Dans cette photo qui remonte au 10 août 1983, le président François Mitterrand serre la main du sénateur de droite, Lucien Neuwirth. Ce dernier, surnommé « Lulu la pilule », est connu en France comme le père de la pilule contraceptive. AFP Photo/Pool/Michel Clément
Le gaulliste historique Lucien Neuwirth, connu en France comme le père de la pilule contraceptive, est mort dans la nuit de lundi à mardi à 89 ans, a annoncé le site Internet du Figaro.
Engagé à 16 ans dans la Résistance, longtemps député puis sénateur de droite, Lucien Neuwirth avait réussi, dans la France très conservatrice et catholique d'avant-1968, à faire adopter contre la majorité de son camp la loi autorisant la contraception. Avant le vote de la loi Neuwirth en 1967, la France interdisait la vente de la pilule, déjà autorisée dans plusieurs pays comme l'Allemagne, la Suisse ou la Grande-Bretagne, ainsi que toute publicité pour des méthodes de contraception.
Lucien Neuwirth a maintes fois raconté comment il avait convaincu le général de Gaulle, alors président de la République et ferme partisan d'une politique nataliste, de la justesse de son combat. Charles de Gaulle estimait en effet que « si on tolère la pilule, le sexe va tout envahir », et qu'il ne fallait pas « sacrifier la France à la bagatelle », selon des propos cités par son entourage. Mais en 1966, Lucien Neuwirth, convié à un déjeuner à l'Élysée, a l'occasion de lui expliquer l'importance de cette réforme.
« À la Libération, on a donné le droit de vote aux femmes, elles l'avaient bien mérité dans la Résistance. Maintenant, les temps sont venus de leur donner le droit de maîtriser leur fécondité, parce que c'est leur fécondité », expose-t-il. « Vous avez raison, transmettre la vie, c'est important, il faut que ce soit un acte lucide. Continuez », lui répond de Gaulle, l'autorisant ainsi à présenter sa proposition de loi. En décembre 1967, après bien des invectives au Parlement, la loi relative à la régulation des naissances, dite loi Neuwirth, est votée puis promulguée : elle autorise la fabrication et l'importation de contraceptifs, leur vente exclusive en pharmacie sur ordonnance médicale, avec autorisation parentale pour les mineures.
Signe des réticences politiques, il faudra cependant attendre 1972 pour que les derniers décrets d'application de la loi soient pris. Et en raison de la violente opposition des milieux catholiques, la contraception tarde à entrer dans les mœurs. Les avortements clandestins continuent de faire 300 victimes par an et de rendre stériles des milliers d'autres femmes. L'autorisation de l'avortement sera finalement votée en 1974, sous la présidence de droite de Valéry Giscard d'Estaing.
Lucien Neuwirth, né le 18 mai 1924 à Saint-Étienne, résistant à 16 ans, avait rejoint les Forces françaises libres du général de Gaulle à Londres. C'est là, avait-il raconté, « à l'âge des premiers émois », qu'il avait découvert un contraceptif féminin, le « gynomine ». Il en pourvoyait généreusement ses amis, gagnant ainsi son surnom de « Lulu la pilule ». Il expliquait son combat par le fait d'avoir été « élevé par deux femmes exceptionnelles. Pour moi, hommes et femmes, c'est pareil », disait-il, en soulignant que nombre de ses compagnes de la Résistance ont été agents de liaison ou parachutistes, comme lui, et que plusieurs d'entre elles sont tombées sous les coups de l'ennemi.
(Source : AFP)

