À pas feutrés, à l'image de ce que fut sa vie, François Haraoui nous a quittés. Ceux qui l'ont connu et aimé savent qu'il était de cette génération, pétrie d'urbanité, pour qui le Liban représentait une société de convivialité, où par-delà leurs régions et leurs communautés, les Libanais avaient su bâtir une fraternité qui était l'essence de leur vivre ensemble. Sur cette génération, la guerre, la séparation des territoires, la violence et l'invective, devenue la langue folle d'un pays sans boussole, n'avaient pas eu de prise. Leur monde se logeait ailleurs que dans les niches territoriales que les seigneurs de la guerre se taillaient à coups de canon.
Leur langage était un signal de reconnaissance, leurs mots tissaient l'échange et leurs propos étaient des liaisons d'honneur. De leur diversité, ils avaient tiré un pays de complémentarité. Avec eux disparaît peu à peu un Liban d'avant-guerre et une génération de témoins de ce qu'était cette patrie sans ostentation ni prétention.
François Haraoui appartenait à une famille dont l'enracinement était un gage d'insertion et d'ouverture. Son espace de vie se confondait avec le territoire de Baalbeck d'où la famille est originaire. En réalité, c'est la Békaa qui était son monde, espace fertile où cohabitaient toutes les couleurs communautaires de la mosaïque libanaise. Cette terre, il la préservait et la prolongeait dans les villes du monde, choyé par sa compagne de tous les temps, Raymonde. Cette terre lui avait appris la saveur de l'amitié et il restait un homme de dialogue. Elle avait été son domaine d'apprentissage et d'échange, avec ses populations qu'il connaissait famille par famille et ses habitants avec lesquels il partageait la passion des racines communes. De ses années de jeunesse passées sous un ciel de plaine, François Haraoui avait gardé le goût des gens, cette curiosité bienveillante portée à la vie des autres, inquiète de leur bien-être et soucieuse de leur bonheur. Avec son départ, c'est une part du nôtre qui s'en va.
Tu laisses un abîme de manque.
Agenda - Hommage
En mémoire de François Haraoui
OLJ / Par Nabil FADDOUL, le 26 avril 2014 à 00h18


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