Extraits de l’ouvrage: une image, un chiffre, et toute la recherche d’identité est enclenchée.
Tout commence par un livre d'images, cet ouvrage pour enfants qui aide ces derniers à compter jusqu'à 10. Tout commence par une balade effectuée par une fille et son père sur la route du Sud. Tout commence par une quête. «I went looking for Palestine and I found a souvenir». Une recherche de quoi? De qui ? De soi? Et tout commence – mais ne s'achève pas – par un travail à deux, à trois et puis par la suite à dix, cent et probablement plus. Car la démarche que propose Joan Baz en collaboration avec Dar Onboz est un processus en marche qui vise à inviter l'autre, les autres, à partager ce parcours visuel, tactile et sonore.
Joan Baz est une jeune graphiste ayant poursuivi des études d'animation à Paris. Rentrée au Liban et voulant en savoir plus sur son pays, elle invite son père à effectuer une balade à la découverte du Liban-Sud. Un exercice ludique qui consistera de prime abord à interroger en chemin sur la direction de la Palestine, mais qui s'avérera par la suite plus enrichissant que tout autre guide touristique. «Quelles sont nos frontières, se demande Baz, et quel est notre rapport avec ces limites devenues avec le temps de plus en plus schizophréniques. Et, par ailleurs, où se situent nos libertés et notre identité?»
C'est donc par une tournure quasi naïve qu'elle approche ce sujet devenu pourtant dramatique. «Je voulais m'éloigner du pathos et représenter avec sarcasme une situation qui hante la région – et plus particulièrement le pays du Cèdre – depuis des décennies.» Et, pour reprendre les paroles du poète Mahmoud Darwich: «Le sarcasme aide à panser les blessures (...). Il est un trait de l'histoire qui se moque à la fois de l'agresseur et de la victime.»
Toutes ces interrogations ne pouvaient donc que prendre forme pour cette artiste. Ainsi, après une proposition de projet et plus de trois mois de travail sous la direction artistique de Nadine Touma, l'idée se matérialise dans ce lieu de passage installé pour l'occasion. Un espace où l'on traverse un mur, où l'on tamponne ce que l'on a observé, où l'on achète des «souvenirs» comme à toutes les frontières, où toutes les images de martyrs, d'erreurs ou de dommages collatéraux, de jouets, de champs de jeux prennent une autre signification, mais aussi où les ritournelles entendues tout le long du trajet deviennent un fond sonore presque magnétique et où le «road-movie» se décompose en «split screen». Et, enfin, où l'on emporte avec soi un flux d'images ressenties, touchées et partagées.
Alors que tout a commencé par un livre où les nombres de 1 à 10 côtoyaient des «linographies», la réalité a pris le pas sur l'imaginaire.
*À visiter jusqu'au 15 juin, les jours de la semaine de 13h à 21h et en week-end de 11h à 19h.

