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Culture - Théâtre

Lina Khoury : briser les tabous et le silence de la « chosette »

En un ton plus grinçant et morne que comique, avec la voix de la dramaturge et pédagogue Paula Vogel, constat des lieux et des existences brisées, à cause du sexe, à la salle Gulbenkian.

Les projections en diptyque font écho aux personnages évoluant dans un décor sobre.

Les mises en scène de Lina Khoury ont l'avantage d'être franches et de soumettre au public, dans une société coincée, le poids des silences qui dérangent et culpabilisent. Avec son dernier travail et le soutien des étudiants de la LAU, une fois de plus, Lina Khoury s'attaque bravement et de front à la «chosette». Bien sûr sexuelle. De ce non-dit qui fait honte et hante toute vie. Comme elle l'a déjà fait avec le sulfureux Haki Niswan, courageuse variation libanisée autour des Monologues du vagin d'Eve Ensler, opus traduit en 50 langues et promu à un succès phénoménal car joué dans plus de 130 pays. Un vrai triomphe du féminisme.

 

Avec la pièce How I Learned to Drive* (Comment j'ai appris à conduire) de Paula Vogel, lauréate de plusieurs récompenses (dont le Prix Pulitzer en 1998), la dramaturge évoque sur scène, en images et mots relativement pudiques mais sans détours, les agressions qui déstabilisent. Perversion des grands dans un monde où les enfants sont encore à l'état d'innocence. Elle parle de l'abus sexuel, de la violence des désirs, de l'alcoolisme, de l'inceste, des dysfonctionnement familiaux. Un tas d'horreurs assez sombres, où l'humour le plus noir a du mal à trouver sa place. Et puis les œuvres dramaturgiques vieillissent parfois vite, même avec presque vingt ans d'écart. Le laxisme actuel, malgré une certaine libération et libéralisation, a suffisamment fait de dégâts!
Sous prétexte d'une leçon de conduite de voiture, un oncle se permet des attouchements sur sa nièce de onze ans. Et l'histoire dévoile les heurts et les coulisses des rapports hommes-femmes, mais aussi un quotidien semé de laideurs colmatées, tues. De cette mauvaise éducation sexuelle et sentimentale nul n'a son compte. Pas plus l'oncle raté et pervers que la jeune fille harcelée ou la tante, épouse trompée et bafouée.
Dans un décor sobre, avec un fond de deux écrans géants (pour booster et dynamiser la mise en scène), des carrés blancs pour l'intérieur d'une maison ou d'un pub, avec, en premier plan, la banquette rouge d'une voiture. Après cet étouffant déballage de vies détruites, car fêlées de l'intérieur, la jeune fille éclose est au volant de sa Cadillac pour reprendre avidement la route. Vivement la liberté, en toute pureté retrouvée!


Les acteurs (une brochette de jeunes – Tamara Popovic, Aline Salloum, Sarah al-Bitar, Mohammad Yassine – et le mature Sami Hamdan) font de leur mieux pour incarner des personnages aux nuances contrastées. Le débit en anglais (car la tragi-comédie est donnée dans sa version américaine) reste précipité, avec des voix haut perchées et sans musicalité. Sauf pour Sami Hamdan, au physique de l'emploi, qui a un ton calme et prend son temps pour donner les répliques.
Si quelques rires, nerveux et tendus, fusent, c'est que l'atmosphère reste lourde et étouffante. Même si jamais l'auteure ne juge ou moralise. Les situations sont si «self-explanatory» (auto-explicatives), comme on dit en termes de lettres administratives anglo-saxonnes, que le spectateur en reste un peu choqué et pantois par tant de déchéance et d'immoralité. Mais une fois les sièges désertés, le travail de réflexion (et de prise de conscience) fait son chemin. Et l'enjeu de cette œuvre dramaturgique, plus drame que comédie, c'est sans doute cela. Parfaitement dans le sillage éducatif de la faculté et de l'université.

 

* « How I Learned to Drive » de Paula Vogel, mise en scène de Lina Khoury, au théâtre Gulbenkian (LAU), se donne les 10, 11,12 et 13 décembre à 20h30.

Les mises en scène de Lina Khoury ont l'avantage d'être franches et de soumettre au public, dans une société coincée, le poids des silences qui dérangent et culpabilisent. Avec son dernier travail et le soutien des étudiants de la LAU, une fois de plus, Lina Khoury s'attaque bravement et de front à la «chosette». Bien sûr sexuelle. De ce non-dit qui fait honte et hante toute vie. Comme elle l'a déjà fait avec le sulfureux Haki Niswan, courageuse variation libanisée autour des Monologues du vagin d'Eve Ensler, opus traduit en 50 langues et promu à un succès phénoménal car joué dans plus de 130 pays. Un vrai triomphe du féminisme.
 
Avec la pièce How I Learned to Drive* (Comment j'ai appris à conduire) de Paula Vogel, lauréate de plusieurs récompenses (dont le Prix Pulitzer en 1998), la dramaturge évoque sur...
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