En catégorie motos, Marc Coma a fait parler son sens tactique. Avec désormais cinq trophées à son actif, l’Espagnol rejoint au palmarès Cyril Desprès et Cyril Neveu, à une longueur de Stéphane Peterhansel qui est passé en catégorie autos tout comme Cyril Desprès. Franck Fife / AFP
Deuxième victoire auto pour al-Attiyah, cinquième en moto pour Coma : le Qatari et l'Espagnol ont été pris en flagrant délit de récidive sur le rallye Dakar 2015, marqué par les sublimes paysages andins mais aussi par la mort d'un homme, sous la canicule argentine.
Les années se suivent et se ressemblent pour le célèbre rallye-raid : 14e victoire d'affilée pour le constructeur autrichien KTM, avec Marc Coma, samedi à Buenos Aires ; quatrième de suite pour Mini, avec Nasser al-Attiyah ; et troisième de suite pour le camionneur russe Kamaz, avec Airat Mardeev. La seule nouveauté est venue des quads, avec le Polonais Rafal Sonik, après cinq ans de domination sud-américaine.
Quant au duel attendu entre le 4x4 Mini et le buggy Peugeot deux roues motrices, il n'a jamais eu lieu : 11 victoires d'étapes sur 13 pour le constructeur allemand, et deux voitures sur le podium final. Bilan en revanche très mitigé pour la marque au Lion, qui ramène certes deux voitures sur trois à l'arrivée : une 4e place d'étape pour Carlos Sainz, et la 11e place au général pour Stéphane Peterhansel, « Monsieur Dakar » (11 couronnes auto et moto).
Mal des montagnes
Pour al-Attiyah, sa seconde victoire après 2011 s'est peut-être jouée dès le km 9 de la première étape. Victime d'un problème mécanique, l'Espagnol Nani Roma, tenant du titre avec Mini, perd plus de 6 heures. Il est hors jeu. Collision du buggy de Stéphane Peterhansel avec un arbre dans le fesh-fesh (2e étape) ; accident de Carlos Sainz, qui envoie un motard à l'hôpital, dans cette même 2e étape ; puis abandon du « matador » trois jours plus tard, après avoir percuté un rocher : les stars accumulent les retards ou quittent la piste, alors que le Qatari multiplie les victoires d'étape (5 au total). Que ce soit en Argentine, au Chili ou en Bolivie, le long des 9 200 km d'une boucle de Buenos Aires à Buenos Aires.
Mal de l'altitude dans l'altiplano bolivien, roue arrachée (8e étape), rien ne ralentit al-Attiyah. Le métronome sud-africain, Giniel de Villiers (Toyota), tente bien de résister, avec six places sur les podiums d'étape. Rien n'y fait : il échoue à la 2e place, pour la 5e fois, restant scotché à un trophée (2009), celui du premier Dakar sud-américain. La 13e et dernière étape, longue de 393 km entre Rosario et Buenos Aires, a été remportée par l'Américain Robbie Gordon sur son Hummer, devant le Sud-Africain Leeroy Poulter (Toyota) et l'Argentin Emiliano Spataro (Duster Renault).
Côté moto, l'histoire a également bégayé. Honda voulait faire chuter le roi KTM. Mais son leader, le Catalan Joan « Bang Bang » Barreda, a lâché prise, malgré quatre victoires d'étapes, moteur cassé sur le retour de Bolivie. Et c'est encore Coma, maintenant débarrassé de Cyril Desprès (5 victoires avec KTM lui aussi), parti chez Peugeot, qui a fait parler son sens tactique. Avec cinq trophées moto, l'Espagnol rejoint donc au palmarès Desprès et Cyril Neveu, à une longueur de Peterhansel.
Pour Honda, la star du rallye restera la Catalane Laia Sanz (29 ans) : avec une 9e place au général final, « la Ellen MacArthur du Dakar » – pour reprendre la formule d'Étienne Lavigne, le directeur de la course – est devenue la femme la mieux classée de l'histoire de l'épreuve. Et c'est elle qui a été la plus rapide sur la ligne droite de 135 km du salar d'Uyuni, flashée à 175 km/h.
Des paysages et des histoires...
Mais le Dakar, ce sont aussi des paysages : la gigantesque mer de sel blanc d'Uyuni, le « toboggan géant » de la dune d'Iquique, face au Pacifique chilien, ou encore ce Paso de l'Acay, à 4 970 m, plus haut que le Mont Blanc, pour le retour des concurrents en Argentine, dans les Andes.
Et ce sont des histoires humaines... Réussies, pour le vétéran japonais Yoshima Sugawara, qui a bouclé son 32e Dakar, à 73 ans, en camion. Ratées, pour le 4x4 rose bonbon du seul équipage 100 % féminin ou le buggy 100 % électrique d'Acciona, sortis dès le 2e jour. Ou dramatiques, comme la mort par déshydratation du motard polonais Michal Hernik (3e étape), 24e concurrent à mourir sur le Dakar depuis la création de cette épreuve, en 1979.
Des histoires émouvantes aussi. Comme cette longue minute d'applaudissements, le 8 janvier au soir, au cœur du bivouac, « pour Charlie ».
Olivier LUCAZEAU/AFP
À l'arrivée... 53 % des concurrents
Le Dakar 2015 a vu 53 % de ses 406 concurrents, soit 216 d'entre eux, atteindre la ligne d'arrivée. L'an dernier, seuls 48 % des candidats au départ du Dakar 2014 avaient vu l'arrivée. Catégorie par catégorie, seuls les camions sont plus de 50 % à l'arrivée, avec 51 poids lourds à Buenos Aires pour 63 au départ (81 %). Chez les autos, le taux de concurrents à l'arrivée est de presque 50 %, avec 68 voitures à l'arrivée pour 69 abandons. Côté motards, ils sont 49 % à avoir atteint la capitale argentine samedi (79 sur 161, soit 82 abandons). L'hécatombe a été par contre plus importante chez les quads, avec seulement 18 concurrents à l'arrivée pour 45 au départ (40 %).
Les podiums
Autos
1. Nasser al-Attiyah/Mathieu Baumel (Qat/Fra/Mini) 40h32'25''
2. Giniel de Villiers/Dirk von Zitzewitz (RSA/All/Toyota) à 35'34''
3. Krzysztof Holowczyc/Xavier Panseri (Pol/Fra/Mini) à 1h32'01''
Motos
1. Marc Coma (Esp/KTM) 46h03'49''
2. Paulo Gonçalves (Por/Honda) à 16'53''
3. Toby Price (Aus/KTM) à 23'14''
Camions
1. Airat Mardeev/Aydar Belyaev/Dmitriy Svistunov (Rus/Kamaz) 42h22'01''
2. Eduard Nikolaev/Evgeny Yakovlev/Ruslan Akhmadeev (Rus/Kamaz) à 13'52''
3. Andrey Karginov/Andrey Mokeev/Igor Leonov (Rus/Kamaz) à 51'00''
Quads
1. Rafal Sonik (Pol/Yamaha) 57h18'39''
2. Jeremia Gonzalez Ferioli (Arg/Yamaha) à 2h54'50''
3. Walter Nosiglia (Bol/Honda) à 3h42'56''.

