Il n'a pas le goût euphorique d'un titre en Coupe du monde, en Ligue des champions, à l'Euro ou même en championnat. Il est l'antithèse de l'esprit originel du sport collectif où les cris de joie autant que les larmes enfantines naissent, se partagent et se propagent au sein d'un groupe. Il est le nouveau symbole du foot-Hollywood, de sa starification et de ses stratégies marketing où posters, statues, maillots et toutes sortes de produits dérivés à l'effigie du vainqueur seront vendus aux jeunes adolescents aux quatre coins de la planète : le modèle Disneyland dans toute sa splendeur. Il est, encore plus depuis la modification de son règlement, sujet à critique et à contestation.
Comment oublier l'injustice du Ballon d'or 2010 attribué à Messi alors que Wesley Sneijder devait logiquement l'emporter après son formidable triplé Coupe/Ligue des champions/championnat et sa finale de Coupe du monde ? Les Espagnols Iniesta, Xavi et Casillas, qui ont tout gagné en club comme avec la Roja peuvent en dire autant. Le Ballon d'or ne récompense qu'un seul joueur. Tous les autres sont oubliés, marginalisés. C'est cette hypersélectivité qui en fait un trophée subjectif, imparfait, critiquable et (quasiment) inutile. C'est aussi cette hypersélectivité qui en fait un événement international qui, malgré tous ses nombreux écueils, suscitent toujours autant d'attentes et de commentaires de la part des amoureux du ballon rond.
Depuis 2008, il n'y a que deux noms qui se partagent la plus grande récompense individuelle. Deux machines à marquer des buts qui enchaînent d'année en année des performances gargantuesques agrandissant toujours (un peu) plus le fossé qui les sépare du reste de la planète foot. Messi et Ronaldo. Un couple inséparable. C'est leur concurrence qui les motive, les amène à toujours dépasser leurs propres limites et à battre de nouveaux records. Ils sont, sans aucune contestation possible, les deux meilleurs joueurs du monde depuis déjà quelques années. Et puisque depuis la modification du règlement et sa fusion avec le trophée de la Fifa, le Ballon d'or est désormais attribué au meilleur joueur du monde et non plus au meilleur joueur de l'année, c'est quasi automatiquement l'un des deux mastodontes qui est assuré de l'emporter.
Et cette année, le même scénario pourrait encore se répéter. Malgré la victoire de l'Allemagne en Coupe du monde et le niveau stratosphérique de son dernier rempart : Manuel Neuer. Malgré la folie de Thomas Muller, homme à tout faire et probablement futur meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde. Malgré la formidable saison d'Angel Di Maria, vainqueur et décisif pendant la finale de Ligue des champions et malheureux blessé lors de la finale de la Coupe du monde. Malgré tout cela, malgré l'évidence, malgré les finales fantomatiques de Ronaldo et de Messi respectivement en Ligue des champions et en Coupe du monde : c'est encore une fois l'un des deux qui risque de l'emporter. Parce que leurs clubs respectifs font un lobbying intense pour mettre leur poulain sur un piédestal. Parce que la Fifa a besoin d'un héros pour son merchandising. Mais aussi, et surtout, parce qu'au niveau d'individuel, ils n'ont pas d'équivalent : tout simplement.
Pour savoir qui des deux l'emportera, ou pour une éventuelle surprise qui ferait un bien fou au monde du football, rendez-vous le 12 janvier prochain, à Zurich, pour la remise du trophée.
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