Dans un petit espace aux rideaux tirés, transformé en une salle funéraire insolite, l'artiste célèbre la mort. Sans artifice ni pathos grandiloquent.
Pour meubler le silence et le chuchotis des visiteurs, comme pris de court par cette atmosphère de recueillement et de dépouillement, une bande-son. Et s'égrène une litanie de noms, comme une armée qui défile... Les disparus sont nommés en un ton neutre. Le mixage de cette nomenclature sans états d'âme, presque froide, se marie aux tentures sombres d'un espace fermé en chambre noire.
Dominant le spectateur qui entre en ces lieux voués à la mémoire, paradoxalement, il est intimé un ordre d'oubli sur les glaces qui séparent les sept photos sur mazonite. Photos où dorment pour l'ultime voyage des jeunes hommes au torse nu, d'une beauté sereine. Des jeunes hommes avec bout de coton dans les narines, paupières closes, cheveux longs et dénoués ou coupés court. La vie est ici indolore, absence, effacement. Mais aussi secrète sensualité et hommage au corps. Aux visages et à leurs détails.
En toute pudeur les mains se posent au haut du nombril, les profils se dessinent, les cils sont privés de mouvements, les nez n'ont aucun frémissement.
Tous ces gens qui sont partis, êtres chers, aimés, sont-ils encore dans nos mémoires ? Comment fait-on pour les appeler, pour les rappeler à un quotidien où le cortège de la violence règne en souverain tyrannique ?
Myriam Dalal, par une simple installation, a ici un pouvoir de poète. C'est-à-dire d'évocation et d'invocation. Si Nietzche et Proust sont cités, la force des images et l'atmosphère concoctée ont à elles seules une éloquence particulière.
La violence est si présente, la mort si impossible mais si banale qu'il y a là un cérémonial funèbre qui prend à la gorge. Mais avec la beauté en plus. Les morts sont-ils plus beaux que les vivants ? Ce lieu curieusement aseptisé, enserrant ces images entre sommeil et corps inertes pour l'éternité est plus un moment de méditation qu'un appel à la mémoire vive.
E.D.
*Ayyam Projects (rue Zeitouné) jusqu'au 20 mars.

