Une veste d’aviateur, un costume ou une canne, et Bruno Abraham-Kremer passe avec agilité sur scène du rôle de Romain Gary, le narrateur, à celui de sa mère... Photo Pascal Gely
« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d'Annunzio, ambassadeur de France ! » lui répétait sans cesse sa mère. Et c'est très jeune, à l'aube de sa vie, que Romain Gary – qui s'appelait encore Roman Kacew – se fit la promesse de répondre à ses vœux. De se surpasser afin de devenir tout ce que qu'elle voulait qu'il fût. De devenir en somme, l'homme qui, par sa gloire, réparerait toutes les injustices, les humiliations, les revers subis par cette ex-comédienne russe, abandonnée par le père de son enfant...
Cette « Promesse de l'aube », Romain Gary l'a tenue, au-delà de toutes les espérances. Porté par l'amour absolu de cette véritable mère juive, qui n'avait pour passions que son fils et la France, il deviendra, tout à la fois, héros de guerre, diplomate, écrivain et décrochera, même, le prix Goncourt à deux reprises.
Il lui rendra également un très bel hommage en brossant d'elle l'un des plus bouleversants portraits de mère de la littérature française, dans un roman biographique dont est tirée la pièce.
Bruno Abraham-Kremer, comédien et metteur en scène, a, lui aussi, relevé un défi. En s'attaquant à ce texte lumineux. En l'adaptant fidèlement (de concert avec Corine Juresco) de manière à restituer la voix singulière et les phrases greffées d'humour, de sensibilité et de délicate (auto-)dérision de Romain Gary. Et, surtout, en se livrant, seul
sur scène, en près de deux heures à une performance marathonienne de comédien-narrateur.
Entouré d'un mur d'enceintes acoustiques, desquelles jaillit parfois la voix maternelle à fort accent slave, Bruno Abraham-Kremer alterne, avec souplesse, le double rôle de la mère et du fils (incarnant, même, avec plus d'aisance et de vitalité le personnage haut en couleur de Nina). Auxquels il rajoute aussi quelques mimiques et voix d'autres protagonistes pittoresques traversant le récit... Et c'est soutenu par une scénographie simple, astucieusement érigée autour d'un beau travail d'éclairage et de création sonore, que le comédien, faisant la part belle à la narration, déroule, entre mimiques expressives et sorte de petits sketches en flash-back, la mémoire de jeunesse de Romain Gary... Et sa plus belle histoire d'amour.
Dernière représentation ce soir au Monnot (20h30) pour ce spectacle bruissant émotion, traversé d'un souffle léger et grave. Et qui rappelle que chaque homme reste toujours le petit garçon de sa mère. Tout décrocheur d'étoiles qu'il soit...
* Billets en vente dans toutes les branches de la Librairie Antoine, aux tarifs de 40 000 LL et 20 000 LL (étudiants).

