Vu de Cannes, temple du cinéma mondial, Hollywood n'est qu'une machine à broyer les acteurs et les valeurs, un monde monstrueux et incestueux, selon David Cronenberg, qui a présenté hier en compétition au festival Maps to the Stars. Pour son retour en compétition deux ans après Cosmopolis, le réalisateur sonde une nouvelle fois l'âme humaine dans ses tourments, ses pulsions, ses dérives.
Cette fois, il s'agit d'un monde qu'il connaît bien, comme ses acteurs, celui de l'industrie du cinéma. Toutefois, s'est empressé de dire David Cronenberg, le film, tiré d'un scénario féroce de Bruce Wagner, n'est pas « simplement une critique de Hollywood et du show-business, une caricature ». « Il aurait pu être tourné dans la Silicon Valley, à Wall Street, partout où les gens sont très ambitieux, cupides, ont peur de plein de choses », a-t-il ajouté.
Le scénario ajoute encore l'inceste (entre frère et sœur) comme une métaphore d'un Hollywood où les mêmes gens se connaissent depuis des lustres et se fréquentent tout le temps. « Il n'y a pas de sang neuf », a-t-il assuré.
Paul Éluard en note de fond
Connu pour son univers très kafkaïen, baignant facilement dans l'horreur et le fantastique, David Cronenberg fait ici apparaître des fantômes qui viennent pourrir la vie des vivants. Les manipulations sont nombreuses, les sentiments, la compassion ont disparu depuis longtemps.
Les auteurs parsèment leur film de notes d'humour, mais aussi de poésie avec de nombreuses citations directes du poème de Paul Éluard Liberté, destiné au départ à une femme mais devenu un emblème face à l'occupation nazie. Pour David Cronenberg, le poème « vit et continue de vivre, donc on peut l'interpréter dans différents contextes ». « Dans le monde de Hollywood, c'est la gloire qui est la vraie liberté », selon lui.
« Foxcatcher » captive les critiques
Steve Carell en milliardaire excentrique guetté par la démence, Mark Ruffalo et Channing Tatum en frères lutteurs musclés mais vulnérables : l'Américain Bennett Miller a réuni un casting à contre-emploi pour Foxcatcher, second film présenté hier en compétition et qui a séduit la Croisette. « Complètement superbe », « Juste remarquable »... Aussitôt après sa projection, les critiques internationaux s'emballaient sur Twitter pour ce film tiré d'un réel fait divers qui a vu un héritier de la dynastie industrielle Du Pont finir ses jours en prison.
« C'est une tragédie grecque qui montre ce qui se passe quand tout est à vendre, ce qui arrive au talent quand on peut l'acheter », a résumé Mark Ruffalo. « Le thème est bien plus large que l'histoire et peut être rapproché du monde dans lequel nous vivons », acquiesce Bennett Miller, tout en se défendant d'avoir voulu faire un film « politique ».
Bennett Miller a mis huit ans à préparer ce sujet, à se documenter en rencontrant la famille et ceux qui ont connu les protagonistes du fait divers. « Tous m'ont dit que jamais ils n'auraient imaginé que cela se terminerait ainsi », a dit le réalisateur.
« Bird People », une poésie en images
Film singulier, à la fois contemporain et poétique, Bird People, présenté hier à Cannes dans la section « Un certain regard », parle « du monde d'aujourd'hui, de l'accélération du temps », explique la cinéaste française Pascale Ferran. Oubliés les costumes d'époque et les amours fiévreuses de Lady Chatterley (2006), qui a valu à sa réalisatrice pas moins de cinq césars, et bienvenue dans le RER, à l'aéroport de Roissy, ses aérogares, ses pistes de décollage, ses hôtels internationaux pour hommes d'affaires, etc.
« J'avais envie de parler du monde dans lequel on vit (...). Tout s'est accéléré avec l'émergence rapide des portables, d'Internet, des écrans, cette capacité à pouvoir dialoguer avec quelqu'un qui est au bout du monde... Je voulais donner à voir à quel point tout cela, pour une part, a changé nos comportements », raconte Pascale Ferran.
Enfin, habituée des marches de la Croisette, la réalisatrice japonaise Naomi Kawase revient à Cannes cette année avec un nouveau film, Futatsume no mado (Deux fenêtres), « son chef-d'œuvre » et une seule ambition : la Palme d'or.
(Source : AFP)

