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Culture - Cimaises

Témoigner... en quelques coups de crayon ou de pastel gras

La faim, la peine, la misère, l'oppression... Viscéralement tournée vers les autres, Leila Nseir, artiste syrienne, exprime dans ses dessins et peintures sa vision douloureuse de l'humanité.

« La faim » (techniques mixtes sur bois ; 60 x 50 cm).

«J'ai 75 ans et c'est sans doute une de mes dernières expositions», assène d'emblée Leila Nseir. À une demi-heure du vernissage, l'artiste passe en revue les derniers détails de l'accrochage que lui consacre le galeriste Mark Hachem dans son espace éponyme de Beyrouth, jusqu'au 1er avril*.
Regard plein d'acuité derrière les verres de ses lunettes, mais les mains devenues noueuses par des années de dessin acharné, la petite femme au chignon et tailleur stricts est venue spécialement de Lattaquié pour cette rétrospective partielle qui vient couronner son demi-siècle de peinture quasi exclusivement dédiée à la représentation de la figure humaine.
Les pauvres, les laborieux, les opprimés: c'est à cette frange la plus misérable de la population que cette artiste syrienne s'est toujours intéressée. «Ce sont eux qui m'ont faite, eux qui ont forgé ma sensibilité et mené vers l'art», affirme-t-elle. «Depuis que j'étais enfant, j'allais spontanément vers eux. Il m'arrivait même d'aider les femmes dans les travaux des champs. Il fallait que je témoigne d'une manière ou d'une autre de la rudesse de leur quotidien», confie Leila Nseir. Qui, depuis l'obtention de son diplôme aux Beaux-Arts du Caire en 1964, n'a eu de cesse, dit-elle «de peindre la vérité et la réalité».

Nus au quotidien
Vérité des êtres qu'elle représente à travers des personnages à la nudité dénuée de toute connotation sexuelle. Et qu'elle place paradoxalement dans des situations ordinaires : famille attablée devant une unique assiette vide ou individus assis dans une salle d'attente... Regards bouffis sous des paupières tombantes exprimant l'appréhension, le désenchantement, la tristesse. Et attitudes de repli, de crainte, de lassitude. C'est une population désabusée ou, devrait-on dire, abusée que décrit cette artiste dans ses pastels à l'huile sur papier ou sur bois à l'expressionnisme imprégné d'une touche postcubique et qui forment la partie la plus intéressante de son œuvre.

Condamnés
Parallèlement à ces tableaux des années 80, ce sont surtout les dessins au crayon mine qui interpellent le regard. Des portraits encore et toujours. De gens croisés au fil de ses déambulations dans les bazars syriens: un cireur de chaussures assis à terre; un passant au regard furtif; un enfant perdu qui semble tourner sur lui-même. Mais aussi des croquis pris sur le vif de ce cuisinier ou encore de ces miliciens croisés à Saïda et Nabatiyé lors d'une tournée de l'artiste au Liban au début des années 80.
Un séjour à l'occasion d'une exposition organisée à Beyrouth par Georges Zeeni qui inspirera aussi à Nseir une allégorie de la capitale libanaise divisée, qu'elle représentera en femme au regard triste, les mains tendues désespérément vers le soleil.
Mais c'est sans conteste ce dessin d'un épurement, d'une finesse et d'une expression magnifiques représentant un groupe d'hommes... sans têtes, pieds nus et mains liées derrière le dos – intitulé Condamnés et inspiré des fameux événements de Hama en 1982, en Syrie – qui colle le plus profondément à cet objectif de témoignage et de vérité qui sous-tend l'ensemble du travail de cette artiste.
Une artiste qui dit détester les masques. Et qui, pourtant, avance masquée pour dénoncer dans ses dernières toiles, à l'acrylique sur grands formats, portraiturant des personnages d'allure mythologique (hommes, femmes et enfants à tête de bouc, de mouton ou de coq), l'implication des grandes puissances dans les malheurs des peuples du Moyen-Orient. «Ce sont elles qui sèment la violence et la haine dans cette région du monde sans aucune considération pour sa population qu'elles considèrent comme du bétail, au mieux comme des animaux de basse-cour», dit celle qui aimerait que l'on décèle, derrière le souffle artistique de cette exposition, l'étendue des souffrances du peuple syrien !

*Mina el-Hosn, rue Salloum, imm. Capital Garden, rez-de-chaussée. Horaires d'ouverture : de lundi à samedi, de 10h à 20h. Tél. : 70/949029.

«J'ai 75 ans et c'est sans doute une de mes dernières expositions», assène d'emblée Leila Nseir. À une demi-heure du vernissage, l'artiste passe en revue les derniers détails de l'accrochage que lui consacre le galeriste Mark Hachem dans son espace éponyme de Beyrouth, jusqu'au 1er avril*.Regard plein d'acuité derrière les verres de ses lunettes, mais les mains devenues noueuses par des années de dessin acharné, la petite femme au chignon et tailleur stricts est venue spécialement de Lattaquié pour cette rétrospective partielle qui vient couronner son demi-siècle de peinture quasi exclusivement dédiée à la représentation de la figure humaine.Les pauvres, les laborieux, les opprimés: c'est à cette frange la plus misérable de la population que cette artiste syrienne s'est toujours intéressée. «Ce sont eux qui...
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