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Culture

Et si le métier de galeriste était à réinventer ?

Table ronde « L’Orient-Le Jour »

« Vous avez fait du monde de l'art une multinationale. On n'entend plus parler du mérite d'un tableau, mais de son prix. Vous oubliez qu'un tableau est une œuvre spirituelle, et vous en faites un objet. »
Ces mots sont ceux d'Etel Adnan. L'artiste les a prononcés à l'ouverture de la Fondation Van Gogh à Arles et ils résument de manière percutante la situation de l'art aujourd'hui, dans le monde en général et au Liban aussi. L'art : un secteur qui semble échapper de plus en plus aux galeries. Dans la prolifération des foires, des enchères et autres circuits parallèles, où en est aujourd'hui le métier de galeriste au Liban ? Quelles sont les difficultés auxquelles ces professionnels font face ? Assiste-t-on à une redéfinition de ce rôle ? Qu'en est-il réellement ? Où est(sont) la(les) faille(s) ?
L'Orient-Le Jour a décidé d'apporter un grand éclairage sur ce pivot central de la diffusion de l'art. D'effectuer un scan en profondeur de ce secteur aujourd'hui court-circuité. En donnant la parole à trois de ses représentants les plus dynamiques.
Inviter au journal Nadine Begdache, Alice Mogabgab et Saleh Barakat pour discuter ensemble des tenants et aboutissants de ce « métier-passion » qu'ils ont en commun, c'est assurer le débat. Si le choix de la rédaction s'est porté sur ce trio de galeristes qui pèse très lourd sur l'échiquier artistique local mais aussi régional, c'est parce que la constance dont ils font preuve tous trois depuis plus de 20 ans au moins leur confère une expertise indiscutable, qu'ils exercent chacun différemment. Et un impact certain. Qui n'exclut en rien, naturellement, ceux de leurs (nombreux) collègues.
Trois professionnels qui, au-delà de leurs divergences et de leurs convergences (entre théorie et pratique), vont se livrer, à travers des échanges (parfois) passionnés mais jamais (véritablement) houleux, à une véritable dissection du métier.
Voici une anatomie de l'univers du galeriste en huit points névralgiques. Et une question : cela veut dire quoi, exactement, être galeriste au Liban en 2015 ?

16/05/2015

 

Spéculation / conflit de générations

Saleh Barakat explique : « C'est un phénomène mondial qui se répercute chez nous. Il y a eu à une période donnée, vers la fin des années 80, beaucoup d'argent qu'il fallait faire fructifier de diverses manières. C'est de là qu'a démarré un certain engouement pour l'art, à ne pas confondre avec l'attrait pour l'art que pouvaient avoir les collectionneurs d'antan. »
« Dans le passé, il y avait des gens riches qui faisaient leur fortune dans la banque, la presse, l'entreprise, l'industrie ou l'agriculture et qui étaient réellement passionnés par la peinture ou la sculpture. C'étaient souvent des mécènes. Ils n'achetaient pas pour revendre et pouvaient attendre parfois une décennie pour acquérir la pièce qu'ils convoitaient. Les choses ont changé. La génération d'aujourd'hui a découvert qu'elle pouvait faire plus d'argent dans l'art que dans le travail. Ces nouveaux collectionneurs achètent avec leurs oreilles en suivant les instructions de leurs conseillers qui courent les foires et les enchères à travers le monde pour eux. Ils ne posent pas les yeux sur l'œuvre qu'ils considèrent uniquement comme un produit spéculatif et n'ont pas de relation directe avec l'artiste ou le galeriste. Heureusement qu'il reste quand même de vrais passionnés », précise-t-il.
Nadine Begdache renchérit : « Avant, les collectionneurs avaient une culture artistique, ils avaient des références, des connaissances, du goût. Aujourd'hui, la plupart achètent en fonction de la notoriété de l'artiste ou des sommets qu'atteignent les prix de ses œuvres aux enchères. Leur seul critère d'évaluation est désormais l'argent et non plus le goût personnel. »
Alice Mogabgab lance : « En fait, depuis une vingtaine d'années, l'art et la mode se sont mariés. Très précisément depuis qu'à la fin des années 80, le publicitaire Charles Saatchi a découvert, à l'issue de son divorce et de la revente des œuvres acquises par sa femme au cours des années 60 et 70, qu'avec la communication, il pouvait acheter et revendre de l'art à profit. C'est lui qui a misé sur les Young British Artists et qui a démesurément fait grimper les prix, avec la collaboration de Christie's et Sotheby's, au moyen d'enchères et d'expositions aux titres-slogans, comme la Sensation de Damien Hirst à la Royal Academy, qui a fait polémique. Ce qui a amené les grands acteurs de la mode comme François Pinault et Bernard Arnault à s'intéresser eux aussi à l'art, dans l'optique de mettre la main sur le marché. Pour cela, ils ont, par exemple, acheté toute la chaîne verticale de ce secteur, de Christie's à Connaissance des arts... Du coup, ils sont devenus les nouveaux prescripteurs en matière d'art. »
« Tout cela a coïncidé avec une époque de notre histoire où les fortunes qui s'amassaient étaient colossales. Les Chinois sont arrivés sur le marché, les Russes aussi...Et les Arabes qui, au lendemain des attentats du 11-Septembre, ont voulu rectifier leur image de terroristes en s'intéressant à l'art. Il y a eu, dès l'année suivante, un mot d'ordre donné dans ce sens, accompagné d'une forte injection d'argent dans ce domaine. On a commencé à les voir dans les foires. Ils ont voulu des galeries, des musées, des maisons d'enchères... »
Des propos que Saleh Barakat tente de nuancer en ramenant le phénomène à sa dimension spéculative. « Il n'y a pas eu de mot d'ordre pour une modification de l'image des Arabes, mais tout simplement un besoin de rapatrier et réinvestir une partie de leur capital. Jusqu'à ce fameux 11-Septembre, cet argent était essentiellement investi aux États-Unis. N'ayant pas d'industrie ou un secteur agricole dans lequel investir, ils se sont tournés vers l'immobilier, puis vers l'art à partir de 2006, avec pour objectif de créer une sorte d'industrie touristique de haut vol », avance-t-il.
Ce à quoi Alice Mogabgab réplique de suite : « Je sais de quoi je parle. J'ai été personnellement contactée, dès 2002, par deux ministres de deux pays différents pour gérer de grandes galeries dans les pays du Golfe. J'ai refusé, parce que je préfère faire mon métier librement. »

 

Foires, enchères et galeries : des liens incestueux ?

Les foires et les ventes aux enchères se multiplient. Notamment dans la région. Elles impactent de plus en plus le travail du galeriste, qu'il y participe ou pas.
« À mes débuts, j'ai connu les foires comme la Fiac ou Art Basel, où on sélectionnait un marchand selon ses capacités et son intégrité », dit Alice Mogabgab. « Par la suite, avec la mondialisation, les choses ont changé. Les foires suivent désormais les tendances telles que lancées par les grands collectionneurs, c'est-à-dire, surtout, les grands patrons du luxe. Il en résulte des foires devenues un circuit obligé, comme pour les joueurs de tennis ou pour la formule 1, où les collectionneurs se rendent dans leurs jets privés, comme en pèlerinage, au fil des grands rendez-vous de la Art Basel de Miami le 5 décembre à celle de Bâle en juin, en passant par la Documenta de Kassel tous les 5 ans, ou encore Venise à chaque Biennale... »
Elle n'y va pas de main morte : « En parallèle, les maisons d'enchères, dont les actionnaires sont ces mêmes grands collectionneurs, contribuent à vider les galeries d'un nombre non négligeable de leurs visiteurs. Comment ? En envoyant leurs catalogues détaillés par la poste aux clients potentiels où qu'ils soient. Facteur temps oblige, les acheteurs ne prennent plus la peine de courir les galeries, mais se contentent de l'équation catalogue d'enchères et foires. Donc le temps, qui est sacré pour un galeriste, joue aujourd'hui contre nous. »
Alice Mogabgab bat froid la majorité des foires et enchères régionales (elle participe néanmoins à Art Paris), estimant que « Sotheby's Doha et Christie's Dubaï se sont accaparées une bonne part du marché. Ces maisons ont compris que les tapis anciens, les meubles anciens et les tableaux anciens étaient épuisables. L'art contemporain ne l'étant pas, il y avait là un filon à exploiter ».
En revanche, Nadine Begdache et Saleh Barakat ont choisi eux de prendre le train en marche. Pour ne pas rester à quai.
« Pour promouvoir les artistes dans lesquels nous croyons, nous n'avons d'autre choix que de les emmener dans les foires, malgré tout ce qu'il nous en coûte en argent et en fatigue », affirme la première. Idem pour le patron d'Agial, qui assure la notoriété de ses poulains, mais aussi de quelques grands noms de l'art moderne libanais comme Doueihy ou Raouda Shoucair, par son implication systématique dans toutes les foires, les ventes et les grandes expositions régionales. « C'est la seule manière de marquer notre présence sur le terrain, sinon on est considéré comme des acteurs mineurs du marché et cela rejaillit forcément sur la cote de nos artistes. »

 

Quand les prix flambent...

On entend souvent les galeristes se plaindre d'être littéralement phagocytés par les circuits parallèles, foires et enchères en tête. Mais en mettant l'art à la mode, en faisant flamber les prix des artistes, cela ne rejaillit-il pas aussi positivement sur la trésorerie des galeries ?
« En réalité, en faisant grimper exagérément la cote de certains de nos artistes avec une œuvre ou deux vendues, il devient extrêmement difficile pour nous d'exposer leur travail en galerie à ces prix faramineux. L'artiste qui a vendu à 100000$ chez Christie's, comment peut-on espérer le vendre chez nous?», assène Alice Mogabgab. Elle résume l'impact de cette surenchère dans le monde de l'art : « Certains artistes deviennent ambitieux sur le plan pécuniaire en sacrifiant une partie de leur travail. »
« Attention, on parle de flambées des prix dans certains cas particuliers. Ces cas-là ne sont pas courants », corrige Saleh Barakat, expliquant que « pour une toile qui atteint des sommets, comme celle d'Ayman Baalbaki (Babel a été vendue à un prix record avoisinant les 500 000$), combien d'autres restent invendues ou ne dépassent pas leurs estimations de base?»...
« Il y a certes, parfois, des prix qui s'embrasent lorsqu'une œuvre, un thème, un sujet que l'artiste traite tombe à un moment donné de l'histoire politique ou sociale d'une nation qui interpelle particulièrement. C'est le cas de certaines peintures d'Ayman Baalbaki (la fameuse Babel, ou ses têtes d'homme en keffieh), qui ont provoqué un extraordinaire engouement et fait monter la cote de cet artiste de manière vertigineuse », explique Nadine Begdache.
« Mais pour d'autres artistes, qui ont à leur actif des années de labeur, une reconnaissance internationale et une présence dans des musées à l'étranger, comme Etel Adnan ou Huguette Caland par exemple, il ne s'agit pas de flambée, mais tout simplement d'une remise à niveau, d'une rectification de l'aberration qui existait auparavant », soutient-elle, rejointe totalement sur ce terrain par ses deux confrères.

 

Argent in / Artistes out

« Historiquement, pour entrer au musée, il fallait avoir derrière soi un parcours d'une quarantaine d'années. Aujourd'hui, on y introduit des artistes qui n'ont que 10 ans de pratique. On leur organise des rétrospectives. Et les curateurs obtempèrent, parce qu'ils ont intérêt à ce que le musée, désormais géré comme une entreprise commerciale, engrange de l'argent », explique Saleh Barakat.
« En réalité, le sponsoring est entré dans les institutions avec Margaret Thatcher après qu'elle eut, en 1977, fait d'énormes coupures dans le budget alloué à la culture. Aujourd'hui, la plupart des grands collectionneurs dans le monde appartiennent au conseil d'administration d'un musée. Il n'y a plus de critique, d'historien d'art, de conservateur ou de directeur de musée qui ne soit, de nos jours, directement ou indirectement relié au capital social. Avec les conséquences que cela induit. Récemment, par exemple, pour la rétrospective de Jeff Koons au Centre Pompidou, neuf curateurs ont dit non à Alain Seban (limogé depuis), le président, qui a quand même décidé de la faire, estimant que cela serait un très grand succès. Que cette rétrospective rapporterait de l'argent au musée. Ce qui a, malheureusement, bel et bien été le cas. »
Le musée, d'agent de légitimation, est devenu lui aussi un pion dans le jeu du pouvoir financier.
En revanche, certains artistes sortent du système des galeries, estimant que le pourcentage prélevé (40 ou 50 % du prix de vente de l'œuvre) n'est pas justifié. Ils organisent leurs propres expositions dans leurs ateliers, répondent à des travaux de commandes et vont même jusqu'à court-circuiter le galeriste en établissant des relations directes avec les collectionneurs. Comment les galeristes réagissent à cela ?
« C'est leur choix et on le respecte. Mais il faut arrêter de s'imaginer que le galeriste est un requin qui bouffe l'artiste. Il n'est pas juste un marchand qui vend en prélevant son bénéfice. Il y a toute une somme de travail que le galeriste fait, à part l'organisation d'expositions, pour promouvoir ses artistes : des participations à des foires aux contacts avec les curateurs et les directeurs d'institutions muséales. On oublie trop souvent que le rôle du galeriste est d'emmener l'artiste là où il doit arriver », assène Saleh Barakat.
« Outre le rôle de conseiller, voire même parfois de soutien humain, l'un des rôles essentiels du galeriste d'aujourd'hui est celui de référent. À travers son suivi d'un artiste, les catalogues qu'il lui consacre, sa connaissance détaillée des différentes périodes de son travail, mais aussi de son environnement familial ou de ses rencontres, il est la référence, quasiment la garantie, pour ceux qui s'y intéressent : directeurs de musées, mais aussi acquéreurs, qui craignent de tomber sur un faux, auxquels il offre la garantie de son expertise », précise Nadine Begdache.

 

La solitude des coureurs de fond

« Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre l'art libanais partout où nous pouvons l'emmener, dans les pays de la région, en Europe, à New York, dans des événements internationaux quand l'occasion se présente. Mais nous ne pouvons pas faire tout en solo. Nous n'avons aucun soutien des institutions. Au contraire, l'absence de politique culturelle et de législation adaptée au marché de l'art constitue une entrave à notre activité », déplore Saleh Barakat.
« C'est pire ! Nous sommes classifiés, et donc imposés, comme une galerie de meubles », renchérit Nadine Begdache.
Pourquoi alors ne pas vous regrouper en réseau solidaire ou en syndicat qui porterait vos revendications ? La question est subtilement éludée par les participants au débat. « Quand une galeriste de la place arrive à la Documenta par exemple, elle y emmène uniquement ses artistes et ne va pas proposer les miens », répondra Saleh Barakat. Et Nadine Begdache d'ajouter : « Même à Dubaï, nous sommes combattus. Et par des Libanais ! »
On l'aura deviné, les galeristes de la place préfèrent faire cavalier seul.
« On a un métier passionnant. On est entre le commerce et la création. On a la chance de présenter des gens extraordinaires que sont les artistes ; parfois, les clients et les visiteurs. On est dans un contexte pourri, dans un pays pourri, mais on va y rester. On va continuer. Seuls ou pas. En essayant de trouver d'autres idées. Pourquoi ne pas ouvrir les galeries le soir si les gens préfèrent sortir le soir ? Peu importe, nous devons nous débrouiller par nous-mêmes. C'est uniquement comme cela qu'on va résister », assure Alice Mogabgab.
Et Saleh Barakat de rebondir : « Que ce soit dans la création, la formation universitaire, la critique, la presse, l'expertise et la restauration, les professionnels ne manquent pas au Liban. Si toute cette gent culturelle mettait ses forces en commun, le pays pourrait réellement devenir en 2020 une extraordinaire plateforme de l'art. »

 

Liban vs région

En s'arrêtant sur la place qu'occupe l'art contemporain libanais sur la scène régionale, les sourires reviennent. Un peu.
Pour Alice Mogabgab, « il occupe une belle place. Les peintures d'Huguette Caland sont désormais au Tate. Les œuvres de Walid Raad au MoMa. Les vidéos d'Akram Zaatari côtoient celles de Mona Hatoum à la Fondation Louis Vuitton. Sauf que le problème est que nos artistes se basent sur le marché arabe. Or ce dernier est comme des sables mouvants : très instable et très trouble. Derrière ce marché, il y a aussi le financement de groupes fondamentalistes qui détruisent des sites historiques importants pour l'humanité. Ce qui représente à mes yeux une énorme farce. »
Saleh Barakat affirme, lui, que « bien qu'étant le plus petit pays de la région, l'art libanais se taille toujours 15 à 20 % de la présence arabe dans n'importe quel Salon, foire, biennale, etc. ».
Quant à Nadine Begdache, elle tient à apporter une précision qu'elle juge fondamentale : « Nous avons de très bons artistes et une grande diversité d'expressions qui reflètent la pluralité qui existe dans ce pays. C'est en cela qu'il n'y a pas un art typiquement libanais, comme on parlerait d'un art syrien ou irakien, par exemple. »
Justement, au niveau local, qu'en est-il de la compétition avec les artistes syriens ? Se répercute-t-elle sur les prix des artistes libanais ? « C'est la qualité du travail qui fait la différence », assure Saleh Barakat, qui semble persuadé que ses grands acheteurs vont rester fidèles, et garder l'orientation libanaise donnée à leur collection.
Pour Alice Mogabgab, « il n'y a pas d'art syrien, il n'y a pas d'art libanais. Il y a de l'art. C'est une langue en soi. Une langue humaine qui parle à toutes les cultures. Elle est destinée à une élite riche de son temps, capable de réfléchir quand un artiste l'interroge. Tout est question de qualité. Si celle-ci est au rendez-vous, qu'importe la nationalité de l'artiste. À partir de là, c'est normal, quand le pays accueille près de deux millions de réfugiés, qu'il y ait une prolifération d'artistes syriens sur le marché. »
« C'est une façon de renouveler le marché. Même si pendant les années de guerre libanaise aucune galerie syrienne n'a exposé de peintres libanais », rappelle Nadine Begdache...

 

Et le public dans tout cela ?

Il se murmure que l'intérêt pour l'art serait essentiellement mondain au Liban.
« Il est vrai que quand l'artiste qui expose vient d'un certain milieu et qu'il (ou elle) a des connexions, les gens sont nombreux au vernissage », admet Nadine Begdache. « Certes, il y a une part de show off, même dans l'attitude de certains collectionneurs », déplore Saleh Barakat. Qui tempère néanmoins : « On trouve toujours, fort heureusement, de véritables amateurs d'art et des connaisseurs qui abordent l'art avec
sensibilité. »
« En fin de compte, le public est un grand acteur sur la scène artistique. Il l'a toujours été à travers l'histoire », explique Alice Mogabgab. « Sauf qu'on a beau faire notre travail, en matière d'art contemporain, le public est toujours en retard. Au Liban un peu plus qu'ailleurs. Les théâtres sont pleins, les spectacles, les festivals de danse aussi, mais au niveau des galeries, le public dort. Les expositions ne l'intéressent pas. C'est très frustrant », regrette-t-elle.
Ce qu'il faudrait faire ? « Cette question mérite une autre table ronde à elle seule ! »

 

 

Alice Mogabgab

C'est aussi au tout début des années 90 qu'Alice Mogabgab, fraîchement diplômée en histoire de l'art de la Sorbonne, ouvre sa galerie éponyme à Beyrouth où, après avoir exposé les œuvres graphiques de grands noms internationaux comme Miró ou Tapiès, elle décide de se consacrer aux nouveaux talents occidentaux et libanais qu'elle peut « contribuer à faire connaître », à l'instar de Fadia Haddad, Hoda Kassatly, Émilio Trad ou Charles Belle... Parmi d'autres peintres, photographes ou plasticiens contemporains qu'elle fait découvrir et donne en paratage au « véritable collectionneur, petit, moyen ou grand, exclusivement entre les murs de (son) petit temple, ayant renoncé depuis quelques années à participer à la plupart des foires, où le bling bling de l'art est à la hauteur de l'ignorance de la majorité des richissimes acheteurs ». Dixit.

 

Nadine Begdache

En reprenant, au tout début des années 90, « le volet artistique » de Dar al-Fan, fondé dans les années 60 par sa mère, Janine Rubeiz, Nadine Begdache a choisi de « sauvegarder une partie de la mémoire du pays en défendant essentiellement les artistes libanais ».
Ceux d'avant et d'après-guerre. D'Yvette Achkar à Jamil Molaeb, Halim
Jurdak et Aref Rayess, « amis de (sa) mère », à la génération qui a percé dans les 90's, celle des Hannibal Srouji, Bassam Jeitani, Youssef Aoun, Charles Khoury ou encore Dima Hajjar, jusqu'à la cuvée 2.0 avec Alfred Tarazi ou Ali Cherri, la galerie Janine Rubeiz accompagne, découvre et promeut, localement et internationalement, l'art made in Lebanon.

 

Saleh Barakat

C'est également à la même période que Saleh Barakat a fondé sa galerie Agial qu'il avait initialement voulue comme « une plateforme pour l'art libanais et arabe ». Mais, depuis l'émergence d'une scène artistique à Dubaï, il s'est « (re)focalisé essentiellement sur la promotion de l'art libanais », précise-t-il. S'il est connu comme étant le découvreur du désormais « faramineux » Ayman Baalbaki, de son frère Saïd (Baalbaki), de Shawki Youssef, Taghrid Dargouth ou encore du jeune Palestinien Abdul Rahman Katanani, ce quadragénaire travaille aussi à « faire redécouvrir Salwa Rawda Shoucair, Aref Rayess ou Saliba Doueihy » à travers sa participation active aux foires, enchères, événements et autres connexions muséales à l'international.

 

 

Pour mémoire
Des expositions à ne pas rater en 2015 à Beyrouth

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Gebran Eid

JE VOUS RECOMMANDE L'ARTISTE NOVATEUR LE LIBANAIS : JEAN TANNOUS WIKIPÉDIA, NÉ HANNA TANNOUS

Gebran Eid

https://www.youtube.com/watch?v=MazCnEDHkB8
À VOIR ABSOLUMENT. ERIC EMMANUEL SCHMITT, L'ÉCRIVAIN FRANCO/PHONE LE PLUS LU AU MONDE. DÉNONCE NOTRE ÉPOQUE QUE NOUS VIVANT QUI NOUS A TRAHIT EN NOUS AMENANT DES ESCROCS ET DES FAUX ARTISTES.

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