Placido Domingo met son expérience au service de jeunes chanteurs. En 1993, il a créé Operalia, un concours pour débusquer les nouveaux talents de l’art lyrique. Niklas Halle’n/AFP
Il bat la mesure, agite les mains, interrompt le chant pour distiller conseils et instructions: au Royal Opera House de Londres, Placido Domingo met son expérience au service de jeunes chanteurs lyriques qui rêvent de marcher dans les pas du ténor de légende.
«Buenos dias!» lance le chanteur français Julien Behr en entrant dans la salle de répétition pour une séance de coaching avec le maestro espagnol de 74 ans. Julien, 32 ans, fait partie des 11 finalistes venus des quatre coins du monde pour participer à la finale d'Operalia. Le concours, organisé pour la première fois à Londres, a été créé en 1993 par Placido Domingo pour débusquer les nouveaux talents de l'art lyrique.
Près du piano, debout à quelques mètres du ténor assis sur un tabouret, Julien entame un extrait du Faust de Charles Gounod. Avant d'être subitement interrompu. « Il faut de l'émotion ! Plus de joie aussi ! » coupe, en français, Placido Domingo, en plaçant la main sur son cœur pour évoquer la scène où le héros se rend compte qu'il est amoureux de Marguerite. « Il faut faire plus naturel », poursuit le ténor, aussi baryton et chef d'orchestre. Julien, passé par l'Opéra national de Paris, acquiesce consciencieusement et reprend l'aria Salut ! Demeure chaste et pure.
Pour le chanteur, les conseils du maestro sont inestimables. « Tout ce qu'il peut dire, pour moi c'est l'Évangile », confie-t-il. « Sur la musique, sur les émotions, c'est très intéressant », ajoute-t-il, citant l'exemple de Faust. «C'était vraiment intéressant parce que c'est un rôle qu'il a souvent fait sur scène. Il a un français exceptionnel, donc il a chanté la plupart des grandes rôles du répertoire français. »
Le talent seul ne suffit pas
Le concours Operalia est ouvert aux chanteurs de 18 à 32 ans, et reçoit chaque année un millier de candidatures. Quarante chanteurs, présélectionnés sur la base d'enregistrements, doivent ensuite s'affronter jusqu'à la finale.
« J'ai toujours eu un intérêt particulier pour les jeunes chanteurs prometteurs, et j'ai beaucoup réfléchi aux énormes difficultés que ces artistes rencontrent quand ils commencent leur carrière, explique Placido Domingo. Je me suis rendu compte que le talent seul ne suffit pas. Il est également essentiel pour les jeunes chanteurs de susciter l'attention des imprésarios, des managers, des directeurs de casting, des chefs
d'orchestre. »
Operalia, dont le jury est constitué de professionnels du secteur, a permis à d'anciens lauréats, comme Erwin Schrott, Nina Stemme, Rolando Villazón ou Sonya Yoncheva d'accéder à la notoriété, autant d'exemples que les jeunes participants rêvent de suivre.
(Source : AFP)

