Görlitz, la plus à l’est des villes allemandes, dont la partie orientale est devenue polonaise après la chute du IIIe Reich, a connu deux âges d’or : le premier, à la fin du Moyen Âge et le second, au début du XXe siècle. Photos John MacDougall/AFP
Sous la RDA communiste, elle tombait en ruine. Vingt-cinq ans après, la petite ville de Görlitz rêve de Hollywood, après avoir été le lieu de tournage de plusieurs films, comme The Grand Budapest Hotel ou La voleuse de livres.
Frappée comme presque toute l'ex-RDA par l'exode des actifs, la plus à l'est des villes allemandes, dont la partie orientale est devenue polonaise après la chute du IIIe Reich, mise sur ses pimpantes façades, qui vont du gothique à l'Art nouveau en passant par la Renaissance et le baroque, pour décoller économiquement. Elle dispose d'ailleurs d'une employée spécialement chargée de l'accueil des tournages, un fait totalement inhabituel pour une cité de quelque 54 000 habitants.
Épargnée par les bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale, « Görliwood », comme elle s'est elle-même baptisée, « a déjà incarné New York, Berlin, Francfort, Paris, Heidelberg, Munich », raconte Karina Thiemann, guide touristique. Et pendant trois mois début 2013, elle fut ce lieu imaginaire d'Europe centrale pour le Grand Budapest Hotel de l'Américain Wes Anderson. Connue tout d'abord uniquement des réalisateurs allemands, la ville s'est peu à peu fait un nom auprès des étrangers, épaulée par les mythiques studios berlinois de Babelsberg. En 2003, elle accueillit ainsi l'équipe du Tour du monde en 80 jours de l'Américain Frank Coraci. En témoignent encore des enseignes en français, comme « Vins de Bourgogne », qui orne désormais la façade d'un restaurant de la ville. Suivirent The Reader, grâce auquel Kate Winslet remporta l'oscar de la meilleure actrice en 2009, Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, et quelques scènes de Monuments Men de George Clooney.
Deux âges d'or
« Wes Anderson pensait tourner dans un hôtel à Marienbad, en République tchèque, mais il a finalement choisi le grand magasin de Görlitz, métamorphosé pour l'occasion en Grand Budapest Hotel », raconte Kerstin Gosewisch, chargée d'accueillir les productions cinématographiques. Construit en 1913, ce bâtiment, coiffé d'une coupole Jugenstil et agrémenté d'escaliers en forme de passerelles, était, juste avant le tournage, vide après la faillite de son ancien propriétaire. Actuellement en rénovation, il devrait probablement rouvrir fin 2015, à nouveau en tant que magasin.
« Sous la RDA communiste, les bâtiments du centre-ville étaient tout gris, délabrés. Les gens préféraient habiter aux alentours, dans de nouveaux immeubles, bien chauffés et avec des toilettes dans les appartements, et non sur le palier (...). Après la chute du mur de Berlin, des gens de l'Ouest sont arrivés et se sont émerveillés des vestiges de la ville », se souvient Mme Gosewisch, originaire de Görlitz.
La cité a connu deux âges d'or. Le premier, à la fin du Moyen Âge, fut celui des drapiers et marchands d'étoffes. Sise le long de la via Regia, route commerçante reliant l'Europe d'est en ouest, elle était un important lieu d'échanges. Le second eut lieu au début du XXe siècle. Avec l'arrivée du chemin de fer, de nombreux retraités fortunés berlinois vinrent s'installer à Görlitz, vanté pour son air pur. En 1931, elle comptait 94 000 habitants, son plus haut niveau de population jamais atteint.
Un mystérieux bienfaiteur
La construction du rideau de fer en Europe sonna le glas de la ville. Après avoir accueilli une vague de réfugiés allemands de Silésie, Görlitz se trouvait marginalisée, à l'extrémité orientale de la RDA. Elle entretenait peu de contacts avec sa sœur polonaise, Zgorzelec.
Avant la réunification de l'Allemagne, vivaient 78 000 personnes à Görlitz, qui s'est encore dépeuplée depuis. Quelques riches retraités de l'Ouest, touchés par sa beauté architecturale, ont certes investi dans la pierre, mais de nombreux jeunes sont partis faute d'emplois. Le taux de chômage tourne autour de 13 %, alors que la moyenne nationale est d'un peu plus de 6 %. Les touristes, la plupart allemands, qui flânent dans les rues à la belle saison se font rares en hiver. Pour engranger des revenus supplémentaires, Görlitz espère bien attirer de nouveaux films. Dans quelques mois, devrait être tourné un conte de Noël dans le magasin de Grand Budapest Hotel. Et Mme Gosewisch fait état « de discussions pour une production internationale. Cela devrait être décidé cet été pour un tournage l'an prochain ».
En tout état de cause, la ville doit continuer à embellir. Depuis vingt ans, un donateur anonyme verse chaque année quelque 500 000 euros pour sa rénovation. « Personne ne sait qui c'est, chacun imagine sa propre histoire », raconte la guide Thiemann.
(Source : AFP)


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