Les affaires rattrapent le foot français... Deux dossiers distincts ont ainsi défrayé la chronique hier : la garde à vue du président de l’Olympique de Marseille, Vincent Labrune (à gauche), sur fond de « fraudes liées à plusieurs transferts » et une vague d’interpellations pour des soupçons de matches truqués en 2e division la saison passée. Outre Vincent Labrune, deux anciens dirigeants de l’OM ont également été interpellés et placés en garde à vue : Jean-Claude Dassier (à droite) et Pape Diouf (au centre). Les enquêteurs estiment avoir « suffisamment d’éléments » pour passer au « crible la gestion présente et passée de l’OM » et des « transferts présumés litigieux », selon des sources proches de l’enquête. Dans la seconde affaire, une série de perquisitions ont été menées hier matin à Nîmes (2e division), Angers (2e division), Caen (aujourd’hui en 1re division) et Dijon (2e division). Avec à la clé une dizaine d’interpellations, dont celles de l’actuel président du Nîmes Olympique, Jean-Marc Conrad, du président de Caen, Jean-François Fortin, et de l’entraîneur de Dijon, Olivier Dall’Oglio, qui sont eux aussi en garde à vue. Au cœur de l’enquête : des matches de Nîmes, qui « aurait exercé des pressions et proposé des arrangements » afin « d’éviter la rétrogradation » la saison dernière. La figure centrale du dossier est l’actionnaire principal du Nîmes Olympique, Serge Kasparian, écroué dans une affaire de cercle de jeux clandestins à Paris. Photo AFP
« Je suis un ancien joueur et je sais que la manipulation de matchs est le pire fléau, car on touche à l'âme de jeu » : voilà comment Michel Platini, président de l'UEFA, résume le grand combat du foot au XXIe siècle.
Hier matin, dans le cadre d'une enquête en France visant des soupçons de matchs de 2e division truqués, une dizaine de personnes avaient été placées en garde à vue, parmi lesquelles plusieurs présidents de clubs, et des perquisitions étaient en cours. Bien plus que le dopage, les matchs truqués constituent la grande menace qui pèse sur la planète foot aux yeux de ses instances dirigeantes, Fifa et UEFA, qui martèlent depuis le début des années 2000 qu'aucun échelon n'est à l'abri des tentatives de corruption.
À l'échelle mondiale, les paris sportifs sont au centre des inquiétudes, puisque les organisations criminelles blanchissent chaque année plus de 140 milliards de dollars par ce biais, un chiffre ahurissant – dévoilé par les instances internationales du foot – qui traduit les menaces qui pèsent sur l'intégrité des compétitions sportives. « L'évolution rapide du marché global des paris sportifs a vu l'augmentation du risque d'infiltration de ces paris par les organisations criminelles et des techniques de blanchiment d'argent », estimait récemment Chris Eaton, ancien responsable d'Interpol, ex-chef de la sécurité à la Fifa, aujourd'hui directeur pour l'intégrité du sport au sein du Centre international pour la sécurité dans le sport (ICSS), un think-tank international indépendant basé à Doha, capitale du Qatar.
Pour arriver à influer sur le cours d'un match, tous les moyens sont bons. Éric Ding Si Yang, propriétaire de discothèques, a été condamné en juillet à Singapour à trois ans de prison ferme pour avoir corrompu trois arbitres libanais, en leur proposant d'arranger le résultat de matches en échange des services de prostituées.
Un « cauchemar »
La Fifa et l'UEFA, qui multiplient les passerelles avec Interpol, tirent régulièrement la sonnette d'alarme sur ce mal qui risque de pourrir irrémédiablement leur sport et insistent sur le fait qu'elles ne pourront y arriver seules, sans l'implication des États.
Depuis son arrivée à la présidence de l'UEFA en 2007, Michel Platini ne cesse de mettre en garde contre le « cauchemar » des matchs truqués. L'ancien triple Ballon d'or a encore pris la parole récemment, le 21 octobre, pour demander le soutien de l'UE : « Un cadre juridique taillé à la mesure (de ce péril) devra donc voir le jour demain. Un échec dans ce domaine ne serait pas celui de l'UEFA ni celui du mouvement sportif, ce serait celui de l'Europe. » Pour sensibiliser davantage sur ce sujet, des stars du ballon rond, comme l'Anglais Frank Lampard et l'Ivoirien Kolo Touré, prêtent leur image actuellement à une campagne de prévention contre les matches truqués lancée par la Fifa, Interpol et la FIFPro, le syndicat international des joueurs.
Au-delà du volet criminalité internationale, les matches arrangés peuvent aussi s'inscrire dans un cadre plus classique, au service des intérêts d'un ou de plusieurs clubs dans un championnat particulier.
Un « Calciopoli 2 » tuera la série A
L'Italie avait ainsi été frappée de plein fouet par un scandale de matches manipulés, dit « Calciopoli », qui avait notamment conduit à la relégation de la Juventus en série B et à la perte de ses titres nationaux de 2005 et 2006.
Mais le foot italien n'en a pas terminé avec ses démons, à en croire Erick Thohir, nouvelle figure du Calcio arrivé à la présidence de l'Inter Milan. « Je dis clairement que si nous avons un autre Calciopoli, la série A sera morte », a ainsi prévenu le propriétaire des Nerazzurri, derniers champions d'Europe italiens en date en 2010.
Tout n'est pas perdu pour autant. En mars dernier, Michel Platini avait donné un visage à la lutte contre la manipulation des matches, celui d'Alina Stetenco, âgée de 25 ans, coach de l'équipe féminine des moins de 17 ans de Moldavie, qui « a dit non aux matches truqués et qui, en parlant, a fait tomber un réseau ».
Philippe GRELARD/AFP

