La crise des réfugiés syriens et les répercussions du conflit en Syrie se sont intensifiés au Liban en 2013, a relevé hier l'ONG Human Rights Watch dans son rapport mondial 2014, en ajoutant que l'absence d'un gouvernement pendant la majeure partie de l'année écoulée ainsi que la paralysie du Parlement ont rendu les autorités incapables de promulguer des lois aptes à améliorer la situation des droits humains dans le pays.
« Alors que les réfugiés syriens affluent au Liban, le gouvernement devrait maintenir la frontière ouverte. Le Liban devrait lutter contre la violence et l'insécurité en instaurant une présence sécuritaire permanente dans les zones d'affrontements chroniques, arrêter et poursuivre les personnes responsables des violences et confisquer les armes », a estimé l'ONG dans son rapport avant de souligner que « les pays bailleurs de fonds devraient apporter leur soutien, notamment en aidant les autorités libanaises à répondre aux besoins fondamentaux des réfugiés et des personnes affectées par leur arrivée. »
« Le gouvernement libanais a besoin de plus d'aide extérieure, afin de pouvoir maintenir la sécurité sur son territoire et de continuer à nourrir, loger et soigner des réfugiés syriens de plus en plus nombreux ainsi que sa propre population », a déclaré Nadim Houry, directeur adjoint pour le Moyen-Orient chez Human Rights Watch. « Les autorités devraient s'attaquer à l'insécurité croissante en confisquant les armes, et en arrêtant et poursuivant toute personne responsable de violences », a-t-il poursuivi lors de la conférence de presse qu'il a tenue pour annoncer le rapport.
Dans son rapport annuel, Human Rights Watch résume les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Les massacres massifs de civils en Syrie ont suscité un sentiment d'horreur, mais peu d'actions ont été engagées par les leaders mondiaux pour y mettre fin, a indiqué l'ONG.
Les violences en Syrie ont eu des répercussions au Liban, avec notamment des attentats à la voiture piégée à Beyrouth et à Tripoli, des enlèvements et des bombardements transfrontaliers, relève le document qui souligne aussi que « les tensions sectaires aggravées par le conflit ont conduit à des affrontements meurtriers à Tripoli et Saïda, dans un climat d'impunité généralisée pour les criminels armés ».
« Les affrontements à Tripoli se sont traduits par une forte hausse du nombre d'attaques sectaires visant les habitants alaouites de cette ville, parmi lesquelles des agressions contre des travailleurs alaouites, notamment pendant leur trajet pour se rendre au travail, la destruction de magasins alaouites dont certains ont été incendiés, et des attaques contre des bus scolaires alaouites », selon le texte qui énumère ces exactions.
Torture en détention
Le rapport fait également état de cas de tortures en prison. « Suite à d'importants affrontements à Saïda en juin, entre l'armée libanaise et des partisans armés de cheikh Ahmad al-Assir, des hommes arrêtés par les soldats libanais ont été battus en détention, et dans deux cas examinés par Human Rights Watch, torturés au moyen de brûlures à la cigarette. Un habitant de la ville, Nader Bayoumi, est mort alors qu'il était aux mains de l'armée. Les preuves disponibles indiquent que les coups qu'il a reçus en détention ont provoqué sa mort, et un juge militaire a émis des mandats d'arrêt en juillet à l'encontre de cinq personnes accusées de l'avoir battu et torturé à mort. Leur procès est en cours », relate le texte.
Concernant les réfugiés syriens, Human Rights Watch précise que le nombre de personnes déclarées au Liban a atteint 830 000 personnes en décembre. « Mais avec un soutien international limité, le gouvernement libanais a du mal à répondre à leurs besoins fondamentaux en termes de logement, de soins médicaux et de nourriture. Selon le bureau du Haut-Commissariat aux des Nations unies pour le réfugiés (HCR), les États membres de l'ONU n'ont, au 31 octobre, financé que 51 % de l'appel d'un montant de 1,2 milliard de $US (880 millions d'euros). Le 1er novembre, en raison des contraintes budgétaires, le HCR a commencé à refuser des aides essentielles à 30 % des réfugiés syriens au Liban », indique le rapport, qui observe que « le Liban est le dernier pays voisin de la Syrie à avoir maintenu l'ouverture de ses frontières ».
« En août, cependant, une politique de refoulement de facto des Palestiniens vivant en Syrie et cherchant refuge au Liban a été instaurée », déplore le texte, en rappelant que Human Rights Watch avait alors appelé le gouvernement libanais à garder ses frontières ouvertes à ceux qui fuient les dangers mortels ou la persécution, et les bailleurs de fonds à fournir une aide pour que le Liban puisse y parvenir.
Au plan politique local, le document fait remarquer que « dans un contexte de violences et de paralysie économique, le Liban a souffert du manque de direction politique ». « Le Premier ministre (Nagib Mikati) a démissionné début 2013 et aucun nouveau gouvernement n'a encore été formé. Dans cette situation, le Parlement bloqué n'a pu faire avancer les projets de loi pour lutter contre la torture, améliorer le traitement des employées domestiques migrantes, protéger les femmes contre les violences familiales et mettre fin aux discriminations que leur impose le code du statut personnel », note le rapport.
« Le Liban a dû faire face à d'importantes difficultés, mais les autorités ne peuvent se permettre de tergiverser au lieu de s'attaquer aux problèmes latents liés aux droits humains, car attendre ne fera qu'empirer la situation », a conclu Nadim Houry.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine