La Monna Lisa de Patrick Rubinstein vue sous tous les angles.
Une première à Beyrouth qui regroupe les œuvres de deux artistes, Mr Brainwash et Patrick Rubinstein. Organisée par François Chabanian, propriétaire du groupe Bel-Air Fine Art dont les sept galeries sont dispersées à travers plusieurs capitales européennes, cette exposition est certes une première, mais aussi un événement très naturel et attendu puisque « le Libanais, comme le dit Chabanian, est un être gourmand et avide d'art et de culture à qui il sied de telles manifestations ».
«Life is Beautiful » est d'abord le titre de ce double accrochage, mais c'est aussi le nom que porte la sculpture enrobée de rose de Mr Brainwash trônant au milieu d'une série d'œuvres. Qu'est-ce qui relie les deux artistes issus de deux univers différents qui présentent leur travail dans ces deux espaces ? Et, par ailleurs, comment un street artist peut-il cloisonner un ensemble d'œuvres dans une galerie ? Ce à quoi s'empresse de répondre Chabanian : « Le lien entre Thierry Guetta, dit Mr Brainwash, et Patrick Rubinstein est le pop art, l'art des figures iconiques populaires par excellence. Lequel est respectivement revisité par le street art du premier et l'art cinétique du second. »
La couleur, c'est la vie
Mr Brainwash est un pop street artist. À l'instar des artistes de rues, il emploie leurs techniques mais, contrairement à eux, il n'est pas en dehors du système mais bel et bien intégré et il ne s'en défend pas. Comme son surnom l'indique, Thierry Guetta joue avec les esprits et taquine l'œil. Ce passionné de vidéo et de street art depuis la fin des années 90 a suivi les plus grands noms de ce métier, notamment Bansky. Il devient à son tour un artiste urbain, pour utiliser par la suite les codes du pop art et parvenir à cette entité artistique qui fait sa renommée. En 2008, il organise une exposition intitulée « Life is Beautiful » à Los Angeles dans les anciens locaux de CBS et est aussitôt catapulté dans le firmament des stars. Ce qui relance immédiatement le débat. Guetta fait polémique. Est-ce une star ou un artiste? Mais laissons de côté les controverses et ceux qui crient à la copie ou au plagiat. Pourquoi Mr Brainwash ne serait-il pas tout simplement, comme l'a appelé Chabanian, « le petit-fils d'Andy Warhol ou encore le fils de Jeff Koones»? Cette nouvelle génération qui ajoute une pierre à la longue histoire de l'art contemporain ? Quelle que soit la réponse, voilà Mr Brainwash qui fait faire à Charlot un pas de deux avec les danseuses de Degas, qui colle les vinyles cassés pour reproduire Jimmy Hendrix et qui nous livre Kate Moss en petits pixels. Mariant à la fois les pochoirs, le dripping, les collages et les diverses techniques de l'art pictural, l'artiste effectue une véritable relecture de l'art.
Dans l'espace adjacent, c'est Patrick Rubinstein qui s'attaque également aux icônes de notre temps. Car, depuis les années 60, le regard est nourri des milliers d'images de ces figures qui hantent notre quotidien. Ici la Monna Lisa côtoie en toute harmonie Brigitte Bardot, Ray Charles, Michaël Jackson ou encore les stars des bandes dessinées, comme les Simpsons, Roger Rabbit et tous les autres. Qu'est-ce qui a amené Rubinstein à suivre les pas du grand Victor Vasarely, père du mouvement op art cherchant à déstabiliser l'œil en s'appuyant sur des illusions d'optique ? Très tôt, l'artiste né à Paris découvre l'art cinétique. Depuis, il n'aura de cesse de questionner l'art et le mouvement. À travers les icônes qu'il revisite à sa façon, sa 3D prend naissance. En coupant une photo, l'intercalant avec une autre puis collant l'image recomposée, il fait un pliage en accordéon pour obtenir une œuvre en relief. Un résultat bluffant et époustouflant est obtenu : de face, l'image est double, les deux photos se superposent mais, vue de perspective, l'image est toute autre car, selon l'angle, il n'apparaît qu'une seule des deux images. Couper, copier, coller, tel est l'amalgame obtenu non sur ordinateur, mais sur la toile de Rubinstein, qui invite le regard non seulement à observer l'œuvre, mais également à participer à sa confection. Un univers d'illusions est créé à l'instant même, sous nos yeux. Ce qui amène François Chabanian à conclure après cette balade en images : « Il n'y a pas d'art sans l'observateur d'art. »
*Galerie 169 et ex-Maqam (Saifi Village) Ouverte tous les jours de 14 heures à 21 heures.

