Jacques Chancel en 1982. Photo AFP
« Et Dieu dans tout ça ? » Cette question devenue culte, posée au patron du Parti communiste français Georges Marchais en février 1978, restera associée à ce maître de l'interview, qui a interrogé pendant plus de 20 ans les plus grands noms de la culture et de la politique.
Jacques Chancel est mort à l'âge de 86 ans d'un cancer à son domicile parisien.
« Je fais partie des gens qui l'ont écouté tous les soirs à la radio. Il posait toujours la question juste, il savait accoucher ses interlocuteurs », a confié à Anthony Lucas de l'AFP le journaliste politique Ivan Levaï.
« Il a vécu toutes les souffrances du XXe siècle, et il les a vues en Indochine. Plus qu'un journaliste, il était devenu un passeur de mémoire », a indiqué cet homme de radio après l'annonce du décès de Jacques Chancel.
« Jacques Chancel, c'est un monument de l'histoire de la radio publique, a déclaré, des sanglots dans la voix, le PDG de Radio France, Mathieu Gallet, sur l'antenne de France Inter. C'était l'exemplarité de ce qu'est le service public dans son exigence, dans sa diversité, dans cette capacité à rendre accessibles les plus grands intellectuels, les grands artistes. » Pour France Inter, Jacques Chancel a produit et animé ce qui deviendra l'une des émissions les plus célèbres de l'histoire de la radio : Radioscopie, dont il présente plus de 6 000 numéros de 1968 à 1982, puis de 1988 à 1990.
La station lui rendait hommage toute la journée de mardi en rediffusant en intégralité à partir de 16h00 certaines de ses Radioscopies célèbres, celles de Jacques Brel, Marguerite Yourcenar, Dali, Patrick Modiano, Serge Gainsbourg et l'abbé Pierre.
Une télévision « intelligente »
À la télévision, Jacques Chancel avait lancé en 1971 Grand Amphi devenu un an plus tard Le Grand Échiquier. Là encore, dans cette émission sur Antenne 2, il reçoit de 1972 à 1989 des personnalités du monde du spectacle, des peintres, des chercheurs... « Il a été un grand serviteur du service public, à la radio et à la télévision », a salué Bernard Pivot, icône, comme Chancel, d'une télévision « intelligente ». « On représente tous les deux une sorte de nostalgie de la télévision, le Grand Échiquier, Apostrophes... » a-t-il ajouté sur France Info. « Ça a été mon compagnon d'Antenne 2. C'est d'ailleurs lui qui m'a passé le coup de fil depuis sa maison des Pyrénées pour me demander si je voulais passer de la première à la deuxième chaîne pour faire une émission littéraire », raconte Bernard Pivot.
« On était des amis, on était des intimes (...). La chose étonnante, émouvante, c'est que j'ai lu hier le dernier volume de son journal (Pourquoi partir ? paru cette année chez Flammarion) », a-t-il ajouté. Dans le monde de la radio et de la télévision, l'hommage a été unanime. L'animateur Philippe Bouvard a salué « l'inventeur du partage culturel » sur le site du Point : « On n'ose penser à ce que serait sans lui la télévision française d'aujourd'hui... », a indiqué l'ex-patron des Grosses têtes. François Hollande a rendu hommage à un homme qui a « incarné le service public de l'audiovisuel » et dont les émissions « ont marqué des générations de Français ».

