Le groupe Fatet Le3bet, au théâtre Babel, à Beyrouth. Photo Youssef Rached Doughan
Six années durant, de 2004 à 2010, la citadelle de Damas a résonné des accords de dizaines de musiciens de jazz syriens et étrangers. Puis il y a eu la révolte contre le régime qui s'est transformée en véritable guerre. Le son des canons a eu raison du festival Jazz Lives in Syria. Mais pas complètement.
Mercredi, trois concerts donnés essentiellement par des musiciens syriens ont eu lieu simultanément à Beyrouth, Amman et La Haye. Plus qu'une opération de charité, dont les recettes serviront à fournir des instruments de musique à des enfants, il s'agissait surtout pour Hannibal Saad, fondateur de cette formation et de sa récente version sous le nom de Jazz for Syria, de donner un nouveau souffle au festival, malgré la guerre.
« Nous sommes comme une grande famille, lance Hannibal Saad. Comme on ne peut plus jouer en Syrie, j'ai eu l'idée d'organiser des concerts simultanés partout à travers le monde, pour que nous restions connectés où que nous soyons. Et ça a marché ! ».
Au théâtre Babel de Beyrouth, le concert s'ouvre sur une vidéo des enfants syriens de Chatila. Un gamin de 10 ans, keffieh sur la tête, fait du beatbox avec sa bouche tandis que d'autres filles et garçons dansent et rappent sur une chanson qu'ils ont eux-mêmes composée. Le message est clair : « Aujourd'hui nous sommes petits, mais demain nous effacerons les traces de la destruction. »
Les autres performances font la part belle au rock. Penché sur son instrument, le guitariste de Mabrad secoue ses longs cheveux, tandis que le leader du groupe Khebez Dawle, drôle de coco à la coupe afro, sautille sur la scène avec son tambourin. Le trompettiste de Fatet Le3bet, tête d'affiche du festival, est là pour rappeler que l'on fête le jazz aujourd'hui. Son claviériste lui donne la réplique de temps à autre, mais la musique de Fatet Le3bet se caractérise surtout par l'importance des percussions alternant tabbel, djembé et solos de batterie.
Au-delà du contenu musical, le concert s'illustre par son ambiance chaleureuse et familiale. Les musiciens ne sont pas isolés dans les coulisses, mais assis au milieu du public, avant de monter sur scène, simplement, quand vient leur tour. La complicité entre les artistes est évidente, le public apprécie. « C'est un miracle, se réjouit Abed Alhamid Kabbani, directeur du théâtre Babel et spectateur assidu du festival à Damas. C'était tellement difficile, financièrement et logistiquement, de faire venir tous ces artistes... Certains d'entre nous étaient en France, d'autres en Espagne. Mais nous l'avons fait, nous avons réuni tout le monde ! »
Et le projet ne s'arrête pas là. Hannibal Saad compte bien renouveler l'événement dans d'autres villes pour faire rayonner les musiciens syriens sur la scène internationale et, surtout, redonner espoir à son peuple.
« Nous voulons montrer que nous sommes connectés, que nous sommes de tout cœur avec la Syrie. Parce qu'il n'y a plus d'espoir pour les Syriens, il n'y a pas de lumière au bout du tunnel. Mais quand les gens assistent au concert, ça les rend heureux, ils oublient un peu. Voilà ce qu'on peut faire avec la musique. La musique peut-elle construire des maisons ? Non. Mais elle peut mettre un sourire sur le visage des gens. »
Pour plus d'informations sur le projet de Hannibal :
www.syrianmusiclives.co


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