Forme distordue pour Bouchra Moustapha.
Il était judicieux et adéquat de marier dans un même lieu le travail de ces deux artistes syriens issus pourtant d'univers différents. Et c'est ce que la galeriste d'Art on 56th a choisi de faire en tenant compte des rapports similaires ou dissemblables de leurs travaux.
Si Saoud Abdallah, artiste né à Hassaka, et Bouchra Moustapha, venue de Damas, ont tous deux fait des études de beaux-arts en Syrie, exposé dans leur pays natal et depuis deux ans au Liban, dix ans pourtant les séparent et certainement une différente approche de la matière. Pour Abdallah, le sable de différentes teintes, recueilli de plusieurs sols de son pays, est son médium principal. Il inscrit dessus des courbes et des formes essentiellement humaines. Ces grains de sable tassés et collés d'une manière compacte ne sont plus qu'outil qui s'efface tel un murmure devant les silhouettes qui surgissent de la toile. « Spot in Memory », comme des points de mémoire qui font revivre des images infiniment sensibles. Femme serrant dans ses bras son enfant de retour au pays, femme nue, emprisonnée, courbée, ou encore homme pliant sous son fardeau sur le dos. L'artiste n'est pas exubérant. Il ne se veut pas bavard, tout simplement éloquent. Le sujet occupe ainsi l'espace laissant disparaître le matériau. Les dunes de sable deviennent humaines et, à l'instar du mirage, les lignes sont épurées jusqu'à totale abstraction. Ellipse du trait, parcimonie des couleurs, silence et noblesse de la matière malgré sa petitesse, tout se conjugue afin de représenter une image simplifiée mais regorgeant d'émotion. Inutile de se lamenter ou de reproduire la réalité toute crue, semble dire Abdallah, il suffit de traduire les sentiments.
Pour Bouchra Moustapha, la matière n'est pas simplement outil. C'est sous le titre de « Possibilités » que l'artiste a choisi de placer ses travaux. Sculptée, modelée par elle – et pas toujours selon les parfaites règles académiques, puisqu'elle lui donne parfois des formes distordues –, elle affirme sa présence, son existence. Solide, bien resserrée, comme un bloc, sans un creux, un vide jusqu'à l'asphyxie, la matière devient forme. C'est elle qui parle, qui témoigne. Elle exprime l'affection, la tendresse, mais aussi les craintes et les angoisses de l'artiste qui semble déverser tout son être dans son travail.
*Art on 56th (Gemmayzé). Jusqu'au 29 mai. Tél. : 01/570333.

