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Culture - Cimaises

Kaïss Salman : expressionnisme simpliste contre une société pseudocivilisée

Dix toiles acryliques du peintre syrien Kaïss Salman à la galerie Ayyam*. Procès contre une société (surtout arabe) singeant des valeurs non assimilées. Une laideur et une distorsion incarnées par des personnages grotesques et outranciers. Mais où l'art de peindre, sans charge émotionnelle, ne lui est d'aucun secours...

Procès au mimétisme d’une société.

Pour sa deuxième exposition à Beyrouth, Kaïss Salman, né à Tartous en 1967 mais installé dans la capitale libanaise et travaillant dans les grands formats (les œuvres varient entre 1,50 m x 1,20 m et 1,50 m x 2,20 m), s'en prend, à travers un pinceau qui balaye nuance et perspective, aux travers d'une société, surtout orientale, rongée par la vanité du mimétisme, du lucre et du pouvoir. Et la férocité de la violence.
Sous les feux des spots, une brochette de personnages aux dents de piranhas qui rayent le plancher. Gnomes boursouflés, bouffis, goulus, insatiables, barbus comme les pontes de Daech, attifés d'oripeaux aux couleurs criardes (malgré les logos du crocodile de Lacoste !), ces lurons, sinistrement joyeux comme une caricature à la Daumier, sont une galerie de spécimens, à la stature clownesque, pour commenter la société, en satire et parodie qui se voudraient corrosives.
Placées picturalement dans le sillage d'un expressionnisme carnassier et aux confins d'une certaine démence, entre Schiele, Kokoschka et Bacon (sans le parfum vénéneux d'une peinture aux traits si justes dans ses horreurs et ses misères humaines), ces toiles, avec la stridence des couleurs et les grimaces des personnages portraiturés (en solo, duo, trio ou groupe), sont certainement le reflet d'un ras-le-bol. Celui d'un vécu insoutenable. Et miné par les singeries d'une société qui manque réellement de référence, d'authenticité et de valeurs.
Petite ronde dans ce cocktail de mondanité aux effluves carnavalesques... D'abord ce représentant de l'Arabe, en odalisque affalée sur un sofa, avec « abaya » sur nœud de papillon et masque entre les mains. Visage cramoisi et crispé comme un poivron rouge ! Et puis cette bande de parasites bourgeois engoncés dans leurs tics et fringues inutiles. Et que dire de ce « radicaliste » en « dashdasha » qui défraye aujourd'hui les chroniques, barbe noire jusqu'à la poitrine et, en bonne bipolarité, brandissant la Coupe du monde, sourire en dents de requins....
Pour ce « Joker » en costard, archétype du citoyen Monsieur-Tout-le-monde, imbu de son ego et croulant sous les idées reçues, sourire de convenance avec des dents en scie bien aiguisées pour tout râper...
Hideux dans leur arrogante forfanterie, aux bords de ce qui révulse et provoque à la fois rire et pitié, ces personnages exhibés en cirque humain, croqués en un trait simpliste et sans relief, sont sans doute un boulet rouge tiré sur une société qui a encore beaucoup à apprendre pour s'humaniser et surtout se « civiliser ». Mais l'art, celui qui émeut et saisit par le collet, est bien loin de ce maigre et confus réquisitoire réduit à un néoexpressionnisme sans consistance.

* Galerie Ayyam (Beirut Tower, rue Zeitouné). L'exposition se prolonge jusqu'au 20 mars.

Pour sa deuxième exposition à Beyrouth, Kaïss Salman, né à Tartous en 1967 mais installé dans la capitale libanaise et travaillant dans les grands formats (les œuvres varient entre 1,50 m x 1,20 m et 1,50 m x 2,20 m), s'en prend, à travers un pinceau qui balaye nuance et perspective, aux travers d'une société, surtout orientale, rongée par la vanité du mimétisme, du lucre et du pouvoir. Et la férocité de la violence.Sous les feux des spots, une brochette de personnages aux dents de piranhas qui rayent le plancher. Gnomes boursouflés, bouffis, goulus, insatiables, barbus comme les pontes de Daech, attifés d'oripeaux aux couleurs criardes (malgré les logos du crocodile de Lacoste !), ces lurons, sinistrement joyeux comme une caricature à la Daumier, sont une galerie de spécimens, à la stature clownesque, pour commenter...
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