Une vue du peloton lors de la sixième étape hier qui s’est courue entre Arras et Reims. Christian Hartmann/Reuters
Jusqu'à lundi, le peloton du Tour de France longe symboliquement la ligne de front de la Première Guerre mondiale pour saluer la mémoire des victimes de 1914-1918, dont plusieurs dizaines de ses participants.
Depuis son arrivée en France mardi dernier au Touquet, près du camp de base britannique de Montreuil-sur-Mer, jusqu'aux étapes qui franchiront en fin de semaine la « ligne bleue des Vosges », en passant par Ypres (Belgique), le Chemin des Dames hier ou Verdun aujourd'hui, les coureurs ont rendez-vous avec l'histoire.
Cent ans plus tôt, le 28 juin 1914, le Tour de France s'élançait dans l'insouciance le jour même de l'attentat de Sarajevo qui allait faire basculer trois semaines plus tard l'Europe et le monde dans le plus grand conflit de son histoire.
Comme l'ensemble de la population, les cyclistes s'y sont investis. Après le Tour, plusieurs d'entre eux gagnent les casernes.
Au total, plus d'une cinquantaine de coureurs ayant participé au moins une fois à la Grande Boucle – Français, Allemands, Britanniques, Belges, Italiens, Autrichiens, Luxembourgeois et Suisses – ont perdu leurs vies sur les champs de bataille entre 1914 et 1918.
Culte de la mémoire
Parmi eux, trois vainqueurs de l'épreuve : le Luxembourgeois François Faber, vainqueur en 1909 et mort en mai 1915 dans la bataille de l'Artois, son rival Octave Lapize, vainqueur en 1910 et tué dans un combat aérien au-dessus de la Lorraine le 14 juillet 1917, ainsi que Lucien Mazan dit Lucien Petit-Breton, vainqueur en 1907 et 1908 et décédé en décembre 1917 dans un accident alors qu'il faisait une liaison entre le front et l'arrière.
Neuf mois plus tôt, comme dans une funeste prémonition, Petit-Breton s'interrogeait : « À la reprise des vélodromes, combien d'entre nous auront disparu qui étaient la gloire de notre sport ? »
Avec une génération fauchée par quatre années de guerre, le Tour reprendra en 1919, sans plusieurs de ses champions avec des étapes déjà lourdes de symboles à Strasbourg et Metz. Depuis, les organisateurs rendent régulièrement hommage à ces pionniers disparus.
Le Centenaire en constitue un nouvel épisode pour le cyclisme, sport populaire qui aime à cultiver sa mémoire et dont l'épreuve-reine est jalonnée de stèles à l'honneur de ses champions. Hier matin, celle à la mémoire de François Faber à Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) a été visitée par le directeur du Tour Christian Prudhomme.
FDJ.fr, la société qui parraine l'équipe française, est l'héritière de la Loterie nationale, créée pour les invalides de guerre dont les « Gueules cassées ». Les maillots de ses coureurs sont ornés du Bleuet de France, emblème de l'association caritative créée quelques années après la Grande Guerre pour venir en aide aux mutilés du conflit. « On est les lointains descendants de ces gens-là qui ont souffert en 1914-1918 », estime Madiot.
« Ce tracé du Tour de France rend hommage aux hommes, aux cyclistes mais aussi aux territoires qui ont souffert des combats de la Grande Guerre », ajoute Joseph Zimet, le directeur général de la mission Centenaire. « Avec le Tour de France, c'est l'image de la France qui est magnifiée. »
(Source : AFP)

