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Moyen Orient et Monde - France

Six mois après les attentats jihadistes, la société reste « crispée » sur ses problèmes

Le débat public, stérile jusque-là, oscille entre ceux qui dénoncent une islamophobie galopante et ceux qui fustigent un islamofascisme radical.

Une photo, datée du 21 décembre 2012, montre des militaires déployés à la station de trains Gare du Nord, à Paris, dans le cadre du plan de sécurité Vigipirate. Ce dernier, créé en 1978, est à son niveau le plus haut depuis les attaques jihadistes de janvier dans la capitale française et ses banlieues. Selon les autorités, Vigipirate restera en place tant que la menace terroriste, qualifiée de « très importante », ne sera pas écartée. Pierre Verdy/AFP

Six mois après le traumatisme des attentats jihadistes à Paris, la société française peine à changer en profondeur et en est encore à établir un diagnostic.
À gauche comme à droite, de grands mots ont été brandis depuis les 17 morts – journalistes, policiers, juifs – des 7, 8 et 9 janvier, tués par les frères Kouachi au siège de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, et par Amedy Coulibaly dans une épicerie juive. Le Premier ministre socialiste Manuel Valls a affirmé que la France était victime d'un « apartheid » qui pousserait une partie de sa population reléguée, souvent d'origine musulmane, à l'extrémisme et la violence. Il a aussi évoqué une « guerre de civilisation ». Le débat public oscille entre ceux qui dénoncent une islamophobie galopante sur fond de crise et de chômage, et ceux qui fustigent un islamofascisme radical, responsable – via l'organisation État islamique (EI) – des attentats en Occident.
Qui est Charlie ? Le livre de l'historien Emmanuel Todd, en remettant en cause le sens des manifestations du 11 janvier pour défendre la liberté d'expression, a contribué à accentuer les clivages. Une « angoisse à l'état pur » traverse la société, estime l'écrivain français contemporain le plus lu à l'étranger, Michel Houellebecq, dans le numéro de juillet-août de la Revue des deux mondes : la crainte de son hypothétique domination par la culture musulmane, exprimée dans son roman Soumission, paru en janvier. Le camp des rationnels répond en deux mots : République et laïcité, sans qu'on ne s'accorde plus vraiment sur ce qu'ils recouvrent.

Besoin de sens
« Il va falloir clarifier les choses », dit le sociologue Michel Wieviorka, qui déplore une société selon lui « crispée », « incapable de s'ouvrir à de nouvelles perspectives ». Il qualifie de « crise morale » l'incapacité de la France à gérer la problématique des migrants, de la frontière franco-italienne au sud, à Calais au nord. « On a tendance à incriminer les politiques pour tout, mais leur comportement serait autre si la société s'était vraiment mobilisée », analyse le sociologue dans son dernier essai, Retour au sens, pour lutter contre le déclinisme ambiant. Les attentats de mars 2004 en Espagne et de juillet 2005 en Grande-Bretagne avaient été suivis, de leur côté, de « changements majeurs politiques ou intellectuels » dans les deux pays, relève Michel Wieviorka. La Grande-Bretagne, surtout, a pris conscience que les terroristes étaient nés sur son sol et « elle a remis en cause son modèle multiculturaliste ».
En France, il est trop tôt. « Le tri n'a pas été fait et tous les grands mots, toutes les déclarations ou les livres à l'emporte-pièces qu'on peut lire en ce moment me paraissent au minimum déplacés », a récemment estimé le journaliste Philippe Lançon. Rescapé de Charlie Hebdo, il est encore à l'hôpital après avoir eu la mâchoire arrachée et subi treize interventions chirurgicales.
« Après Charlie, il y a eu un rassemblement et des discours, nécessaires, mais les gens n'ont pas ressenti qu'ils aient été suivis par les actes qui puissent leur donner sens », résume l'historien Patrick Weil, spécialiste des questions de nationalité et d'immigration, dans son dernier ouvrage Le sens de la République (éditions Grasset). Les pistes ? L'historien avance qu'on aurait ainsi pu permettre « l'ouverture des bibliothèques les week-ends et en soirée » car « ce sont des lieux où se cultivent la liberté de conscience, premier principe de la laïcité, mais aussi l'égalité des chances économiques, objet officiel de la loi ». « Le débat sur les programmes scolaires a pour l'instant débouché sur une impasse. Il ne faut faire ni un roman national ni une histoire riquiqui d'une France limitée à sa métropole, mais une histoire globale de la France qui couvre ce qui fut son empire. Les Français verraient alors qu'ils ont beaucoup plus en commun qu'ils ne le croient, dit-il. Il y a un potentiel positif de cohésion, d'unité qui ne demande qu'à s'exprimer. »

Isabel MALSANG/AFP

Six mois après le traumatisme des attentats jihadistes à Paris, la société française peine à changer en profondeur et en est encore à établir un diagnostic.À gauche comme à droite, de grands mots ont été brandis depuis les 17 morts – journalistes, policiers, juifs – des 7, 8 et 9 janvier, tués par les frères Kouachi au siège de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, et par Amedy Coulibaly dans une épicerie juive. Le Premier ministre socialiste Manuel Valls a affirmé que la France était victime d'un « apartheid » qui pousserait une partie de sa population reléguée, souvent d'origine musulmane, à l'extrémisme et la violence. Il a aussi évoqué une « guerre de civilisation ». Le débat public oscille entre ceux qui dénoncent une islamophobie galopante sur fond de crise et de chômage, et ceux qui fustigent un...
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