Alain Pâris dirigeant l’OPL en hommage à Charles Munch. Photo Hassan Assal
Présence en photos retraçant une carrière musicale au sommet (une exposition dans l'allée principale de l'Institut français du Liban), puis conférence tenue par Alain Pâris sur un des plus grands chefs d'orchestre, qu'il considère comme son mentor et qui lui a remis son tout premier diplôme à l'École normale de musique de Paris et, last but not least, concert unique dédié à la mémoire d'un musicien qui contribua à imposer Arthur Honegger et fut envoûté par le monde sonore de Berlioz.
Comme d'habitude, un public nombreux se presse sous les nefs et les vitraux de l'église illuminée. Au pupitre, ami du Liban, des Libanais et de l'OPL avec, à son actif, une dizaine de passages à Beyrouth, Alain Pâris, à 67 ans, est d'une étonnante jeunesse et vitalité pour une direction au-dessus de tout éloge. Direction magistrale, surtout avec l'apothéose d'une symphonie qui porte à merveille son nom: fantastique!
Ouverture avec La Pastorale d'été d'Arthur Honegger, compositeur suisse mais parisien d'adoption! Une œuvre appartenant au répertoire moderne, aux influences «stravinskiennes», jonglant en toute subtilité et toute finesse avec la polytonalité et la polyphonie. Douce et brève évocation des paysages des montagnes dans la lumière de l'été. Avec, en haut des pages de la partition, une phrase de Rimbaud. Sans avoir la fulgurance rimbaldienne, cet opus, faisant la part belle aux instruments en cuivre, reste un bijou bien ciselé pour un monde sonore alliant, en un contour tendre et impalpable, élégie et charme champêtre.
Place ensuite au plat de résistance, La Symphonie fantastique de Berlioz. Œuvre monumentale, une des œuvres-phares et des plus tonitruantes du répertoire romantique. Une narration torrentielle (plus d'une cinquantaine de minutes), délirante, alliant pic d'émotions fortes, vision tourmentée ou bucolique et onirisme nervalien ou faustien. Une musique désignée de «descriptive» ou «à programme», avec une suite de tableaux sonores pour une fresque contant une histoire, tel un roman échevelé aux lignes et pages ensorcelantes...
Un roman à nœuds et à rebondissements où, par-delà une imagination effrénée, des amours obsessionnelles et sans issue font la trame d'une vie agitée et peuplée d'hallucinations. À l'image de la période romantique, fiévreuse, exaltée, ténébreuse.
Une passion pour une femme entrevue, avec un chapelet de sentiments où se mêlent soif d'union, jalousie, crainte et périls entrevus comme menace au bonheur. Suit l'éclat d'un bal avec toutes les paillettes de la fête. Pour se retrouver, le calme d'une campagne qui inspire sérénité et contemplation, avant de sombrer dans les illusions du périssable tandis que le tonnerre gronde et le soleil se couche. La Marche au supplice laisse planer des idées noires où meurtre et mort ont des reflets lugubres. Pour conclure, ce Songe d'une nuit de sabbat où une danse démoniaque s'empare de tout l'orchestre et des instruments de musique.
Une narration, il est vrai, aux méandres et détours peu vraisemblables ou crédibles, et plus aux confins de la folie que de la réalité, de la hantise que de la lucidité, de l'imaginaire débridé que de la précision, mais puissante dans son art de la suggestion, des couleurs osées et des effets sonores. Avec un souffle d'une liberté inégalée exprimant beauté, élégance, pastorale, crainte des ténèbres et une invitation démoniaque chez les sorcières. Quel programme, n'est-ce pas?
Enflammée et littéralement habitée, cette symphonie qui tonne, éructe ou tombe dans les vapeurs des rêveries ou l'enfer des succubes est de toute évidence un long poème aux contrastes audacieux. Et qui laisse, par-delà les innombrables difficultés techniques de l'exécution, l'auditeur souffle coupé, devant tant d'images impétueuses, baroques, variées, surprenantes. Fantastique est bien le mot qui définit cette fresque sonore grandiose, extravagante et hors normes. Et dont on sort un peu sonné. Dans le sens sublime du terme!
Comme d'habitude, un public nombreux se presse sous les nefs et les vitraux de l'église illuminée. Au pupitre, ami du Liban, des Libanais et de l'OPL avec, à son actif, une dizaine de passages à Beyrouth, Alain Pâris, à 67 ans, est d'une étonnante jeunesse et vitalité pour une direction au-dessus de tout éloge. Direction...

