Partant d’un programme spatial zambien, Cristina de Middel a voulu donner un nouveau souffle à l’Afrique. Ses « Afronautes » lui ont valu le prestigieux prix de l’International Center of Photography à New York. Pius Utomi Ekpeia/AFP
La photographe belgo-espagnole Cristina de Middel n’est pas venue à Lagos pour rien. Non seulement elle y a présenté lors d’un festival sa série célébrée des « Afronautes », mais elle a déjà travaillé à un nouveau projet, ancré dans l’imaginaire nigérian.
L’artiste est venue présenter ses Afronautes dans le cadre de la quatrième édition de Lagos Photo, un festival annuel qui réunit des photographes du monde entier. Cette série, qui met en scène un projet spatial zambien datant de 1964, a valu à son auteure le prestigieux prix de l’International Center of Photography à New York et a fait le tour du monde.
Installée devant un thé, sur la terrasse de son hôtel de Lagos, l’artiste de 38 ans avoue ne plus très bien savoir où elle vit. « Je suis basée à Londres, dit-elle, mais je n’y ai pas passé plus de 20 jours cette année. »
Depuis 18 mois, Cristina de Middel voyage d’un festival à l’autre, avec sa valise pour maison, et sa collection de précieux carnets dans lesquels elle note tout, fait des dessins et invente de nouveaux projets. Avant les Afronautes, Cristina était photojournaliste pour un journal d’Alicante, en Espagne, et elle voyageait par le biais de missions pour des organisations humanitaires. Mais elle trouve que la photo, telle qu’elle est utilisée aujourd’hui dans les médias, « a perdu sa capacité de choquer ».
Alors Cristina a quitté son travail, et elle a décidé d’inventer son propre langage, pour raconter des histoires, entre réalité et fiction, dans le but « d’engendrer des réactions pas normales » chez les gens.
En surfant sur Internet, elle tombe sur un article sur un programme de conquête de l’espace mis en place par la Zambie, nouvellement indépendante, en 1964. « Je me suis tout de suite rendue compte que c’était une histoire incroyable qui me permettait de jouer beaucoup avec la photo et qui me permettait de donner un point de vue différent sur l’Afrique », loin des clichés de la famine et de la guerre, dit-elle.
Cristina crée alors un story-board, imaginant ce qu’a pu être cette folle aventure de l’espace. Ne connaissant ni l’Afrique ni l’espace, elle puise dans sa propre imagerie de clichés : « L’éléphant, les tissus africains, le climat très aride », puis « le drapeau, le premier pas sur la Lune, la navette spatiale ».
Cela donne des photos surprenantes de cosmonautes africains avec des combinaisons en pagne, rassemblées, avec des lettres et des articles de l’époque, dans un livre-objet autoproduit, dont les 1 000 exemplaires se sont vendus comme des petits pains – notamment grâce à la « bénédiction » du photographe et collectionneur britannique Martin Parr, conquis par le projet. Exposé plus d’une vingtaine de fois à travers le monde, le projet des Afronautes a également été nominé pour le prix de la Deutsche Börse 2013. Et l’aventure se poursuit avec un film, en préparation, coréalisé avec le photographe et documentariste catalan Pep Bonet.
Chine bipolaire
En parallèle, chacun de ses voyages est l’occasion de nouvelles idées, dont les croquis s’accumulent dans ses petits carnets. De Chine, elle a ramené « Party », sa propre version du Petit Livre rouge de Mao Tsé-Toung, une « adaptation de la bible du communisme à ce qu’est la société chinoise aujourd’hui » : « un peu bipolaire », à la fois « communiste et très capitaliste ».
« Party », qui mixe des morceaux choisis du livre de Mao à des photos de scènes de vie chinoises, est présenté ce week-end lors du festival annuel Paris Photo.
À Lagos, Cristina de Middel n’est pas venue les mains vides : dans ses valises, My life in the bush of ghosts, un roman écrit par le Nigérian Amos Tutuola dans les années 50. « Ça parle d’un enfant qui doit s’échapper de son village à cause de la guerre et qui entre dans cette zone magique qui s’appelle le “bush”, un espace mystique dans la mythologie yoruba, où tous les fantômes et les esprits habitent » raconte-t-elle.
En visite à Makoko, un bidonville flottant sur la lagune de Lagos où vivent des centaines de milliers de personnes, l’artiste a vu se dessiner les contours de son prochain projet. « J’ai tout de suite reconnu que Makoko pouvait être une belle métaphore du “bush”, de cette zone magique avec des lois qu’on ne comprend pas et où on ne devrait pas être », s’enthousiasme-t-elle.
En quatre jours de prises de vue avec des modèles recrutés sur place, des tissus chinés au marché et des accessoires d’Halloween rapportés de Londres, Cristina de Middel a donné forme à ses fantômes, dans le paysage onirique de Makoko. Comme par magie.
(Source : AFP)


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