schaub semblent en être le préambule. Un hommage au talent authentique de cet artiste sincère et modeste qui vaut bien la (belle) promenade jusqu'à Alita*.

*Alita, à 7,5 km de la sortie vers Kartaba, à Nahr Ibrahim. Horaires d'ouverture : les vendredis, samedis et dimanches, de 12h à 19h, ou sur rendez-vous au 03/271500.

 

Les lauréats de « L'âge du fer »

Le musée Macam entame sa deuxième année d'existence avec des projets toujours en développement. D'abord, l'espace d'exposition de 4 000 m2 a été divisé en cinq parties bien définies. Avec une première salle dédiée aux sculptures modernes et contemporaines (bois, pierre et marbre, métal et enfin céramique), une seconde grande salle consacrée uniquement aux installations. Puis deux salles pour les expositions individuelles permanentes, l'une consacrée aux sculptures d'Alfred Basbous, l'autre à celles de Moazzaz Rawda. Et enfin, l'espace d'exposition temporaire qui accueille actuellement la rétrospective Boulos Richa. Ainsi qu'en parallèle, la douzaine d'œuvres réalisées par autant d'artistes qui ont participé au concours de sculpture, lancé par le musée et baptisé « L'âge du fer ». Concours dont les trois primés sont respectivement : Ghassan Saba, Rudy Rahmé et Élias Ziadé.

On lui a donné du fer, il en a fait de l'art. C'est ainsi que l'on pourrait résumer le parcours, voire la destinée, de Boulos Richa, cet artisan, artiste dans l'âme, qui a su traduire, avec sensibilité, dans le métal ses rêves, ses émotions, jusqu'à ses révoltes et ses opinions. Et qui proclame : « Le fer est pour moi ce qu'est l'eau à la plante. »Né en 1936 à Ijdabra, petit village au-dessus de Batroun, dans une famille modeste, Boulos Richa a été obligé, tout jeune, d'interrompre sa scolarité pour contribuer aux rentrées du foyer. Il s'échinera au travail dans les champs de culture du tabac de la région, puis dans les chantiers de construction, avant d'intégrer, en apprenti, l'atelier d'un ferronnier à Jbeil. Il y passe quelques mois, le temps d'apprendre les procédés de fabrication des outillages...
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