"Fracassés!", "Echec mondial": la presse espagnole ne trouvait pas de mots assez forts mercredi soir pour qualifier l'élimination de l'équipe nationale de football du Mondial-2014 après sa défaite (2-0) face au Chili.
"Echec mondial", titrait en grosses lettres le quotidien El Mundo, la défaite de la Roja reléguant en seconde position dans son édition en ligne les photos du roi Juan Carlos et de son fils, qui allait devenir à minuit le roi Felipe VI, durant la cérémonie d'abdication.
"Fracassés!": en énormes lettres le titre barrait la Une du journal sportif Marca, qui évoquait le "triste adieu de la championne du monde".
"L'Espagne est une nouvelle fois tombée en offrant une très triste image après avoir été dominée par une sélection chilienne qui s'est à peine forcée. Vargas et Aranguiz (les auteurs des deux buts chiliens) durant la première mi-temps ont montré les carences d'une sélection qui demande à cor et à cris une relève des générations", ajoutait le journal.
Même tonalité pour le quotidien AS, sous le titre "Un coup de Maracana et adieu au Mondial". "L'Espagne est restée sans réaction et devient la première équipe éliminée. Vargas et Aranguiz ont marqué de leur signature le drame espagnol. Le débat s'ouvre sur la fin d'un cycle et la succession", soulignait le journal.
"L'Espagne hors du Mondial après avoir chuté face au Chili", annonçait plus sobrement El Pais. "La sélection de Del Bosque a perdu l'occasion qu'elle avait de rester vivante au Mondial, en chutant avec fracas face au Chili, qui s'est montré toujours très supérieur".
"Deux buts de Vargas et Aranguiz ont suffi à l'équipe chilienne pour écraser la championne du monde, qui signe un jeu calamiteux aggravant la catharsis commencée face aux Pays-Bas", ajoute le journal, évoquant la déroute de la Roja écrasée par cinq buts à un par les Pays-Bas.
Juste en-dessous, El Pais consacrait une large page à l'abdication du roi Juan Carlos et l'avènement de Felipe VI, sous le titre "La fin d'un règne".

"Ce que je ressens, de la tristesse"
Chez les supporters, à Madrid, l'heure était au désespoir.
"Ce que je ressens, de la tristesse. Mais c'est normal. Ils n'ont pas joué du tout. Ils étaient fatigués", lançait mercredi soir Joaquin Lamas, un vendeur de 34 ans, le visage peint aux couleurs de la "Roja". Joaquim qui s'était préparé pour la victoire, parmi un groupe d'une dizaine de supporteurs rassemblés autour d'une télévision dans un bar du centre de Madrid. Pourtant il avouait avoir compris, dès la cinquième minute, "que l'Espagne n'allait arriver à rien".
Une fois absorbé le choc de la défaite cinglante face aux Pays-Bas (5-1), les supporteurs s'étaient pris à y croire à nouveau avant la rencontre face au Chili au stade Maracana de Rio. Les bars de Madrid s'étaient remplis au moment où la ville, pavoisée de drapeaux rouges et or, parée de milliers de bouquets de fleurs, s'apprête à fêter jeudi l'avènement de Felipe VI, le nouveau roi d'Espagne.
Mais dès la fin de la première mi-temps, une fois encaissés les deux buts chiliens signés Vargas et Aranguiz, le doute s'était installé. "Quelle tristesse, quelle tristesse", marmonnait un homme qui alignait les bières sur le comptoir. Pendant ce temps, sur la chaîne de télévision Telecinco, un commentateur amer constatait déjà la défaite. "Le jour où a abdiqué Sa Majesté le roi, l'Espagne est sur le point d'abdiquer".

Changer de cap
Après six années passées le vent en poupe, l'Espagne doit désormais changer de cap: les triomphes à l'Euro-2008, au Mondial-2010 et à l'Euro-2012 ont sans doute retardé le rajeunissement d'une équipe dont plusieurs cadres sont apparus hors du coup au Brésil, comme Xavi (34 ans), Xabi Alonso (32 ans) et le gardien et capitaine Iker Casillas (33 ans).
Mais malgré l'énorme raz-de-marée de son élimination au premier tour de la Coupe du monde, l'avenir n'est pas si sombre pour la "Seleccion", qui dispose d'un vivier de jeunes talents assez incomparable pour préparer l'Euro-2016 en France. "Nous avons une relève. Notre sélection des moins de 21 ans est fabuleuse. Je n'ai pas peur de l'avenir", soulignait Del Bosque la semaine dernière, juste avant l'entrée en lice de l'Espagne.
De fait, cette nouvelle génération frappe à la porte depuis l'été dernier et sa victoire en finale de l'Euro des moins de 21 ans face à l'Italie (4-2), qui a laissé entrevoir de belles promesses.
Dans la lignée de son aînée avec un milieu de terrain très technique composé de Thiago Alcantara (Bayern Munich), Koke (Atletico Madrid), Isco ou Asier Illarramendi (Real Madrid), cette "Rojita" disposait de joueurs brillants et évoluant déjà au plus haut niveau européen.
Certains d'eux comptent déjà plusieurs sélections avec les A, comme Thiago ou Koke, présentés comme les héritiers de Xavi. Mais soit à cause d'une blessure (Thiago, Jesé), soit par choix du sélectionneur (Isco, Alberto Moreno...), Koke et le gardien David de Gea sont les seuls à avoir intégré le groupe des 23 pour le Mondial.
C'est qu'on ne déboulonne pas si facilement un groupe de joueurs aussi emblématiques: sur les 23 noms choisis par Del Bosque, 16 étaient déjà présents lors du sacre mondial de 2010.
Comme après le Mondial-2006, lorsque le sélectionneur Luis Aragones avait évacué la génération Raul pour permettre à celle de Xavi, Andres Iniesta et consorts de grandir, l'Espagne est à la croisée des chemins.
En fonction de ce que décideront les plus âgés quant à leur avenir international, il va falloir rebâtir. Avec le même sélectionneur ? Del Bosque a assuré cette semaine qu'il ne comptait pas "s'accrocher" à la fonction, mais il possède un contrat jusqu'en 2016 et une expérience sans égale dans le football mondial.
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