Des élèves regardent, fascinés, des statuettes phéniciennes qui témoignent d’une partie de l’histoire de leur pays.
La visite au musée est d'habitude synonyme de journée de loisirs à caractère culturel. Que serait-ce alors si le concept du loisir s'alliait à celui du renforcement du sentiment d'appartenance nationale, par un apprentissage des principes de protection du patrimoine ? Cette idée a servi de base à un programme de formation des élèves du Liban aux principes de la Convention de La Haye sur la protection des propriétés culturelles, par des visites au Musée national organisées pour plus de mille élèves de plusieurs écoles et de toutes les nationalités. Le programme a été mis en place grâce à une collaboration entre le bureau régional de l'Unesco basé à Beyrouth, les ministères de l'Éducation et de la Culture et l'association Biladi pour la promotion du patrimoine national. La dernière de ces visites, pour quelque cent élèves, a eu lieu hier.
Le programme était principalement orienté vers les écoles publiques, à part la journée d'hier qui était consacrée à des écoles privées, nous explique Joanne Farchakh Bajjaly, présidente de Biladi. « L'objectif de mille élèves a été atteint », poursuit-elle.
Mme Bajjaly explique que l'activité se déroulait en deux temps : à leur arrivée, les élèves découvrent l'histoire du Liban avec un guide, à travers 22 objets qui en résument le parcours. Ils participent à un atelier d'art pour recréer un de ces objets au choix et à leur manière, afin de le prendre chez soi. La deuxième partie du programme porte sur l'initiation à la protection du patrimoine. Les élèves sont appelés à vivre une situation où le musée serait menacé en temps de guerre. Au cours d'un jeu, une personne qui se voile la face fait irruption dans la salle, manifestant de la violence autant dans les gestes que dans le langage, et se met à casser des objets en poterie placés là à cet effet.
« C'est ainsi que les enfants sont confrontés à ce qui peut arriver aux vestiges du patrimoine en cas de conflit, explique la présidente de Biladi. Il est intéressant d'observer leurs réactions, car les enfants se prennent au jeu. Certains crient, d'autres tentent d'arrêter l'agresseur, d'autres encore essaient de cacher les objets... Leurs réactions sont radicalement différentes de leur attitude en début de journée, nettement plus nonchalante. Leur révolte ("Pourquoi font-ils ça ? Il faut les juger !") traduit leur nouveau sentiment d'appartenance vis-à-vis de ces vestiges du patrimoine national. Nous avons travaillé ce programme avec des pédagogues : cet attachement au patrimoine est fait pour durer. »
À souligner que ce programme s'insère dans le cadre de la campagne de l'Unesco pour promouvoir la Convention de La Haye.

