Une musique aux sonorités exceptionnellement chargées de fougue, de puissance, de vélocité... Photo Nasser Trabulsi
Sans doute, le public libanais est comblé. Un menu exclusivement romantique avec les partitions des deux titans du clavier. Fièvre, poésie, passion et brio dominent ces instants où l'inspiration de Chopin et de Liszt est au faîte de son ébullition. Concert aux sonorités exceptionnellement chargées de fougue, de puissance, de vélocité, de chromatismes perlés et rageurs, de glissandos furtifs comme une écume
insaisissable...
À soixante-huit ans, auréolé de prix, auteur d'un livre sur l'icône hongroise des touches d'ivoire, outre de nombreuses interprétations servant des compositeurs de tous bords (Ravel, Fauré, Franck, Schumann, Mozart et Beethoven), mais surtout féru des œuvres du pèlerin polonais et de l'amant de la comtesse Marie d'Agoult, Michele Campanella est sans conteste un maître du répertoire romantique.
Placé sous l'ombrelle de l'Université antonine avec le concours de l'Institut culturel italien à Beyrouth, le concert proposé, s'éloignant un peu du spleen de Chopin et mettant le doigt sur la vigueur de la phrase de Liszt, entre ballades et valses, débute par une narration aux accords somptueux et aux notes qui ont la fluidité des gouttes d'eau.
Randonnée sonore, rêveuse, tendre et d'une poésie impalpable, qui porte le titre de la Ballade n°3 en la bémol
majeur, op 47. Peu de mélancolie pour cet opus plutôt marqué par une certaine fraîcheur. Lui succèdent trois grandes valses brillantes (op 34 en la bémol majeur, en la mineur et en fa majeur).Valses aux mouvements virevoltant mais où nul ne danse... Sans fièvre ni tourmente, ces mélodies tournent comme des toupies lancées en toute célérité avec des coins de fantaisie, de scintillement, de tonalités diaphanes. Pour boucler la ronde, retour à une ballade (n°1 en sol mineur op 23) où rythmes et cadences ont la part belle. Comme délivré de ses démons et de ses tourmentes, le pianiste poète est toute dévotion à ces phrases qui s'accélèrent à une vitesse vertigineuse.
Petit entracte et place au plus virtuose des pianistes. La dernière des quatre valses de Mephisto, restée inachevée et qui est loin d'être la plus prisée... Pour prendre le relais, la Valse-impromptu, toujours de Liszt où, telles des vagues mugissantes, les accords s'agglutinent et foncent comme une tornade irrépressible. Plus sombre et habitée par un esprit de défi et d'amour fou est cette Ballade n°2 qui accuse la part sombre d'un Liszt hanté par une écriture pianistique aux contorsions d'une extrême difficulté. La Valse oubliée n°4 avec son bouquet de nostalgie mais où la musique n'est jamais épanchement, vague à l'âme, susurrement de confidence, mais éruption et courroux romantiques.
Pour terminer en apothéose, la Valse tempête tirée de l'opéra Faust de Charles Gounod. Par un Liszt emporté par la houle des notes et du rythme et qui sait transcender toute transcription avec des appoggiatures époustouflantes. Matraquage total et royal sur les touches pour un martèlement à couper le souffle. Et Michele Campanella, avec sa touche généreuse, n'y est pas allé de main morte...
Tonnerre d'applaudissements qui a fait même trembler les gerbes de tulipes et de roses blanches posées en décor aux pieds des colonnettes de la nef centrale. Trombe d'applaudissements certes, mais pas d'attente pour un bis...


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