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Sport - Football - Interview

Lilian Thuram : « Mon doublé contre la Croatie ? Un cadeau du ciel ! »

« On ne naît pas raciste. On le devient. » Lilian Thuram, ancien footballeur professionnel qui a presque tout gagné (Coupe du monde 1998, Euro 2000), répond aux questions de « L'Orient-Le Jour » sur son nouveau combat : en finir avec les ségrégations.

Lilian Thuram répondant aux questions lors de la table ronde organisée au Salon du livre francophone au Biel.

C'est votre premier voyage au Liban ? Est-ce un choix personnel ?
C'est la première fois, effectivement, que je visite le Liban. Je suis venu car j'ai reçu une invitation du Salon du livre francophone et de l'Université antonine. Déjà, lorsque j'étais joueur, j'étais régulièrement invité dans les écoles pour discuter du racisme. Ce sont à chaque fois les invitations qui me permettent de m'exprimer à ce propos.

 

La plupart des footballeurs restent dans le milieu après la fin de leur carrière. Comment expliquez-vous votre parcours atypique? N'est-ce pas un choix osé ?
Ma conversion n'a pas vraiment été un choix. C'était dans la logique des choses pour moi, dans la continuité de ce que j'avais envie de faire lorsque je jouais encore au foot. J'ai eu l'occasion de créer ma fondation et, à partir de là, j'ai pu consacrer du temps à un sujet qui me tenait vraiment à cœur.

 

Dans votre livre Pour l'égalité, vous expliquez comment les préjugés se construisent et se diffusent culturellement. Justement, à ce propos, comment avez-vous réussi à dépasser la perception négative des milieux intellectuels concernant les footballeurs ?
Vous savez, le footballeur ne doit pas être cantonné à une seule image. Il y a des milliers de footballeurs avec des milliers de profils différents. Cela relève, à mon sens, de la complexité identitaire. Je ne sais pas si j'ai réussi à changer cette perception, il faudrait poser la question aux intéressés. Mais je crois qu'il ne faut pas enfermer les gens dans des cases. Tout autre est différent de vous, c'est essentiel de le comprendre.

 

Dans votre livre, vous faites appel à des spécialistes afin de présenter une vision pluridisciplinaire de la construction des inégalités. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez entrepris une telle démarche ?
On ne naît pas raciste, on le devient. C'est pour comprendre ce mode de conditionnement, cette histoire des inégalités, que j'ai entrepris l'écriture de ce livre. Avoir le plus de points de vue différents, surtout de la part d'experts scientifiques, permet de prendre du recul sur l'histoire que la société nous raconte, que nos familles nous racontent.

 

C'est dans la même logique que vous vous déplacez dans les écoles ?
J'ai tendance à dire que les enfants sont un livre dont les pages ne sont pas encore remplies. Ils sont moins rigides et acceptent plus facilement d'intégrer un nouveau point de vue. Les préjugés qui accompagnent et renforcent le racisme doivent être réfutés dès le plus jeune âge. Il faut leur faire comprendre qu'on appartient tous à la même race : la race humaine, et que la couleur de peau, ou d'autres facteurs, n'influent pas sur notre intelligence ou sur nos capacités.

 

Passons au sport. Malgré les nombreuses campagnes antiracisme, les cris de singe et autres insultes à l'encontre des joueurs noirs restent fréquents dans les stades. Comment peut-on lutter contre ce phénomène ?
Les stades ne sont que le reflet de la société. S'il y a du racisme dans les stades, c'est parce qu'il y a du racisme dans les sociétés. Il faut surtout que les cris de singe aient le moins de résonance possible. C'est là où réside le problème. Concernant le footballeur qui est victime de ces injures, il doit être informé de l'histoire du racisme afin de comprendre l'idiotie des propos qu'on lui oppose. Le racisme contre les joueurs de football, ou contre d'autres sportifs, n'est pas le plus humiliant. La priorité c'est de combattre le racisme contre les classes sociales défavorisées. Lorsqu'on vous refuse un travail à cause de votre couleur de peau, là c'est une véritable humiliation.

 

Willy Sagnol, votre ancien partenaire en équipe de France, a provoqué une polémique il y a quelques jours en stigmatisant les joueurs africains. Même au niveau professionnel, les préjugés restent très présents ; comment l'expliquez-vous ?
Les propos de Sagnol sont insultants. Cela dit, il ne faut pas se focaliser sur le cas Sagnol. Il faut faire le procès des préjugés. Eto'o n'était pas un joueur technique ? Voilà ce que j'ai dis à Sagnol lorsque je l'ai eu au téléphone. Je le connais bien, et je crois qu'il ne s'est pas rendu compte de la portée de ses propos (Willy Sagnol a admis hier être désolé d'avoir choqué ou blessé par ses déclarations).

 

Parlons du Liban maintenant. Le racisme est extrêmement prégnant dans notre société et prend de multiples formes. Concernant les personnes de couleur, elles sont directement assimilées à un travail de servitude. Est-ce que vous avez des remarques à faire concernant vos premières impressions par rapport à ce sujet ?
J'ai l'impression que les gens donnent beaucoup de poids à l'identité religieuse ici. Les chefs religieux ont tout intérêt à ce que les choses restent en l'état. Ils conditionnent la société libanaise à cette violence symbolique. Sinon, ce n'est pas parce que quelqu'un travaille chez vous qu'il n'est pas respectable. Ce n'est pas un argument pour le mépriser.

 

Une dernière question. On a tendance à immédiatement associer votre nom à votre doublé en demi-finale de Coupe du monde contre la Croatie ?
Honnêtement, si je n'avais pas revu les images à la télévision, je ne m'en souviendrais même pas. C'est un cadeau du ciel, c'est tout ce que je peux dire !

C'est votre premier voyage au Liban ? Est-ce un choix personnel ?C'est la première fois, effectivement, que je visite le Liban. Je suis venu car j'ai reçu une invitation du Salon du livre francophone et de l'Université antonine. Déjà, lorsque j'étais joueur, j'étais régulièrement invité dans les écoles pour discuter du racisme. Ce sont à chaque fois les invitations qui me permettent de m'exprimer à ce propos.
 
La plupart des footballeurs restent dans le milieu après la fin de leur carrière. Comment expliquez-vous votre parcours atypique? N'est-ce pas un choix osé ?Ma conversion n'a pas vraiment été un choix. C'était dans la logique des choses pour moi, dans la continuité de ce que j'avais envie de faire lorsque je jouais encore au foot. J'ai eu l'occasion de créer ma fondation et, à partir de là, j'ai pu...
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