Carton rouge pour les arbitres français au Brésil. Photo Fifa
Aucun arbitre français n'a été retenu pour le Mondial 2014 au Brésil (12 juin-13 juillet), selon la liste dévoilée hier par la FIFA, une première depuis 1974, ce qui constitue un gros camouflet pour la politique arbitrale française de ces dernières années.
Cela fait donc quarante ans que l'arbitrage français n'avait pas connu pareille désillusion au niveau mondial. Le précédent gros couac, au niveau continental, remontait à l'Euro 2008, où aucun Français n'était dans les douze arbitres titulaires. Stéphane Lannoy figurait seulement parmi les quatrièmes arbitres, qui entrent en jeu en cas de blessure (à l'époque l'arbitrage européen se faisait à trois, il est passé à cinq à l'Euro 2012).
Le couperet est tombé hier matin par un communiqué de la FIFA, qui a donc retenu 25 trios d'arbitres et 8 duos de soutien. Pour la zone Europe, il y a 9 trios (Allemagne, Turquie, Suède, Pays-Bas, Serbie, Portugal, Italie, Espagne, Angleterre) et un duo de soutien (Norvège). Les stars européennes sont là, comme l'Anglais Howard Webb, le Néerlandais Bjorn Kuipers, le Portugais Pedro Proença ou encore l'Espagnol Carlos Velasco Carballo. Et pour la première fois, il y a des arbitres ivoiriens.
En France, tous les espoirs reposaient sur Lannoy, qui aurait été l'arbitre de champ du trio français. Ce directeur de jeu de 44 ans (la limite internationale est 45 ans) avait arbitré la demi-finale Italie-Allemagne de l'Euro 2012. Le natif de Boulogne-sur-Mer rate ainsi l'occasion de terminer sa carrière sur un Mondial au pays du foot roi.
L'ère Batta sous les critiques
Certes il avait été blessé fin 2012, mais la non-sélection française est surtout la conséquence plus large de la politique arbitrale hexagonale, décriée pour ses errements passés et un milieu du sifflet français taxé de poudrière ces dernières années.
Cette situation avait d'ailleurs conduit la Fédération française de football (FFF) à se séparer en juillet dernier du patron de l'arbitrage, Marc Batta, en poste depuis 2004, qui cristallisait depuis plusieurs années l'essentiel des critiques et des rancœurs contre l'arbitrage tricolore.
Pascal Garibian, qui était président de la commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP), a été nommé pour lui succéder. Le nouveau boss de l'arbitrage n'est pas en cause dans l'échec du Mondial brésilien, puisqu'il a été nommé cet été, entamant juste sa réforme.
Son travail avait d'ailleurs porté ses premiers fruits puisque, à sa demande, la France a hérité d'un dixième arbitre international (label délivré par la FIFA), alors que son quota était resté bloqué à neuf précédemment.
Même s'il avoue sa « déception » devant l'absence d'arbitres français au Mondial 2014, Garibian reste combatif et a expliqué hier à l'AFP qu'il allait se consacrer « au futur », visant un rayonnement « dans la sphère internationale ». Fidèle à sa ligne de conduite, il a refusé d'évoquer le passé et le mandat Batta.
Ne pas rater l'Euro 2016 en France
En nommant Garibian, Noël Le Graët, président de la FFF, avait loué un « expert » qui « n'appartient à aucune chapelle ». Ce qui dessinait en creux les reproches adressés aux années Batta, où l'arbitrage français était rongé par querelles et clans. Tout cela a pu dessiner une image délétère, arme sans doute utilisée par les autres pays européens dans leur lobbying pour se faire une place au Mondial 2014, selon des sources proches du dossier interrogées par l'AFP.
À la lecture des critères de sélection de la FIFA, qui cite en premier la « personnalité », un connaisseur du dossier sondé par l'AFP y a vu un « revers cinglant » après la « robotisation » des arbitres sous l'ère Batta.
Et maintenant ? Garibian doit poursuivre sa réforme en profondeur. Les autres rendez-vous vont arriver très vite : l'Euro 2016 en France et le Mondial 2018 en Russie. Et il ne sera fait aucun cadeau à la France. Pour expliquer l'absence des arbitres de champ français à l'Euro 2008, Michel Platini, président de l'UEFA, avait répondu à l'époque à l'AFP : « C'est simple, nous avons pris les meilleurs. »
(Source : AFP)

