Le discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a suscité, comme on pouvait s'y attendre, des réactions tout aussi virulentes que les propos qu'il a tenus.
Sans attendre, le ministre de la Justice, Achraf Rifi, a répondu du tac au tac : « Après avoir précédemment invité les Libanais à épargner la scène locale et à confiner les combats en Syrie, le voilà qu'il nous invite de nouveau à partager avec lui un repas empoisonné et à aider l'Iran à répandre son influence en Syrie, en Irak et ailleurs. Face à cet appel, nous ne pouvons que dire au Hezbollah et à son secrétaire général ce qui suit : si vous vous êtes enlisés dans le suivisme à l'Iran pour servir ses intérêts aux dépens de l'intérêt du Liban, optez donc pour un profil bas. »
Et d'ajouter : « Après ce qui est ressorti des propos de Nasrallah pour ce qui est de la mise à nu de son suivisme à l'Iran (...), nous réitérons notre disposition à faire face au projet iranien au Liban qui a failli conduire à l'effondrement de l'État libanais. »
M. Rifi a tenu à rappeler une fois de plus que seul l'État est responsable de la protection du Liban, de son peuple, de sa souveraineté et de ses frontières.
« Nous n'accepterons en aucune circonstance, ni aujourd'hui ni à l'avenir, que la décision de l'État soit hypothéquée par quelque partie que ce soit et que le territoire libanais soit transformé en un théâtre pour exécuter des agendas extérieurs qui n'ont rien à voir avec l'intérêt du Liban et de ses fils. » « Personne n'a délégué le chef du Hezbollah pour qu'il se substitue à l'État et à ses institutions, et qu'il décide de sa politique de défense et de sa politique extérieure en propulsant le Liban dans le brasier régional, contrairement au souhait de la majorité des Libanais », a poursuivi M. Rifi, qui a dénoncé par la même occasion la violation des frontières par le parti chiite pour aller combattre aux côtés du régime syrien dans une guerre que « l'Iran a transformée en un conflit communautaire dangereux », a-t-il dit.
« L'histoire nous a appris qu'aucune force conquérante partie combattre hors de ses frontières ne s'en est sortie victorieuse. Ce que vous avez fait en Syrie, sans compter les dégâts infligés au Liban, est un péché historique et une erreur stratégique », a-t-il assuré.
S'adressant également au dignitaire chiite, le député haririen Bassem Chab a été tout aussi direct : « Nous n'irons pas hors du Liban pour vous protéger. Ce que nous proposons, c'est le concept du Liban d'abord et le concept de la distanciation. » Le député a souligné que le discours de Hassan Nasrallah a dévoilé une nouvelle position qui s'est reflétée dans son appel à aller combattre ensemble le terrorisme en Syrie, « alors qu'il disait auparavant que nous poignardions le parti dans le dos ».
À l'issue de Saydet el-Jabal, qui a regroupé notamment le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid et Samir Frangié, les participants ont publié un communiqué dans lequel ils ont condamné la violence sous toutes ses formes affirmant soutenir toute personne ayant été victime d'une tyrannie dans le monde, « que ce soit aux mains de l'État islamique ou du régime syrien soutenu par les gardes de la révolution iraniens ».
D'autres voix sont venues rejoindre celle du secrétaire général du Hezbollah, critiquant les positions exprimées au Biel par le chef du courant du Futur, Rafic Hariri. C'est notamment le cas de l'ancien président de la république Émile Lahoud qui, dans un communiqué, a estimé que le dernier discours de l'ancien chef du gouvernement à l'occasion de la commémoration des dix ans de l'assassinat de son père « était virulent dans son approche à l'égard de certaines questions sensibles ». Abondant dans le sens du secrétaire général du Hezbollah, il a estimé que « le Liban ne peut ignorer les répercussions des événements dans la région sur lui. De même qu'il ne peut se distancier du terrorisme nihiliste et takfiriste ».
Liban
Réactions virulentes au sein du 14 Mars aux propos de Nasrallah
OLJ / le 18 février 2015 à 00h00


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