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Culture - Rencontre

Yves Boisset, le frondeur

Pour fêter son 25e anniversaire, l'Iesav a invité le grand cinéaste français Yves Boisset pour animer un séminaire destiné aux étudiants sur le thème « Cinéma et politique ». Une activité qui s'est déroulée durant une semaine, menée en collaboration avec l'Institut français du Liban.

Le cinéaste français Yves Boisset, invité de l’Iesav. Photo Michel Sayegh

Durant les années 70-80, Yves Boisset réalise des films cultes comme Le Juge Fayard dit le shérif ou encore L'Attentat ou l'affaire Ben Barka. Grand admirateur des cinémas américain et italien des années 1940 à 1970, Boisset, qui a commencé sa carrière auprès de Bertrand Tavernier, est un frondeur. Le verbe virulent, le cinéaste est connu pour son goût de la vérité, sa tendance à inspecter, enquêter, fouiner. Il dit d'ailleurs n'avoir jamais hésité à prendre des risques énormes pour révéler une histoire, la décortiquer et la mettre à nu. Car, à part ses études à l'Idhec (Institut des hautes études cinématographiques), le cinéaste a la veine d'un journaliste. Ses films – une dizaine d'œuvres importantes durant cette décennie – sont de réels pamphlets qui pointent du doigt les maux de la société française. Ainsi L'Attentat (1972), qui se centre sur l'étrange affaire Ben Barka, R.A.S. (1973), qui aborde la guerre d'Algérie en prenant parti contre les dirigeants militaires, Dupont Lajoie (1975), qui traite du racisme, et Le Juge Fayard dit le shérif (1977), qui s'insurge contre la corruption des systèmes politique et judiciaire, sont autant de succès que des reportages quasi authentiques. «Mais même si une de ses constantes réside dans son engouement à dénoncer, Boisset diversifie aussi les genres et réalise des œuvres comme Un taxi mauve qui a été présenté au cours de cette semaine à l'Iesav», signale le directeur de l'institut, Élie Yazbeck, tout en ajoutant «qu'il y a un engouement nouveau pour les films de Boisset qui sont déjà compilés en DVD».
Après une carrière prolifique au cinéma, Yves Boisset accuse une baisse de régime pour se tourner vers la télévision. Les raisons sont multiples et le cinéaste s'explique: «J'avais de gros problèmes avec la censure. Ce n'est pas une censure à proprement dit parce qu'elle n'existe plus en France, mais elle est déguisée. On vous empêche d'avoir de l'argent et, comme l'industrie du film est subventionnée par l'État, des 280 films produits, cent vingt sortent en salle et certains ne sortent jamais ou dans une petite ville de province. Pour ma part, j'ai eu des difficultés à trouver un soutien financier quand il s'agissait de thèmes sulfureux.» «D'ailleurs, signale-t-il, je vous défie de trouver actuellement, et cela depuis quinze ans, une œuvre qui soit insolente ou
critique.»
Le cinéaste trouvera par la suite dans la télévision un espace de liberté où il pourrait parler des problèmes politiques, à sa manière, notamment sur la commune ou le cimetière du Père La Chaise. «Je travaille également sur un projet de film assez sulfureux concernant les rapports entre Kadhafi et le président Sarkozy. J'espère qu'une société américaine pourra le produire, car je doute que la France le fera.» Et, dira-t-il d'un rire jaune: «Cet état de grâce va bientôt prendre fin, même à la TV qui devient très encadrée.» Deviendrait-on donc insensible au cinéma engagé?
L'esprit de frondeur ne s'est ainsi pas éteint chez Yves Boisset et la flamme demeure encore incandescente, pour ce cinéaste toujours curieux des petites et grandes histoires. Emporté par la fougue du débat, il ira même jusqu'à poser une question embarrassante: «Et vous au Liban, comment ça se passe?» N'y a-t-il pas un silence assourdissant à propos de la guerre de 1975? Quoi dire? Quoi répondre à ce pourfendeur des aliénations, à cet homme épris de liberté, à celui qui mettrait sa vie en péril pour les défendre? On aurait bien envie de lui dire qu'un homme de sa trempe, témoin du temps et de la société, aurait été le bienvenu par les temps qui courent. Mais cela est une autre histoire. Pour l'instant, on se suffit de le remercier d'avoir apporté son témoignage à ces étudiants à l'occasion du 25e anniversaire de l'Iesav. Témoignage d'une carrière de passion pour le 7e art. Toujours vivace.

Durant les années 70-80, Yves Boisset réalise des films cultes comme Le Juge Fayard dit le shérif ou encore L'Attentat ou l'affaire Ben Barka. Grand admirateur des cinémas américain et italien des années 1940 à 1970, Boisset, qui a commencé sa carrière auprès de Bertrand Tavernier, est un frondeur. Le verbe virulent, le cinéaste est connu pour son goût de la vérité, sa tendance à inspecter, enquêter, fouiner. Il dit d'ailleurs n'avoir jamais hésité à prendre des risques énormes pour révéler une histoire, la décortiquer et la mettre à nu. Car, à part ses études à l'Idhec (Institut des hautes études cinématographiques), le cinéaste a la veine d'un journaliste. Ses films – une dizaine d'œuvres importantes durant cette décennie – sont de réels pamphlets qui pointent du doigt les maux de la société...
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