Rechercher
Rechercher

Mode - Défilés

Mode homme à Milan

Dean et Dan Caten à la fin de leur défilé milanais. Photo AFP

Dolce&Gabbana a fait voyager samedi dernier 11 janvier ses modèles au temps où la Sicile médiévale était normande, là où Stefano Pilati, pour Ermenegildo Zegna, préfère les voir en « explorateurs urbains » et Donatella Versace en cow-boys branchés, au premier jour des défilés milanais de prêt-à-porter masculin pour l'hiver prochain.

Dolce&Gabbana : armures médiévales, portraits de ces rois-chevaliers d'origine normande ayant régné sur la Sicile aux XIIe et XIIIe siècles, invitation parcheminée : le duo Domenico Dolce et Stefano Gabbana avait choisi de nous faire faire un saut dix siècles en arrière, le temps d'une collection à la fois riche et austère. Couronnes sur la tête, gantelets constellés de pierreries protégeant les mains, « mules » aux pieds serties de strass, gorgerin en grosse maille épousant le cou, les épaules et le visage...
Dans leurs costumes, dont les chemises très près du corps arborent des motifs médiévaux (épées, haches, clés...), les chevaliers du XXIe siècle portent des sacs à dos à tête de pape et d'épais manteaux ornés de portraits de ces guerriers aux noms romantiques, tels Tancrède ou Manfrède.

Ermenegildo Zegna : c'est la nature, dans son immensité spatiale, que Stefano Pilati, le directeur artistique de la maison, a voulu célébrer, « la nature qui est force, progrès et recherche ». À travers un retour aux sources de la marque, aux fibres naturelles et aux matières nobles – cachemire, vigogne, alpaga, soie japonaise –,
le sportif devient élégant, le paraître relatif et le costume de luxe prend de la hauteur. Cela passe par des bombers et des pantalons coupés courts – le « cropped » a encore de beaux jours devant lui –, qui laissent voir la taille et les chevilles, des manteaux flottants, des écharpes très longues et des pans de tissus qui tombent négligemment derrière le dos ou le long de la jambe. Les vestes ont des revers à carreaux et le poncho à capuche couleur camel habille cet « explorateur urbain » voulu par le créateur.

Ode à la désinvolture
C'est la désinvolture dans tout ce qu'elle a de plus chic et élégant qui a été à l'honneur dimanche à Milan, au deuxième jour des défilés milanais de prêt-à-porter masculin pour l'hiver prochain, autant chez Bottega Veneta, Ferragamo, Prada ou Missoni.

Bottega Veneta : relax et informelle, la collection dessinée par Tomas Maier, pour qui le vêtement se doit d'être une sorte d'uniforme qui allierait la « désinvolture du sportswear à la sophistication », est d'un classicisme intemporel. Les pantalons sont en laine d'agneau douce et confortable, serrés aux chevilles comme des pyjamas doudous qui auraient tenté une sortie ou des joggings qui auraient été bien taillés. Le bonnet se pose sur les oreilles, vers l'avant, dégageant le cou, et les sacs au motif « intrecciato » (entrelacé) caractéristique – l'emblème de la maison –
sont immenses, pliés en deux de manière faussement négligée et portés collés à la taille. Les costumes prince-de-galles sont subtilement modernisés par une touche tye-and-dye vert olive ou bleu au bas des vestes et les antiques Loden prennent un coup de jeune.

Vivienne Westwood : la styliste anglaise, dont l'excentricité est la marque de fabrique, avait au premier abord choisi de faire de ses mannequins des garçons ultrapropres sur eux, cheveux gominés et plaqués courts sur la tête, mais que nenni, la folie anglaise était bien là : finis les slims, place aux bermudas larges, type sarouels, qui coupent la jambe sous le genou ! La taille est haute, les matières claquent à la lumière, brillent façon couverture de survie ! Dans un manifeste distribué à la presse, Vivienne Westwood dénonce « le comportement irresponsable de nos gouvernements » concernant l'extraction du gaz de schiste.

Missoni : inspirée de la vie des surfeurs – les mannequins ont du coup les cheveux longs, contrastant avec le retour de la mode du glabre et du court vu depuis la veille –, la collection se veut « proche de la nature », copiée sur le « mouvement des vagues et de la mer ». D'où de grandes capes en maille multicolore, façon patchwork, un style relax et désinvolte qui se voit jusqu'aux chaussures, ou plutôt aux chaussons, façon claquettes de piscine, rehaussés de fourrures. La mythique All Star Chuck Tayler de Converse fait également partie du vestiaire de ces néosurfeurs chic, qui utilisent la fibre de lin, le cachemire ou le poil de yack pour se réchauffer au sortir de l'eau.

Prada : au son d'un orchestre de jazz des années 30, Miuccia Prada a de nouveau enchanté son audience, mêlant femmes aux cous enroulés de boas aux couleurs chatoyantes, tailleurs en cuir violine ou bleu canard, à des hommes au comble de la sophistication. Cabans sombres, doublement ceinturés à la taille et sous la poitrine, gilets sans manche doublés de fourrure sur manteaux en laine, pantalons fluidissimes qui tombent parfaitement... La cravate est portée très fine, de couleur vive, attachée serrée au cou en écharpe, un côté rabattu à l'intérieur des pulls échancrés, l'autre plaqué dans le dos.

Moncler Gamme Bleu : la maison italo-française a lancé, dans un décor de bibliothèque, la collection femme de sa Gamme Bleu, inspirée par les vêtements de golf. Des carreaux partout, culottes, guêtres, gants, chaussures, sacs en forme de balle... Jusqu'au tee, attachant le chignon des mannequins ! Une collection très avant-gardiste pour le spécialiste des doudounes de ski pour jet-setters.

Gucci : Frida Giannini, la directrice de la maison italienne, avait choisi elle de faire partir en mer ses mannequins, coiffés de casquettes de marin, vêtus de cabans et de vareuses. Le bleu marine foncé et le noir profond dominent – accompagnés de quelques touches bienvenues de rose pâle – et les pantalons sont là aussi courts, souvent en cuir, l'une des marques de fabrique de la griffe florentine. Courts aussi les pulls, avec une quasi-absence de col, et larges, tels des sweatshirts de luxe en laine bouillie. Portés pliés en deux, leurs anses en bambou – un autre symbole de la marque –, les sacs sont géants, prêts à accueillir l'essentiel de l'homme Gucci qui partirait en mer. Surprise : le dernier mannequin n'est autre qu'Alain-Fabien Delon, le fils de l'acteur mythique du Guépard, en clin d'œil aux sixties dont Alain était l'une des
vedettes.

Etro : des carreaux, du pied-de-poule, du motif cachemire, des costumes trois pièces, des cravates strictes et des lavallières, des queues-de-pie... L'homme Etro revient de Grande-Bretagne où il a pioché dans son vestiaire le plus emblématique, mais dans des couleurs plus douces et gourmandes – crème, caramel, chocolat – pour s'habiller. D'âge mûr ou imberbe, le Phileas Fogg proposé par le styliste Kean Etro, valise en main ou sac de voyage que l'on imagine rempli des mythiques bank-notes du gentleman imaginé par Jules Verne, est d'une classe folle, tout comme les tailleurs et couturiers des Pouilles ayant participé à la collection, qui clôturent la présentation.

Canali : dans une ambiance toute de douceur, apaisante, au son du piano de Ludovico Einaudi, la respectable maison née en 1934, avec à sa tête la troisième génération des Canali, avait choisi l'eau comme élément de connexion entre deux mondes, l'Orient et l'Occident, un lien symbolique entre deux cultures, avec comme inspiration les couleurs pastel de la lagune vénitienne. Imaginez que vous êtes sur l'île de San Giorgio : fluidité, luxe, délicatesse, évanescence... Les pantalons tombent impeccablement sur des bottines sublimes, les cols sont négligemment ouverts, seul un bouton ferme le veston, et le gentleman Canali se promène dans la vie moderne comme s'il arpentait son « palazzo nobile » sur le Canal Grande.

Fendi : dessinée « à partir d'une observation lucide de la réalité à travers le prisme » de la griffe romaine, la collection a le souci du graphique et se veut efficace et pragmatique, avec un objectif : « définir une garde-robe idéale, créée pour des expéditions urbaines », selon Silvia Venturini Fendi. La fourrure, quintessence de la marque, de son savoir-faire, est mise en valeur et sublimée notamment sur les manteaux, en chapka et jusqu'aux gants, ajoutant à cette silhouette classique une pincée d'humour, « l'arme secrète de l'homme Fendi ». Autre icône de la maison, le sac Peekaboo a désormais sa version masculine.

La dernière journée des défilés des collections de prêt-à-porter masculin pour l'hiver prochain, mardi, a vu l'apothéose d'une mode audacieuse et libre, Dsquared2.

Dsquared2 : des mannequins sortant de derrière des barreaux de prison, certains vêtus de combinaisons orangées, d'autres portant sur le dos la mention « Pénitencier de Caten », projecteurs braqués sur le public...
Les jumeaux canadiens Dean et Dan Caten, fondateurs de la griffe, avaient décidé que « le bad boy doit enfin payer ses fautes ». Au son d'une musique très rock clamant « don't you know, I'm loco » et « he's insane », les hommes Dsquared2 portent des revers à leur jean, à mi-mollet, et des lanières à leur blouson capables de se transformer en camisole de force. Couleurs vives, coupes recherchées, du cuir, beaucoup de jeans, une collection empreinte de liberté : au final, une vraie réussite, résumée par la reprise punk de My Way.

Zegna : la collection junior d'Ermenegildo Zegna, baptisée fort justement « la quintessence du modernisme », a joué avec les symboles, accrochant aux bras de ces mannequins des bandeaux type brassards de sportifs, afin de donner une touche sportive et de casser la silhouette. D'où des pantalons qui s'arrêtent mi-mollet à large revers, des manteaux et vestes bicolores – avec du jaune moutarde, du vert bouteille et du lie-de-vin – et des rayures, fines. Le tout dans une ambiance « revival sixties, où l'humeur est graphique », dictée par une « réinterprétation des lignes » et de la géométrie.

Dolce&Gabbana a fait voyager samedi dernier 11 janvier ses modèles au temps où la Sicile médiévale était normande, là où Stefano Pilati, pour Ermenegildo Zegna, préfère les voir en « explorateurs urbains » et Donatella Versace en cow-boys branchés, au premier jour des défilés milanais de prêt-à-porter masculin pour l'hiver prochain.
Dolce&Gabbana : armures médiévales, portraits de ces rois-chevaliers d'origine normande ayant régné sur la Sicile aux XIIe et XIIIe siècles, invitation parcheminée : le duo Domenico Dolce et Stefano Gabbana avait choisi de nous faire faire un saut dix siècles en arrière, le temps d'une collection à la fois riche et austère. Couronnes sur la tête, gantelets constellés de pierreries protégeant les mains, « mules » aux pieds serties de strass, gorgerin en grosse...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut